jeudi 1 janvier 2026

[Bilan 2025] Do I disappoint you, in just being human? - Part II

And not one of the elements, that you can light your cigar on*

Parfois, on mise beaucoup sur un week-end. Ce n'est qu'une poignée de jours. Deux - ou trois, tout au plus.

Pourtant, certains comptent plus que d'autres. Les mariages par exemple. Il suffirait de dire non, et paf. Patatras.

Non, moi, en juillet, c'était un week-end de famille recomposée qui m'attendait. Je recevais mes deux nièces à Paris, l'une de 2000, l'autre d'encore après. Trois générations ou presque réunies autour de pas grand-chose. 

Perso, j'ai fait sécession de la tribu depuis des années. Cinq ? Six ? Ressenti 20.

Aux dernières nouvelles, through the grapevine, tout le monde a l'air de se draper dans "Johnson fait le nez, elle reviendra quand elle reviendra."

Oui : à vos enterrement. Et encore, si ce n'est pas un trop gros inconvénient.

Why does it always have to be fire?
Why does it always have to be brimstone?

Parmi tous ces débris, tous ces gens qui m'ont plus craché dessus qu'aidé à comprendre pourquoi j'étais là - alors qu'ils étaient à l'origine de ma présence sur terre - parmi toute cette merde humaine, ces traumas et cette violence, j'ai quand même trouvé le courage de faire le tri, et tendu la main vers deux "petites dernières" qui n'avaient pas demandé que je leur claque la porte au nez, qui n'avaient rien fait pour ça. Qui ne faisaient pas partie du problème.

Je me suis dit que, peut-être, on pourrait trouver un terrain commun pour regarder ensemble de jolies choses et rigoler.


Grosse pression, cela dit. Pour quelqu'un d'aussi esseulée que moi. De raccrocher les wagons. De justifier ma présence dans des existences qui n'existent que par le sang. Qui ne reposent sur pas plus, a priori, que celles que j'ai reniées.

Bref, ensemble, le projet c'était de reconstruire. 

Pas gagné. 

Mais on ne s'en est pas trop mal tirées. Je crois.

J'ai tellement fourni d'efforts pour ce week-end-là, que j'en ai oublié que ma vie continuerait après. 

Je me suis donc retrouvée propulsée dans un été absolument seule, sans branches auxquelles me raccrocher, sans rien. Socialement, totalement isolée. 

Sur mon petit nuage d'avoir Frankensteinisé un semblant de famille, mais délaissée par celle que je me suis construite depuis tant d'années.

Alors, comme toujours, comme tout le temps, j'ai fait semblant. Je me suis organisée un week-end seule, mais loin. Enfin, à peu près. Accessible en train. 

L'ennui a fait son jeu, et ça, plus ça, plus ça... Des hasards, des retournements dans un lit, en quête de sommeil, des crises d'urticaires venant d'on ne sait trop où : ça a donné... 

Lui. 

Et moi.

Desire, cool this body down

Et un mariage improbable, qui ne surprend que ceux qui ne me connaissent pas.

Car à quoi d'autre pouvait-on s'attendre de la fille qui s'est trouvé un frère chantant ? Puis un autre dont elle n'a jamais entendu la voix. 

Si quelqu'un a réinventé la famille traditionnelle en la nukant bien comme il faut, c'est bien H.S. Johnson, votre hôte et convive, (souvent hot, rarement convenable)(ou conviviale).

Il était tellement irréaliste que quelqu'un veuille de moi un jour, qu'une de mes sœurs biologiques a juré qu'elle se mettrait la plus grosse cuite de sa vie si cela arrivait.

Do I disappoint you, in just being lonely? 
And not one of the elements that you can call your one and only

Bien sûr, personne n'était dupe. Ca n'arriverait jamais puisque tout le monde, dans cet arbre biologique aux racines pourries, s'était assuré que je ne m'aime pas assez pour être aimée, par quiconque, de quelque façon que ce soit.

[Sauf qui vous savez]

Les dés étaient détraqués. Jetés. 

Alors, que je le trouve malgré tout tenait du miracle.

Même s'il est intangible, même s'il n'est que sonore. 

Il me ressemble plus que tous ceux dont j'ai croisé la route jusqu'ici, nous sommes plus liés qu'avec ceux sur le chemin de qui j'ai eu le malheur d'apparaître.

Il ne m'a jamais fait de mal, n'a jamais élevé la voix. Il m'a juste aimée, a été là. Comme je l'ai été, à sa demande. En retour. 

C'est imprécis, et impersonnel, mais ça sonne plus vrai que tous les contacts physiques que j'ai pu connaitre. Et ce, depuis ma première respiration. 

Mais n'est-ce pas avec lui que je l'ai vraiment prise ? Que mes côtes se sont ouvertes et ont laissé mes poumons se gonfler, comme jamais avant, pour faire place à mon cœur rabougri ramené brusquement à la vie ?

Puisque rien ne dure vraiment, cette envolée icaresque vers le soleil a été brusquement stoppée tout début septembre, avec l'annonce couperet que d'ici 6 mois, j'allais perdre un membre, bien tangible lui, de mon foyer.

Why does it always have to be water?
Why did it always have to be holy wine?
Destruction, of all mankind

Peut-être le seul être de mon entourage à avoir connu une vie aussi pénible que la mienne. 

C'est le côté pile et face du drachme qu'on glisse dans la bouche du défunt.
Pile : maintenant que je le sais, je peux prendre mes dispositions, l'accompagner.
Face : comment faire le deuil de quelqu'un dont le cœur bat encore ? Encore et souvent tout contre le mien, peau à peau, dans la chaleur l'un de l'autre et une tendresse inédite, presque désespérée, de la petite âme qui s'accroche comme elle s'est toujours accrochée, car elle n'a rien connu d'autre.

Un chat d'égout. Mon gros bigoût. Les yeux les plus gentils de la terre et désormais une toux à faire tomber des cheminées.

Dans cette nage longue, océanique, de tout instant, il a pourtant fallu reprendre mon souffle plus d'une fois. 

Comme quand j'ai trainé Dealul chez Sotheby's, me planquant derrière son allure plus classe que la mienne comme pour m'excuser de faire tache.
Mais rien n'aurait vraiment pu se dresser entre mon but et moi. 

Dans ma famille recomposée, il y a beaucoup de morts, de morts jamais croisés, de morts sur qui je veille, encore et toujours au Père-Lachaise, même si j'ai changé de rive depuis 13 ans, maintenant. 

Les gens sont surpris que je l'appelle "Modi" et je réponds qu'après tout, c'est comme ça qu'il s'appelait lui. M le Modi et son génie incompris, ou un peu trop tard. Fauché dans tous les sens du terme. Un des piliers, sans le savoir, d'une minuscule vie qu'il n'aura jamais croisée pendant la sienne. La mienne.

J'ai suivi la vente aux enchères en rêvant à une autre vie - pas celle de milliardaire mécène que je n'aurai jamais, mais celle de la voie estudiantine que j'aurais tout aussi bien pu choisir. 

Comme un trainwreck peut en cacher un autre, avec Dealul, on a passé en revue toutes les autres œuvres de la maison, en cherchant celles qu'on pouvait théoriquement s'offrir (à deux, en vendant nos maisons) et c'est là qu'on m'a encore posé un lapin.

La vie me pose beaucoup de lapins. 

Je ne suis pas comme Alice, je ne leur cours pas après. 

Non : c'est eux qui débarquent et se dressent en travers de mon chemin. Certains pour me dire "Tu ne mérites pas de mon précieux temps" mais d'autres, ceux que de loin je préfère, pour me dire "Ta vie a un sens, et c'est par ici".

Ce sont quasiment toujours des lièvres de Barry Flanagan, mon sculpteur préféré.
Ouvrez les yeux autour de vous, dans les grandes villes, dans les lieux de passage et vous en verrez, vous aussi. Ils sont partout.

Ce jour-là, j'ai été récompensée, une fois de plus, d'avoir mis un pied devant l'autre. 

Tired of being the reason the road has a shoulder
And it could be argued, why they all return to the order
Why does it always have to be chaos?
Why did it always have to be wanderlust?

Comme un peu plus tôt, en août, quand je me suis concassée dans un concert miraculeux de Kneecap, me rappelant combien l'Irlande est en grande partie mon centre gravitationnel et pourquoi la bague que j'ai au doigt est un anneau Claddagh. 

Fontaines D.C. ont continué à me porter, comme Andrew Scott, Cillian Murphy, Aidan Turner, ainsi que forcément Oscar (4 ever) et mes projets de mettre le cap sur Belfast en mars, pour poursuivre mon pèlerinage Titanic (qui ne se terminera normalement pas en implosion de sous-marin en plein atlantique nord.......)

Je me suis baladée à Provins, histoire de mettre le temps en pause l'espace de 24 h, lors de la plus belle journée de l'année, comme si la météo avait décidé de jouer le jeu, et le soleil, lui, de ne pas poser de léporidé à mes pieds.

Pendant cet été où je n'ai parlé à personne de substance parfois pendant 15 jours d'affilée, c'est au cinéma que je me suis réfugiée. Sans hiérarchie et avec beaucoup d'anarchie, je ne saurais que trop recommander : Nino (meilleure scène de sexe de tous les temps qui a forcément résonné dans mon contexte marital), Touch (un exemple de justesse, de bout en bout, comme une envie de faire un hug au film entier et de lui dire "ça va bien se passer.") & 13 jours, 13 nuits, ce dernier ayant à lui seul résolu une bonne partie d'un trauma que j'avais enfoui loin, lié au minuscule impact qu'a eu cette tragédie sur ma propre vie et l'infinitésimal rôle que j'ai joué (vraiment riquiqui)(think: le sens de l'honneur de Gérald D. riquiqui) dans l'évacuation de Kaboul. 

Mention spéciale pour Thunderbolts (je ne m'attendais pas, mais alors vraiment pas, que le thème de la santé mentale soit abordé avec autant de justesse dans un blockbuster Marvel), ce qui me permet de saluer, au passage, le travail de James Gunn, entre son Superman et son Peacemaker, il a refait mon année (Eagly, je t'aime, appelle-moi)

Et question santé mentale, et super héros dans leur genre, je ne saurais que vous implorer de regarder Empathie, la série de l'année - y a pas de débat, chut, je veux rien entendre, posez vos stylos et rangez vos cahiers. 

Il faut aussi citer la pièce La Machine de Turing, parce que Brice Hillairet est toujours impeccable et parce que le parallèle avec Oscar. 

Parce que ce thème est un énorme fil rouge, qui m'a suivi jusqu'à cette première nuit de 2026 (j'espère vraimentvraimentvraiment qu'un jour Plainclothes sortira sur nos écrans.)

Puis, de fil en aiguille, octobre est arrivé.

Parfois, on mise beaucoup sur un week-end. Ce n'est qu'une poignée de jours. Deux - ou trois, tout au plus.

Pourtant, certains comptent plus que d'autres.

J'ai passé 2025 à en peaufiner un. A le rendre le plus fantastique. Le plus phénoménal. Le plus grandiose. Le plus fou du monde. 

J'étais refaite de passer Halloween à Londres, presque en compagnie de Marlowe, avec ma famille de cœur, celle qui m'a recueillie quand l'initiale m'avait brisée et que j'avais enfin réussi à lui échapper, celle pour qui j'ai fait tous ces efforts, depuis tant d'années, afin de devenir la meilleure version de moi-même. 


Et, disons juste que la vie a un sacré sens de l'humour. Parfois difficile à comprendre.

Sensational
I'm gonna smash your bloody skull

Doucement mais sûrement, elle fait perdre des membres. On pige que les petits cadeaux de l'existence, ses éclaircies, ne sont jamais gratuits. Qu'il y a toujours un prix à payer.

On peut choisir de prendre le problème à l'envers, de se dire que le baume vient après les plaies, pour ressouder les déchirures. Mais perso, en éternelle pessimiste, je vois le bon comme un enrobage goût framboise chimique pour faire passer les putains de pilules amères de cyanure de la life dont le pot ne semble jamais vouloir se vider. 

On peut être propulsée à deux bras par un psychiatre phénoménal, faire des progrès fabuleux, inattendus, inespérés. Prendre une revanche sur tous les handicaps (au propre et au figuré) avec lesquels on a été lancée dans le jeu de la vie, se voir répéter à tout bout de champ "non, ce sont des idées noires, ça n'arrivera pas, ton plus grand cauchemar a zéro chance de se produire" ...et un matin, on se réveille et ce plus grand cauchemar a pris la forme d'un message flou, envoyé à la va-vite et réduisant à néant tout ce joli parcours. 

Succinct, me rappelant que je suis un être nocif et diabolique - manipulateur - qui ne mérite ni amour, ni amitié et qui détruit tout sur son passage. Un être qui n'a aucune excuse, aucune circonstance atténuante et qu'après 15 années d'amitié, on en a fait le tour et on tourne la page aussi vite qu'un message whatsapp envoyé sans se retourner. 

Dernière preuve me montrant que ce sur quoi j'ai construit ma vie, les raisons pour lesquelles j'ai décidé de bosser sur moi, de faire tous ces efforts et d'évoluer, ne sont en fait que des fondations en O², aussi friables que la poussière des vieux os des seuls gens qui m'ont vraiment aimée, inconditionnellement.

Et le dernier clou dans le cercueil : me le faire parvenir, ce message, juste après qu'on m'ait annoncé que l'autre partie de ce qui me raccroche à la vie, celle qui ronronne doucement et sent le hareng, était condamnée.

'Cause, baby, no, you can't see inside
No, baby, no, you can't see my soul

Do I disappoint you?
Do I disappoint you?

*Encore Rufus, merci bis, merci for ever.

dimanche 28 décembre 2025

[Bilan 2025] You got me writing lyrics on postcards - Part I

 Then in the evening looking at the stars*

Avant de faire ces traditionnelles notes bilan de mes années écoulées, je dois m'y prendre de plusieurs façons et ce afin de palier à la dégénérescence de mon cerveau malade. 

Je parcours les photos prises dans ma galerie, je relis mon agenda, j'épluche mes tops Spotify, les billets de concert que j'ai achetés... 

Cet article est mon seul devoir de vacances, entre Noël et le jour de l'an, vu que j'ai fini mes traditionnelles cartes de vœux. 37 ans ressenti 98. 

Le programme ? On part sur une rétrospective pleine d'inattendus et de chaos, de grisaille et de luxure, de retrouvailles et de déchirures. 

Thank you for this bitter knowledge / Guardian angels who left me stranded

Comme la vie n'est pas dépourvue d'ironie, j'ai commencé 2025 par une expo sur la folie, au Louvre, en bonne compagnie. 

Compagnie avec laquelle, comme pour boucler la boucle, je viens de fêter le Réveillon. 

Entre çà et là, j'ai eu le temps de rayer un gros morceau de ma "to-do list des choses à faire avant de mourir", de sauver PiPi le pigeon (qui, lui-même, ça se trouve, sauvera la terre un jour), d'initier une réinvention du concept de famille, d'avoir le cœur brisé par un diagnostic de plus, oh et... de me marier.

Ce qui est cocasse, quand on pense au fait que je n'ai jamais été aussi isolée depuis le collège. 

Tous les ans, je constate que j'ai croisé de manière inattendue une personne plus qu'une autre, et généralement, il ne s'agit pas de ma voisine ou de mon dealer. Mais de quelqu'un de chouette qui brille par son unexpected présence.

Par exemple, cette année, j'ai plus croisé Fabrice Arfi qu'une bonne partie de mes amis. 

En janvier, j'étais à l'avant-première de Personne n'y comprend rien animée par Guillaume Meurice (regardez le flim, écoutez hebdomadairement La Dernière) et lui était à mon rassemblement du syndicat national de l'édition, il y a trois semaines. Et je ne vous parle pas de toutes nos croisades dans Paris, entre deux. Je suis à deux doigts de l'inviter à ma prochaine fondue entre potes. Et de démarrer un crowd-funding destiné à lui financer une sécu personnelle, parce que pour un type qui en chatouille d'autres qui tuent parfois des gens, il est partout, tout le temps et très très accessible. 

Bref, revenons-en à moi, on est là pour ça.

Au début de l'année, j'ai surtout servi de passe-partout pour entrer dans la nouvelle Notre-Dame, so fresh and so clean, grâce à mon coupe-fil nommé "RQTH" (ne tentez pas de prononcer ça d'une traite à haute voix à la maison). Pour moi, cet endroit est davantage un pop-up store en l'honneur de Victor "The GOAT" Hugo plutôt qu'un endroit de recueillement mais, hé, chacun a l'air d'y trouver son chien. Ou sa gargouille.

Si on continue ce fil rouge d'improbabilité, on atterrit un après-midi gris (en existe-t-il d'autres ?) dans la zone commerciale de Créteil. 

Si cette ville est jumelée avec "Les Abymes", c'est pas pour rien. 

Après un bras de fer ayant duré des mois pour récupérer ma machine à laver kidnappée par ces voleurs de BUT, j'ai dû me déplacer sur place en full-mode Liam JohnNeeson. Le combat fut rude mais au bout : la victoire. 
Bon, j'ai dû abandonner la bête à ses geôliers, mais j'ai été remboursée et j'en ai racheté une plus sexy, en mode crise de la quarantaine précoce. #DémonDeCréteilSoleil

But the brightest of the planets is Mars

Et, avec le soleil, est arrivé dans ma cour PiPi le pigeon. Autre dégradé (très dégradé....) de gris, autre rencontre inattendue et cas de conscience s'il en est. S'en est suivi un épisode totalement unhinged à l'image de mon année et de ce monde qui n'a plus aucun sens, ma bonne dame : la mise en boîte d'un PiPi mi-mort-mi-vivant avant de moi-même m'enfourner dans un taxi direction Maison-Alfort (décidemment, je suis beaucoup trop sortie du périph, en ce début d'année...) pour le confier aux bons soins de Faune Alfort - une asso top moumoute qui recueille TOUTE la faune sauvage en détresse si vous vous donnez la peine de les leur amener (le taxi, c'était un quirk personnel, ils sont desservis par le métro)

 You can't be trusted with feathers so hollow


On peut affirmer que ma courte histoire avec PiPi m'a changée. 

Who can say if I've been changed for the better? 

But Because I knew you I have been changed for good

 My Wicked Pidge of the West <3



Juste après, je me suis envolée pour la Roumanie, et ce voyage a été assez documenté en ces lieux. Je vous laisse en parcourir les archives.

Le gros morceau rayé de ma to-do list existentielle, c'était le château de Dracula, le jour de mon anniv, parce que je suis une meuf qui fait les choses bien ou ne les fais pas. 

(Je ne fais donc pas grand-chose, au final.)

Your heaven's inventions, steel eyed vampires of love

A mon retour, j'ai recroisé ce bon vieux Fab' à la Bellevilloise pour un event Mediapart et je me suis retenue d'aller lui dire "woah, 2 fois en 3 mois, gars, ça va trop vite entre nous !" mais à la place, je me suis tue, et j'ai assisté à son one-man show ("Abonnez-vous !")

Début mai, je fais une virée normande pas piquée des hannetons - cette fois, on ne traine pas au bled (Rouen), mais on va voir la mer (à Honfleur) où je croise le fantôme d'un vieil ami et âme frère. 

Croiser ses mânes d'une manière aussi joviale et qui lui ressemble tant m'a donné envie de m'aventurer en banlieue proche (décidément...) pour aller voir sa dernière demeure. Une chose en entrainant une autre, je suis entrée par effraction au cimetière d'Arcueil et j'ai failli me défénestrer accidentellement d'un promontoire. Bon, au moins, j'aurais été sur place. 




Autre jour, autre cimetière. Après avoir découvert pour la première fois le Musée de l'Homme qui était fermé depuis aussi longtemps que j'ai vécu à Paris, j'ai fait un crochet par cet écrin de plein-aux-as morts qu'est le cimetière de Passy. Avec vue sur la Tour Eiffel, s'il vous plait. La famille Talleyrand, Bolloré, le dernier empereur du Vietnam et Natalie Clifford Barney, qu'on aime pour sa vie, son œuvre et son amour décomplexé des chattes mais moins pour avoir jeté son dévolu sur cette enflure de Bosie Douglas pour son mariage lavande. (L'ex d'Oscar.)(Wilde.)(Suivez un peu !)

Vanity fairgrounds and rebel angels






Après avoir reçu la visite de ma nièce en début d'année, c'est à mon tour d'aller la voir au fin fond de la Normandie (mais qu'est-ce qui m'a pris de m'expatrier tous les samedis, à la fin ?) Et comme avec Tata JohJoh, c'est fun et gaudriole à vau l'eau, on a fait le mémorial de Caen et les plages du débarquement. C'était patriotique comme il faut, et on a regardé la cérémonie des couleurs au son du Taps, la main sur le cœur en pensant à notre moitié de famille américaine et en leur souhaitant "bon courage, les zouzous avec votre président zinzin !"

[Je rappelle à toutes fins utiles que l'Angleterre est une colonie normande et donc m'appartient]

J'ai aussi fait mon premier saut de l'année (sur trois, dont un à venir) à Lille, pour apporter à une amie de longue date le soleil du sud de Paris qui manquait à son ciel plein de maroilles. Ou un truc du genre. On a surtout bien mangé et bien bu, en rattrapant le temps perdu et en parlant de nos options de retraite (le couvent pour elle, l'euthanasie pour moi). 2025 core, en soit.  


J'ai retrouvé le reste du groupe d'amies pour un karaoké endiablé afin de fêter le premier passage aux quarante ans d'une des nôtres (qui préfère garder l'anonymat)(Big up, Vascul!) qui sera - on l'ignorait alors - une répétition générale pour une reprise en chœur de Bohemian Rhapsody au Châtelet, avec toute l'équipe de La Dernière et leur invité surprise...  Fabrice Ar... (non, j'déconne)... Edwy Plenel ! (j'déconne pas)(après ça, j'ai vraiment commencé à regarder par-dessus mon épaule, me demandant si la rédac' entière me suivait pas H24.)

[Partout, je vous dis !]

Parmi les autres événements culturels notables de ce premier semestre :
 
Les expos Marguerite Matisse et Gabriele Münter au Musée d'art moderne. 
Le concert de Wunderhorse à L'Alhambra un soir de finale de Champion's League dont je suis sortie pile à temps pour slalommer entre les tirs de mortier comme un G.I. au Vietnam (et aucune cérémonie des couleurs en rentrant, en nage et tremblante pour aller serrer très fort contre moi mon chat cardiaque et lui éviter une mort par trophée de foot). 
La reformation des Maccabees - revenus d'entre les morts krkrkrkr vous l'avez ? J'espère que vous l'avez... - au Trabendo, la larme à l'œil et la sueur au front. 
Les retrouvailles avec Laurent Sciamma, membre honoraire de mon groupe de copines, pour le rodage de son nouveau spectacle. 
Les Idoles, de Christophe Honoré, que je ne sais pas comment j'avais fait pour louper la première fois. L'occasion de voir Marina "Hervé" Foïs en vrai, l'héroïne de ma jeunesse et de mes plus grands éclats de rire adolescents. 
L'exposition Apocalypse, à la BnF, bien dans le ton de cette année, elle aussi. 



Niveau séries, j'ai regardé les mêmes que tout le monde : The Studio, The Pitt, Department Q. et Overcompensating. 
Ainsi que, pas les mêmes que tout le monde : Billy the Kid (Tom, appelle-moi), Smoke (Taron, appelle-moi), Wolf like me (Isla, appelle-moi) et One Day (Ambika, je suis la seule qui pourra faire ton bonheur, rends-toi à l'évidence....) et bien sûr la meilleure série actuelle et du monde : Interview with a vampire (tout le cast : orgie chez moi, mardi en 8)


Et bien sûr, actuellement-là-maintenant : 


On était fin juin et je l'ignorais encore, mais un mois après, j'aurais la bague au doigt. 

But of Medusa kiss me and crucify 
This unholy notion of the mythic power of love

Allez, bisous les dindes joviales et à bientôt pour la partie 2 !


*Les paroles sont sponso Rufus "ma chanteuse préférée" Wainwright, Go or Go Ahead, en l'occurrence. Merci l'ami.  


mercredi 10 décembre 2025

Damned for All Time


Dans mes souvenirs, je suis souvent toute seule.

Celui-là en fait partie. Pourtant, j'étais dans une maison qui d'habitude grouille de bruit. Mais là, dans cette période entre chiens et loups, au croisement de Noël et du jour de l'An, je me retrouve sans personne autour sur un grand canapé blanc où on n'a le droit ni de manger, ni de dormir, encore moins de respirer.

Je ne sais pas ce que font les occupants de ce domicile. Moi, je ne fais que passer. Passer les fêtes ici. 

C'était l'époque où, ne sachant faire la différence entre une liseuse et une tablette, j'avais demandé un hybride des deux, me disant que ça me servirait à travailler, à lire pour le plaisir et pour les loisirs.

Le rétroéclairage a rendu toute activité sérieuse impossible et je me suis retrouvée à l'utiliser à 99 % pour jouer à Angry Birds et regarder des vidéos. 

Alors, j'ai exploré YouTube que je ne fréquentais d'habitude que pour la musique - quand les sites de streaming étaient bloqués au travail, par exemple. Ou pour regarder des clips, des images volées de concerts où je n'avais pas pu aller.

J'ignore comment l'algorithme m'a mise sur cette voie, mais je me suis retrouvée dans la sphère anglosaxonne de jeunes de mon âge - et un peu moins. Ils montaient des courts-métrages, tournaient leurs propres clips musicaux, partageaient leur quotidien, tout ça avec les moyens du bord, bien loin des superproductions actuelles.

De fil en aiguille, je me suis attachée à eux comme à une petite famille. Ils se connaissaient tous, certains s'aimaient, d'autres étaient rivaux. Il y avait des ships entre des garçons pas encore out. Des exs s'unfollowaient. 

C'était bien, parce que c'était loin. Parce que je ne partageais ça avec personne. En France, qui cela aurait intéressé ? 

Je crois que ça correspondait à une période de transition, dans mes groupes d'amis, où je n'avais pas encore les pieds sur la terre ferme, je dérivais gentiment. Alors, en attendant une île au trésor, j'avais ces petits anglais. Je voyageais à travers eux et je me disais qu'un jour, moi aussi, j'irai vivre à Londres, histoire de tout recommencer.

(Spoiler alert: quelques années après, quand j'avais assez mis de côté, il y a eu un comme qui dirait... un Brexit dans ma chaussure.)

Flash-forward, à Londres justement, quelques années plus tard. J'y vais régulièrement, pour explorer mais surtout dévorer des comédies musicales, maintenant que j'ai un peu de budget. J'ai passablement oublié mes YouTubers d'Albion, je suis concentrée ailleurs. Je suis une adulte responsable pleine de responsabilités responsabilisantes. Ma vieille tablette ne fonctionne plus depuis longtemps. 

Bref, nous sommes en hiver, et j'ai envie de manger indien.

Reste à convaincre ma compagnonne de voyage (de nature plutôt frileuse et moyennement patiente) de se taper la file d'attente d'une heure, dehors, pour atteindre le graal des restos. Dans la queue, je dois lui sortir mon meilleur one-woman show pour ne pas qu'elle batte en retraite. Heureusement, le personnel arrive avec des thés offerts par la maison et ma pote retrouve le sourire. 

On est enfin placées et je dévore le menu des yeux. Les tables sont serrées, l'endroit bondé. Les serveurs aux petits soins. Je commande, je me plante, mon accent est tordu, on en rigole. L'attente est longue dedans aussi, j'ai un peu épuisé les sujets de conversation. A l'époque, je suis très très hétéro et je tiens un blog qui l'est tout autant, alors par réflexe je regarde à gauche et à droite et j'essaie de repérer qui est le plus joli des hôtes de ces bois.

La table d'à côté de nous se vide, quelqu'un la nettoie, puis un groupe de quatre jeunes hommes arrivent. Eux n'ont pas d'accent, en tout cas pas le mien, ils sont du coin. 

Discrètement, je les regarde. Je ne sais plus ce que j'avais dans la bouche mais je le recrache sûrement. Je dois couiner. Devenir rouge, verte, bleue. Violette.

Ma pote est habituée à mes bizarreries. Impassible, elle attend mes explications de drama-queen afin de jauger si ça vaut la peine d'être hypée. 

Pour elle, très clairement non, car elle ne les connait pas. Il n'y a que moi, il n'y a que eux. Un nous qui flotte dans l'au-delà de mes intérêts monomaniaques. Il y a cette famille lointaine que j'ai un jour arrêté de regarder. Mon chouchou est parti aux USA, un autre au Canada, une autre semble percer au West End. Je trouve là un segway parfait pour expliquer la situation à ma pote qui ignorait tout de cette monomanie comme j'en ai tant.

Le fait est que, si on met les heures bout à bout, j'ai passé dans ma vie autant de temps avec les voisins de la table d'à côté qu'avec elle. 

Je ne vais pas leur parler, qu'est-ce que je leur dirais ? C'est clairement une sortie officieuse, ils n'ont rien à vendre, rien à présenter. Je les laisse tranquille, et je m'autorise juste quelques petits bruits surex. 

J'ai toujours croisé par hasard tout un tas de gens connus, que j'admirais souvent, de manière hautement improbable. Mon surnom a longtemps été "rockstar-magnet" et, si ça m'est beaucoup arrivé, je n'ai jamais perdu ma candeur à ce sujet. Je ne suis jamais devenue blasée - pourtant, beaucoup m'y encourageaient à coup de "j'ai jamais compris ce côté-là, chez toi..." ou de "tu devrais pas en parler, tu devrais garder ça pour toi, c'est gênant."

Je ne suis ni une stalkeuse, ni une chasseuse d'autographes, non, je vis ma vie et paf quelqu'un de connu croise ma route et souvent ça colle, le temps d'une soirée - plus rarement d'une tournée - parce que, justement, je n'ai rien cherché. Quand la situation fait qu'on est amenés à se parler, je m'adresse à eux comme à n'importe qui, tout en ayant les mêmes goûts et les mêmes réfs (bon, et pas froid aux yeux, j'admets.)

Mais ce jour-là, dans ce resto, à part faire un high-five intérieur à la moi d'il y a quelques années, je contente de manger mon repas et de laisser échapper quelques "j'y crois pas".

Flash-Forward, Londres toujours, mais en octobre dernier. La même pote est là, les autres aussi - j'ai organisé à la première un anniversaire surprise. 

On veille jusque tard à parler de ma nouvelle monomanie aka les gens qui disent du sale dans mes écouteurs. Parmi mes chouchous, un mec british, le seul de la bande à ne pas être totalement anonyme. Je vante ses mérites, fait écouter sa voix et, bien sûr, ma pote se moque une fois de plus de son pseudo - et je ne peux pas lui donner tort. Là, elle pose la question qui lança mille navires : "Mais, il a vrai prénom, au moins ? !" 

Je lève les yeux au ciel. Je ne sais pas quoi lui répondre à part "gngngn tout le monde a un prénom ! Même les gens sous pseudos ! Même les gens mal nommés !" Puis on va se coucher. Je m'endors avec un audio safe for work dans les oreilles (car on m'a interdit le reste tant que je partageais mes murs)(incompréhensible censure......) et je me réveille, groggie, avec en tête cette question en boucle. C'est vrai ça, il a un vrai prénom ou pas ? 

Un autre de mes superpouvoirs est que, quand je le veux, je peux trouver un peu n'importe quoi sur n'importe qui. La plupart du temps, je choisis juste de ne pas le faire, car comme pour le mensonge, j'estime que c'est vivre la vie en mode "triche". Ce matin-là, je ne sais pas, je suis faible, à bout, j'ai besoin de réconfort, de quelque chose de tangible et je google l'individu. Trois pages de résultats plus tard, je découvre son prénom, son nom de famille et son CV complet depuis que le monde est monde, ainsi que le nom de son ex vue de nombreuses fois sur scène et d'autres choses encore. 

TMI pour un réveil aux aurores dans une piaule qui n'est pas la mienne. Je cligne des yeux, je chasse la brume et d'un coup, mon souffle se coupe. On a des gens en commun. Je découvre d'anciennes photos. Mes poumons explosent. Je fais le rapprochement avec son ancien pseudo. Mon cœur sort de mon corps. 

Voilà. C'est devant mes yeux. Comme le nez (qu'il cache désormais sur ses photos) au milieu de la figure : un des garçons avec qui je passe mes nuits était assis non loin de moi dans ce restau indien, comme il était sur ma tablette sur ce canapé blanc. 

Il a changé de nom, changé de masque, mais par trois fois nous nous sommes trouvés et nous nous sommes retrouvés.

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Si je vous écris ça maintenant c'est que, depuis, je suis me sens personnellement investie dans sa carrière et qu'une fois encore c'est le moment qu'il choisit pour vouloir voler vers de nouveaux horizons. On est un peu comme le Doctor et River Song, pas sur la même timeline, destinés à se croiser dans nos multiverses et à se regarder - s'écouter - se frôler - se savoir de loin.