dimanche 26 juillet 2026

[Métronome 3] Slza

Premier soir du premier jour de festival et la journée avait déjà été bien remplie.

C'était aussi l'heure du momentum. De ma raison primaire d'avoir mis en branle tout ce bordel pour me retrouver là, au pied de la barricade. Comme un acte de révolte envers mon année affreuse. 

[J'invite les nouveaux arrivés à se reporter à l'avant-propos de cette saga trépidante pour mieux en saisir les tenants, les aboutissants et la substantifique moelle.]




Donc me voilà, collée de sueur à la barrière, une bière fraiche à la main, ramenée par la dévouée V. qui n'a pas l'air de trop savoir comment me gérer - même si je l'ai briefée sur les potentiels liquides corporels qui pourraient s'échapper de moi pendant la prestation de Tom Odell. 

La pensée magique, en soi, j'y crois peu. Mais mettre tous mes œufs émotionnels dans le même panier, c'est-à-dire la prestation d'un artiste de confiance ça, c'est déjà plus ma came.

Il aura donc fallu organiser toute seule de bout en bout un voyage à Prague pour que j'assiste à un de ses concerts au premier rang, alors que j'ai plus l'âge de me battre pour ça dans nos vertes contrées de l'ouest. 

La concentration était totale, pour ne pas dissocier, pour ne pas partir loin dans l'agacement parce que deux gamins me marchaient sur les pieds, parce que les photographes se foutaient pile devant moi, parce que la sécurité insistait pour nous distribuer de l'eau alors qu'il faisait enfin une température supportable. 

[Le premier rang, c'est jamais être tout à fait devant]

Mais j'ai réussi. Et il m'a fallu trois chansons pour que les vannes sautent et que les larmes jaillissent.

Je ne crois pas avoir été une très bonne compagnonne de concert pendant celui-ci. D'habitude, je fais des blagues, je montre des trucs que l'autre n'a peut-être pas remarqué voire je fais l'explication de texte de qui est la personne sur scène et pourquoi elle fait ça comme ça. 

Là, j'étais seule avec moi-même au milieu de plein de gens, dont une (1) que je connaissais.

Hormis la personne sur scène. Ce qui ferait deux (2). 


Tom était particulièrement en forme. Son succès récent l'a un peu raccroché au monde, au monde positif, à celui qui le tire vers le haut. On sent qu'il est bien avec son groupe, plus sûr de lui. Il est venu si près que j'aurais pu m'agripper à lui, mais j'étais soulagée que personne ne le fasse et qu'on soit tous si bien élevés. 

Alors oui, sa rage très british que j'aime tant est toujours là, mais il a arrêté de s'en prendre à lui-même et se défoule désormais sur son tabouret de piano, une victoire en soi. 

 

Ai-je précisé qu'il s'agissait d'un festival pour mamies et que la loi tchèque obligeait les organisateurs à cesser toute musique à 22h quand bien même on était à perpét les oies de toute habitation ? 

On est donc rentrées bien sagement après ce moment de communion, dans le dédale de la proche banlieue dortoir Praguoise. Au moins, on a croisé des chiens. Et en rentrant à l'hôtel : bénédiction, ils avaient sorti les ventilos de leur garde-meuble, ces derniers nous attendaient bien sagement à l'accueil. 

On allait pouvoir dormir un peu mieux dans cette chambre non climatisée, et tant mieux. Parce que le deuxième concert que j'attendais le plus, et le number ouane pour V. allait quasiment ouvrir la journée du lendemain, plus chaude, encore.

Heureusement, on avait un documentaire de hockey très sérieux à regarder avant de fermer les paupières (soit le 3e revisionnage de Heated Rivalry pour ma part)

Le lendemain, après une deuxième tournée de paillettes et un café glacé au prix multiplié par 3 en cette saison touristique, on s'est octroyé le luxe d'aller au festival en métro, histoire de pas trop s'épuiser. 

Sur place, on a dû se forcer à manger quelque chose histoire de pas enchainer les bières sur un ventre vide (moins chères que l'eau, je le rappelle) avant de bénéficier d'une pause fraîcheur inattendue : par peur de perdre le peu de festivaliers qu'ils avaient, l'orga a affrété un camion pour les asperger. Autant vous dire qu'il est devenu mon meilleur ami pour le restant du séjour. Il faut imaginer Johnson gambader dans les prés derrière un tout petit camion dont des arc-en-ciel naissaient de l'arrière-train. #HappyPride 

Le but était d'arriver le plus tôt possible pour être au premier rang - de manière calculée et anticipée cette fois - pour Balu Brigada. Vu le cagnard, la pelouse était déserte ou presque pendant les balances de tous les artistes, dont nos kiwis préférés - Pierre et Henry, on en reparlera.

On a donc fait un détour pour aller assister au concert d'ouverture du sympathique KennyHoopla. Encore un américain, à la croisée des genres. Vu son allure, je m'attendais à du Hip Hop (oui, j'ai des préjugés) mais V. insistait pour me dire "mais non ! Il fait du... enfin du... c'est du... un genre de...", ce qui a grandement aidé à éclaircir la situation. 

Malheureusement, malgré une énergie qu'on peut saluer vues les circonstances, Kenny chantait très très faux, et pas en mode "je-suis-punk-je-le-fais-exprès". On se serait cru dans un bêtisier de la Nouvelle Star. 

Si V. est restée, conquise par le charisme indéniable du garçon, ma misophonie et moi on est allées gambader plus loin en se disant que comme pour l'eau, si Kenny continue de faire n'importe quoi avec sa voix, dans 10 ans, y en aura plus.

C'était le moment de vraiment camper devant la petite scène pour voir le groupe révélation de mon année dernière. On n'attendait qu'eux et pourtant c'est une autre légende qui s'est imposée devant nos rétines éberluées. 

Le mystérieux Jean-Cam.

Mais, oui, il faudra encore attendre avant de lever le voile sur le quoi du qu'est-ce de cet énergumène qui est entré dans nos cœurs par la grande porte pour y rester graver pour l'éternité.



mercredi 15 juillet 2026

[Métronome 2] Teplo

 


Le soleil était de plomb. Le festival, installé pour la première année sur un bout d'aérodrome, pas du tout préparé pour composer avec la canicule. Pas d'ombre naturelle, pas de points d'eau, des bouteilles confisquées à l'entrée et un vieux tarmac brisé en petits morceaux devant la scène principale qui dégageait une poussière âcre noircissant jusqu'à l'intérieur des baskets.

C'était notre Vietnam.

Mais il y avait plus à plaindre que nous : les artistes programmés en premier, quasiment tous internationaux, et qui allaient devoir jouer devant 3 personnes et demies, ramollies par la chaleur.

Parmi la prog, j'avais fait mon marché en avance, et j'avais très hâte de découvrir Chezile. 

Comme avec beaucoup d'artistes qui ont percé sur TikTok, se pose l'irrémédiable question : is it good or is it cake? 

L'épreuve du live allait en juger. On s'est retrouvées un peu malgré nous collées à la barrière, surtout pour glaner un peu d'ombre.

Devant nous a débarqué Alejandro, nonchalance incarnée, yeux dans le vague (sûrement pour éviter de voir la vaste étendue d'herbe devant lui, avec trois tchèques là par hasard et nous, encore assez fraiches pour frétiller). Son vague à l'âme et sa langueur n'étaient pas idéales pour une programmation si tôt, en plein cagnard, mais ses compos font le taff même si lui est en mode minimum syndical et répète en boucle entre chaque chanson les mêmes trois mots. Dans ma tête : "Oh non, il est américain américain." Du genre à être jamais sorti de chez lui et à croire que tout est à l'image de sa culture et qu'en gros, tout est mieux en Californie (spoiler : non) La seule fois où il ne parlera pas météo, c'est parce qu'il a été traversé d'un choc lucide dans la brume de stoner où flottait son cerveau lent : de la scène, il voyait des gens aller aux urinoirs, au loin, et ça l'a gravement choqué. (On voyait zéro kiki, je tiens à le préciser, juste des gens de dos, mais vous comprenez, dans le pays d'Alejandro, pour ce genre de chose, on peut avoir un casier de sexual offender.)

La copine de Chezile qui lui sert aussi de CM devait lui faire des grands signes pour lui rappeler de pas s'endormir sur ses propres berceuses et de faire coucou pour la photo en flexant ses tatoos faits maisons.

Bref, c'était sympa mais bof à cause des circonstances. La personnalité peu attachante (et peu présente) de l'artiste ne me donnera pas envie de poursuivre l'aventure plus loin. En gros : OK, vu.

La vraie bonne surprise est venue de quelqu'un qui a pillé la culture américaine pour en faire quelque chose de plus intéressant que "Je suis habitué à la chaleur, en Californie, mais c'est pas la même ici !!!". Le gay cowboy sud-africain basé au Canada, j'ai nommé :


Flamboyance, frange, freaking sexy : on était en feu. Un vrai spectacle, jusqu'au bout des boots. Du style, du glam', du camp. Oh, et du vraiment talent musical, inspiré, bien rendu et tenu jusqu'au bout, avec un groupe soudé et cohérent. 


C'était bien.



Est venu le tour de Jade, mon petit guilty pleasure dans une playlist quotidienne d'habitude ultra rock, un peu pop indé. L'ancienne membre des Little Mix a un tempérament et une personnalité qui l'ont fait sortir du lot à mes yeux dès qu'elle a lancé sa carrière solo. Son second degré me l'a rendue aussitôt sympathique.

Et puis, elle est très belle. 

Sur scène, elle assure le show, se révèle très drôle dans ses transitions et on a même un peu de choré avec deux backup dancers dont un serait le sosie de mon dernier neveu s'il avait un BBL, ce qui deviendra le running-gag du séjour. 


Sur la fin de son concert, pourtant, mon cerveau commence à turbiner. Alors qu'on est censé enchainer sur Lykke Li, que j'aime beaucoup, je sens la flamme grossir en moi. Je prends une décision et je laisse le choix à V. de me suivre ou pas, mais je compte bien poser mon cul pendant une heure contre la barrière pour voir Tom Odell de près, de très près. 

Pour avoir le nez dans Tom Odell. 

Alors, ai-je réussi ou me suis-je fait piétiner par une horde de groupies qui le suivent partout en Europe, devant ramasser mes dents au milieu des graviers du tarmac ? 

Pour le savoir, il faudra revenir ici plus tard. 

Spoiler :

vendredi 3 juillet 2026

[Métronome 1] Dobrý den

Si on était dans la série précédemment connue sous le nom d'Entretien avec un vampire, et du point de vue de Lestat, je ne saurais pas par où commencer. Alors je commencerais n'importe où. Et tout serait à la discrétion du lecteur - de la lectrice, arrondissons. 

Il se trouve que moi aussi je suis pauvre, ou disons : précaire. J'ai eu des privilèges comme des coups durs financiers, si bien qu'au jour le jour, je suis un écureuil qui compte chaque euro et ne s'autorise un petit plaisir que lorsqu'elle vient d'envahir la Pologne sans les mains. 

Par contre, je crois être généreuse avec les autres. Donc le fait que V. me suive dans ce voyage et que je puisse partager le fruit de mon dur labeur avec quelqu'un qui en vaut le coup ET que je reçoive pour la première fois des droits d'auteurs supplémentaires sur les ventes d'un livre que j'ai traduit juste avant le départ allaient être déterminants. 

Déjà, parce que j'ai acheté du champagne pour fêter ça, et que c'est avec une immense gueule de bois que j'ai popé un Xanax dans le terminal 2 d'Orly, en regardant le tarmac désespérément vide, une heure trente après notre décollage prévu, alors que le panneau affichait un ravi : "A L'HEURE ! :) :) :)"

Dans la nuit - chaude mais pas trop - après avoir trinqué à une rupture dans un bar cool mais moite, après avoir parlé de nos vies sexuelles avec K. le magnifique (serveur de mon cœur, voisin adoré, grand mamamouchi de la patate au fromage) puis avoir visionné Chasing Liberty (romcom sous-cotée s'il en est), je m'étais endormie pour la dernière fois avant un bail entre mes chats, V. quelque part sur le parquet, mon sac à dos rose prêt pour l'aventure.


Spoiler : on a eu l'avion, on a réussi à check-in dans un hôtel dont la réception était fermée depuis belle lurette, on a posé nos sacs, on a traversé un parc au crépuscule, rencontré des canards, fait des courses dans un supermarché où tout était en Zglurb*, mangé une succulente pizza (on va pas en Tchéquie pour sa gastronomie) et rebroussé chemin vers notre chambre avec un sunday MacDo à la main en nous faisant bouffer par les moustiques COMME IL SE DOIT.

J'ai mis un réveil. J'ai mis des paillettes sur ma face, sur la face de V., sur mes lunettes, sur ma casquette, sur mon sac (celui qui a connu les plus belles heures du Rock dans tous ses états d'Evreux et qui a survécu jusque-là)(pour ces trois derniers items, les paillettes, c'était pas vraiment voulu) et j'ai entrainé la malheureuse dans la banlieue résidentielle pépère de Prague, sans grand charme mais sans mocheté non plus. On a croisé des good doggos, traversé un pont autoroutier et finalement on est arrivées.
Où ?
Non, mes petits chéris, pas au festoche. 
Devant une autre obsession de Tata Johnson. 


 (Non, je dé-conne)(Même si mon obsession envoie du lourd, du très lourd, plus qu'un "Charismaticky Sansonier") : 

En prenant les billets, je savais que ça allait être une expo attrape touriste qui tache. 
Mais je l'ai quand même fait, parce que YOLO. 
V. a vaillamment trotté derrière moi en se demandant ce qui arrivait à sa compagnonne de voyage dont les yeux s'étaient subitement illuminées et la bouche moussait en prononçant les mots suivants en boucle : "Ma chatte ! Ma chatte ! Ma chatte !"

Il faut savoir que j'ai adopté une Maine Coon badass qui a bientôt 10 ans et que j'ai nommée Molly Brown en hommage à cette grande femme. 



Si on sait pas ça, on pense juste que V. m'a sortie pour mon excursion dominicale hors de l'HP. 

Il y avait d'autres visages connus.


Et, globalement, pour une expo faite avec les fonds de poche (et d'océans) ça tenait la route, ne disait pas de conneries - je suis une encyclopédie insatiable et insupportable sur le sujet, ne me cherchez pas : personne ne me peut. 

A côté de moi, je sentais quand même V. frétiller. J'ignorais alors s'il s'agissait d'une envie de faire pipi à la suite d'un café glacé trop glacé, de l'anxiété d'avant son premier "festoche" ou d'une hâte manifeste à l'idée de mettre enfin les pieds dans le saint des saints (sûrement un mélange des trois.) 

Alors, sur la route vers le nouveau site du Métronome, je l'ai briefée : la gestion de la foule, quoi faire, quoi dire, les mots à connaitre en Tchèque ("Dobrý den" puis parler en anglais en articulant bien.) 
Je lui ai dit que je serai là pour elle, qu'on se perdra pas malgré les milliers de personnes qui devaient déjà avoir envahi le site.....


Oui, parfois, je prends des précautions pour rien.
On était trois :
V., Jean-Cam et moi.
Mais ça, c'est pour un autre article. 


*Le Zglurb désigne toute langue non maitrisée par Yours Truly**.

**Pour les gens pour qui l'anglais est du Zglurb : "Yours Truly", c'est moi.

lundi 29 juin 2026

[Métronome - Avant-propos]

 


C'est établi, j'ai eu une année catastrophique. 

D'aucuns diraient "une vie", mais n'écoutons pas les rageux. 

Parmi tout ce marasme, pourtant, une voix très familière m'a soutenue à bras levés et m'a permis de garder la tête hors de l'eau. 

J'ai eu la chance de tomber sur lui dès ses débuts et de pouvoir aller à chacun de ses concerts pour pas trop cher jusqu'à récemment. 

Il y a des artistes dont je suis fan, qui me coupent le souffle et qui me font me jeter tête en avant dès que les billetteries s'ouvrent. J'ai peur qu'ils s'étiolent aussi vite qu'ils sont arrivés, de ne pas avoir d'autre occasion de les revoir.

Ca n'a jamais été le cas entre Tom et moi. 

J'ai toujours eu une foi inébranlable en lui. Je savais qu'il serait toujours là. Même quand ses textes se sont faits plus sombres, même quand il se trimballait partout un petit nuage noir au-dessus de la tête, même quand il a commencé à jouer avec sa vie en mode "je le fais, je le fais pas." 

Comme je savais ce qu'il suscitait en moi, je savais qu'il suscitait ça en d'autres, et qu'il serait sauvé.

Et puis, il est devenu un peu beaucoup moins secret. Ses chansons sont devenues des hymnes dans le monde entier, pour des causes qui nous dépassent tous. Et ses concerts sont devenus inaccessibles. 

Déjà, ça frémissait il y a quelques années. Je me souviens d'un événement de la plus haute importance pour mon milieu professionnel, quand je pesais encore un peu dans le game de l'édition. Je m'étais excusée profusément envers ma community manager qui allait devoir se retrouver à gérer les hordes de gens seule parce que moi, je devais partir. Pour un concert, lui ai-je précisé, prévu de longue date et que je ne voulais pas rater. Après avoir un peu tiré la gueule, elle m'a demandé qui j'allais voir de si important et quand j'ai répondu "Tom Odell", ses yeux se sont mis à briller. Elle a dit quelque chose comme "Oh, dans ce cas, je comprends. Et je suis extrêmement jalouse."

Sur place, déjà, l'ambiance avait changé, son public était plus jeune, comme en transe, alors que moi, j'avais l'impression de simplement retrouver mon vieil ami. 

Je me suis trouvé un coin tranquille, hors du tumulte et j'ai commencé à faire le deuil de cette période des petites salles, de la proximité, et de la qualité des silences.

En octobre de l'année dernière, alors que la seule période de stabilité un peu durable que j'ai pu connaitre s'effondrait, Tom a annoncé son partenariat avec Arté pour un concert exceptionnel au Musée Bourdelle.

Un de mes principaux refuges à Paris, lui aussi un secret trop mal gardé.

 

Cela a donné cette merveille. 

Et en moi, une éruption de paix au milieu de la bataille. Comme si tout s'était aligné, l'espace d'une heure, pour m'offrir une bouffée de bonheur. 

Pas du genre frénésie folle furieuse, non, du bonheur crédible. Du doux-amer. Du profond. De la beauté en barre, intérieure et extérieure.

En février, alors que mon monde s'apprêtait à finir de s'écrouler, je suis tombée je ne sais trop comment sur l'annonce des têtes d'affiche d'un festival à Prague - sûrement ma ville préférée au monde, dans le trio avec Paris et Londres.

Une ville qui, elle aussi, a beaucoup été mon refuge. Où je suis allée à toutes les étapes de ma vie. J'en parle tellement que j'y invite tout le monde dès que les aime un peu, comme par réflexe "Tu veux venir avec moi à Prague un jour ?", les gens lèvent les yeux au ciel et répondent "Oui... oui..." 

Vu mon état, je ne me sentais pas l'âme d'une warrior au point d'aller faire un festival dans un pays dont la langue m'est inaccessible, alors j'ai tenté le tout pour le tout, et j'ai lancé l'idée auprès de la seule personne de mon entourage assez folle pour accepter.

C'était vraiment une bouteille à la mer. D'un parce que V. ne lit jamais ses messages, de deux parce que quand elle les lit, elle n'y répond pas, et de trois parce que V. a décidé d'être pauvre, dans la vie (c'est-à-dire de faire une thèse en théâtre.) Et encore fallait-il qu'elle soit dispo et partante pour passer un certain temps seule avec moi et que son anxiété ne prenne pas le dessus, aussi, accessoirement. 

Bref, si j'ai lancé l'invitation, c'était surtout pour me dire "au moins, pas de regrets, j'aurais essayé"

Quelle ne fut donc pas ma surprise de recevoir un oui enthousiaste de sa part (mais le reste de la programmation a bien aidé, et mon côté fanatique de Prague avait dû infuser chez elle au long des années.) Il faut dire que c'est une ville à laquelle on ne peut pas rester insensible. 

Dès lors, non seulement j'avais un projet auquel m'accrocher, une sorte de lumière au bout du tunnel, mais j'avais aussi la preuve que parfois, sur un malentendu, on est entendu. 

Parfois quand on propose une idée folle, on nous suit gaiment.