lundi 27 janvier 2025

Listen one time, it's not the truth

 


Tu aurais pu être formidable pour moi, et faire prendre à ma vie affective un tout autre chemin. 

On s'est ratés de peu, je m'en suis aperçue bien tard.

Tu es sûrement le moins pire de tous ceux dont je me suis entichée au fil des années, persuadée que même avec un bâton, ils ne me toucheraient pas.

Pourtant, quand il s'agissait, quelques années plus tard, d'aller à l'assaut du plus bel éphèbe d'un bar, je n'ai jamais eu froid aux yeux. Mais quelqu'un qui fait partie de ma vie, quelqu'un que je ne pourrai pas fuir, ça m'a toujours gelée sur place.

Et puis, techniquement, quand tu as été intrigué par moi, je n'étais pas célibataire, et même si je finirai par rompre parce que je pensais trop à toi pour me sentir honnête avec l'autre, toi, tu auras eu le temps de passer à autre chose.

A celle avec qui, dans notre classe, on me confondait toujours. L'ironie ne m'a jamais échappée. 

On ne saura jamais, j'aurais pu être très nocive, s'il s'était passé quoi que ce soit entre nous, comme c'est ce qui s'est passé avec elle, du moins j'en ai eu l'impression.

C'était trop dur d'assister au what-might-have-been, alors je suis partie. J'étais là. A côté de toi, au quotidien, mais je ne t'accordais plus nos échanges de quelques mots, entre deux portes, souvent sur les livres que je lisais, et que tu ne manquais jamais d'avoir déjà lus, toi aussi.

Sauf ceux en anglais dans le texte. Ca t'impressionnait d'ailleurs que j'en lise d'aussi gros, à mon si jeune âge.

Je n'étais pas encore majeure pendant la plus grande partie de notre relation. J'ai failli écrire amitié, mais je ne suis pas sûre d'avoir fait assez d'efforts pour ça. Tu étais amical, oui. Mais j'étais barricadée par mes peurs, mes complexes, mes idées reçues.

Quand toi, tu les as fait, ces efforts, je me suis bornée au premier degré, refusant de voir la main tendue, l'envie d'en apprendre plus sur moi. Encore une fois, peut-être que tu n'avais aucune idée derrière la tête en t'invitant chez moi, puis en me proposant un verre, en bas. 

J'aurais peut-être même pu me laisser amadouer s'il n'y avait pas eu la phrase de trop. Celle qui m'a fait basculer dans l'une des premières crises d'angoisse de mon histoire.

Je suis grimpée quatre à quatre dans l'escalier pour aller m'enfermer dans les minuscules toilettes dégueu de ce bar, en face de la gare du Havre. Je me suis regardée dans le miroir et je crois que j'ai répété "c'est pas possible, c'est pas possible, c'est pas possible". 

Tu venais de me raconter une anecdote bête et méchante, rien de grave, tu pensais, et effectivement, tu ne pouvais pas savoir la déflagration que ça créerait en moi. 

Tu me racontais la vilaine blague que tu avais faite à une pauvre fille de ton lycée. La même que j'avais moi-même subie et qui m'avait fait tomber le fond de la piscine. Sans eau. Tête la première.

Je crois qu'après ça, tu n'as jamais trop su sur quel pied danser. Et moi, je me suis accrochée à tous les signes pour ne pas me lancer. A tous les signaux qui montraient que tu n'étais pas intéressé, parce que tu ne pouvais pas être intéressé.

Et puis, en plus de cette relation que j'ai bien vite laissée derrière moi, il y avait cet autre, tout un poème, qui s'immisçait doucement mais sûrement dans ma vie comme un serpent resserre ses anneaux autour de sa proie. Tu ne pouvais pas le savoir, je n'en parlais pas. Quand j'en parlais, les filles trouvaient ça trop romantique. Sauf que ça a commencé quand j'avais 16 ans et que la personne, en face, avait presque l'âge d'être mon père. Je me suis raccrochée à cet écran de fumée, ce grooming comme on dit maintenant, parce que tu étais peut-être trop tangible.

A ma décharge, j'ai fini, avec le printemps et mes dix-huit ans arrivant, par réunir le courage de te confronter. Je partais perdue d'avance, mais j'avais envie de te dire quand même que tu m'avais fait quelque chose. Qu'à plusieurs reprises, mon coeur avait déraillé parce que tu m'avais faire rire, sourire, que tu m'avais appris un truc, ou partagé quelque chose avec cette passion que j'aimais tant chez toi. 

Et là, c'est toi qui a merdé. Tout le monde est venu à ma fête d'anniversaire. Pas toi.

C'était là que j'avais prévu de tout dire. Tu ne pouvais pas me rejeter trop méchamment, le jour de mes dix-huit ans. C'était un risque calculé. 

La soirée d'après, c'est une autre qui se jetait sur toi et vous commenciez une histoire qui m'a dépassée. Qui m'a brisée en mille morceaux. Qui a fini de me convaincre que oui, tu m'aurais rejeté, parce que je n'étais certainement pas comme elle. 

Il y a eu un moment, un purgatoire, où j'ai tenu la chandelle, et où à toutes tes questions, je répondais "non." Triste comme la lune. J'étais comme un agent double qui ne trouvait de réconfort qu'auprès de cette autre fille, encore, que tu avais fait chavirer et que tu avais, d'entre nous trois, friend-zonée en premier. 

Alors oui, maintenant, je suis une grande fille. Ma vie affective est un terrain miné, chaque fois que j'ai fait un pas en avant, j'ai explosé en mille morceaux, et je me demande bien ce qui serait arrivé si ce pas, je l'avais fait vers toi. Si un peu de synchronicité était venue s'immiscer.

Tu fais partie des rares à qui je repense avec tendresse. A qui je souhaite, sincèrement, tout le bonheur du monde. J'aime te croire heureux, même si la noirceur que tu cachais à peine est ce qui m'a attiré à la base. Je m'y suis reconnue et j'ai aimé la façon dont elle ne t'empêchait pas de vivre. De faire des choses. D'échanger avec les autres, avec le monde.

Je crois que je t'admirais beaucoup, pour ta façon d'être, d'être toi, même quand tu faisais le poseur et que tu l'assumais. Même quand tu prenais des postures un peu clichées. J'ai aimé ta colère, j'ai aimé ta passion.

J'espère que d'autres ont aimé tout ça, elles aussi. 

J'espère qu'elles ont pu te le dire. 

J'espère que tu l'as entendu. 

mardi 31 décembre 2024

It may feel bad

 


Une année de perte d'identité de plus qui a commencé par la question : mieux vaut-il être seule ou mal accompagnée ? Et qui se termine de la même manière, sans qu'aucune des options ne convienne. Comme souvent, la vérité est au milieu : se contenter des moments de plus en plus rare où les autres partagent un peu de leur temps. Leurs familles ne sont souvent pas plus saines que celle avec qui j'ai coupé les ponts, je l'ai appris à mes dépends en tentant le tout pour le tout, l'année dernière, afin de ne pas passer le 31 toute seule. 

Alors ce soir, je le suis. Pour le meilleur, pour le pire. Et je dresse un bilan, en cet endroit qui m'a si longtemps servi et que je délaisse.

L'autre fil rouge de 2024, c'est d'avoir tant dépensé, en temps, en énergie, en monnaie sonnante, pour prendre soin de moi, ou tenter de le faire, sans que cela ne change grand-chose : si le monde veut nous nuire, peu importe le nombre de smics claqués en orthoptie, EMDR, pair-aidance, TCC, thérapie dialectique, clinique du sommeil.

On arrête des traitements pour y voir plus clair sur ce qui cloche, on trouve des pathologies rares (#pokemonshiny)(1/100 000 personnes)(yes, I), on démarre d'autres médocs, on m'attache à une machine la nuit (et pas du genre robot sexy...)

Quelques échappées, pourtant, remplissent les poumons d'un air trop rare mais culturellement, peu de neuf, beaucoup de vieux (Les Libertines, Tahiti80, Stuck in the sound, pour le come-back, Rock Horror Picture Show sur scène pour le recyclage, I monster à la Maroquinerie pour le rattrapage de ce que j'ai loupé ado)

Des tentatives pourtant nombreuses pour sortir de ma zone de confort qui se sont révélées chagrin. Le chaos du monde mondial qui créé des remous jusque dans l'intime. L'inconséquence d'une industrie culturelle, censée être à part, où tout va toujours plus vite. Trop vite.

S'en sortir par les chemins de traverse, la débrouille, la survie, comme toujours : c'est en devenant cat-sitteuse que j'ai fait mes plus belles rencontres. Celles non-verbales, à l'individualité assumée. A la fierté même dans les dérapages. A la moustache dressée et le poil brillant. 

C'était ma grosse victoire de cette année, décrocher un certificat moi qui suis si inadaptée aux examens, aux chiffres à retenir par coeur, aux cours où il faut rester assis bien sagement. 

J'oscille entre stagnation et périclitassions (ce mot !) Je suis comme cet arbre qui tombe dans la forêt. Sans personne pour l'observer, a-t-il vraiment existé ? 

Je retiens des virées épiques à Moret-sur-Loing, à Rouen, dans l'excentrique musée Flaubert & de la médecine & un peu de Pierre Corneille aussi & il y a des momies, parce que pourquoi pas, sur l'île de Wight et son ferry au temps suspendu. Toutes ces envolées qui laissent un vide abyssal derrière elles, à se ce demander si ces expériences valent d'être vécues tant leur absence, au quotidien, est une souffrance.

Je ne vais pas vous laisser comme ça, à chouiner dans votre coupette, alors voici les coups de coeur, car il y en a eu. 

Johnson solo est un rat de musées, c'est l'équivalent pour moi de Disney, et l'endroit qui tire son épingle du jeu, haut la main, c'est le minuscule musée Zadkine et son expo Chana Orloff en début d'année, et Modigliani (amour de ma vie) en sa fin. Ca a été l'occasion pour moi d'explorer les vestiges du Montparnasse, de voir tous ces lieux de gloire à l'abandon avant de me consoler au musée Bourdelle qui a su si bien conserver tout le patrimoine de cette époque. 

Bien sûr, il y a eu des comédies musicales #lesangdelaveine, Les Miz à Paris, l'événement pour moi plus que les jeux olympiques, vus deux fois, et encore plus apprécié qu'à Londres où la nouvelle mise en scène, cheap, a été une déception, cette production m'a rabibochée. Grande année pour Hugo, mort flamboyant s'il en est.

Mention "ugly cry" pour Next to normal, oeuvre qui, bien qu'elle commence à dater et être datée sous certains aspect, a été une véritable claquasse dans ma gueule et a fait s'effondrer les 3/4 de son auditoire (c'était au West End, ne cherchez pas sur Paris, ça n'existe pas).

Je ne mets pas Yannis my old pal Philippakis dans les moments nostalgiques car je l'ai vu dans une nouvelle formation (Yannis & the yaw) et que c'était un renouveau salutaire qui m'a remplie de joie et d'une légèreté passionnée. 

Et puis, comment ne pas parler du bulldozer : Romance de Fontaines D.C. album de l'année si ce n'est de la décennie. C'est par la petite porte et l'album solo de Grian que je les ai vraiment découverts (avant ils étaient comme ces gens qu'on croise sans les voir)(et c'est souvent les gens les plus importants sur lesquels on passe sans se retourner)(AHEM)

Leur concert, un 13 novembre, a guéri pas mal de choses en moi, et m'a montré que si j'étais effectivement très seule, il existait encore des gens fanatiques de cette même musique, même si nous ne sommes plus beaucoup et un peu désuets. 

Mentions honorables en vrac : "Angel of my dreams" de Jade (ex Little Mix) pour son clip (easter egg alert si vous êtes fans de Fontaines D.C.), le groupe NewDad, The Last dinner party bien sûr, Wunderhorse, Chappell Roan (mais est-ce nécessaire de le préciser ?) et une résurgence assez monomaniaque du groupe Metric dans mes playlists. Très bon crû à l'Eurovision cette année (Nemo, Baby Lasagna, Bambi Thug, c'est tout ce qu'on aime). Enfin, j'ai plus croisé Lias Saoudi cette année que ma propre meilleure amie (il a été fourré à Paris et elle a eu un bébé, no judging), il est toujours merveilleux, et dégueu, et un génie littéraire, et malaisant, et sexy. On l'aime. Enfin, moi. Mais c'est déjà beaucoup, car mon coeur est énorme. Et il s'est serré fort en voyant la part belle faite à la French Touch cet été, merci Thomas Jolly, pour ça pour Starmania. Et merci Arté, pour l'ensemble de votre oeuvre et pour le docu sur DJ Mehdi.

Je vous laisse sur Christmas is back in time, de Gaspard Royant car vive la France, mais pas trop quand même. 

2025, l'année où on trinque, sera encore plus solitaire, j'en suis sûre, encore plus chaotique, en espérant que les rares rayons solaires soient plus vifs, et réchauffent juste ce qu'il faut.

L'arbre dans la forêt va se taire maintenant, mais a-t-il vraiment déjà parlé ? 



lundi 11 novembre 2024

I knew the pathway like the back of my hand

 



Il fait plus sombre, dans le XXème, la nuit.

C'est peut-être parce que maintenant je vis dans le sud. De Paris.

Alors que je reviens à ma première adresse, je trouve le ciel plus haut, plus opaque. Comme quand je le regardais depuis le 4e étage, Porte de Bagnolet. 

Mes grandes fenêtres m'offraient une vue sur un petit jardin sur les toits, en biais, et sur le torse alangui de l'étudiant du 3e étage, en face.

C'était un appartement sans repos : bruyant, humide, envahi, moisi. C'était mon premier, à Paris. 

Quand je suis retournée dans mon quartier, je ne m'y suis pas sentie en sécurité. En cela, rien n'a changé. Des hommes sur des chaises de camping devant des échoppes où personne d'autre n'entre que la misère. Beaucoup d'escrocs, de gens perdus, mais aussi de vrais prédateurs organisés à deux pour me prendre en étau et me pourchasser jusque dans ma cage d'escalier.

Le voisin échevelé du dessus, qui transformait son appart en club d'after toutes les nuits à 5h. Le boucher du rdc qui commençait, peu de temps après, à taper si fort dans ses carcasses que les murs en tremblaient. L'épicier d'en face qui balayait du rien sur le goudron en tentant de chasser son ennui à chaque coup de bras, la voisine nympho, de l'autre côté du mur, qui a succédé au vieux sourde et sa télé tonitruante. Lui, au moins, se couchait tôt, se réveillait tard et ne complimentait pas en hurlant la performance de ses amants.

Le "vieux" quarantenaire décati, juste en-dessous, une sorte de Vernon Subutex sans superbe, qui a vécu des années avec une vitre cassée. Le clodo de la place, qu'on n'a plus revu lui et sa radio beuglante, une fois qu'il a invoqué Al Qaïda. 

Dans cet appart, j'ai passé mon chômage de fin d'études devant les révolutions arabes, puis Fukushima, en me réjouissant, en tremblant. En fêtant d'une pizza dégueu à la truffe mon premier job de grande. J'y ai vécu avec My Sorry Ever After, même s'il ne fallait pas le dire.

Enfin pas trop.

Enfin pas comme ça.

Les voisins doivent se souvenir de moi comme l'hystéro accro au karaoké qui a retenu la jambe d'un colosse russe suspendu au-dessus du vide depuis sa fenêtre. 

J'y ai eu mon premier amant, un autre, et sur mon canapé-lit, se sont succédés des gens qui font toujours partie de ma vie. Alors oui, le ciel est plus sombre, dans le XXème, mais dans mon coeur, il est aussi plus claire et quand j'y songe, il rend mon âme bien plus légère.

mercredi 7 août 2024

And I don't want the world to see me

 

[... 'Cause I don't think that they'd understand]

Je me suis toujours trimballé une épée de Damoclès au-dessus du crâne. Comme pour tout, on s'y habitue. 

Quand on représente le plus grand danger pour soi-même, on acquiert une sorte de légèreté par rapport aux aléas de la vie. 

J'ai très vite fait tope-là avec la mort, sachant qu'elle accompagnerait chacun de mes pas et qu'il valait mieux m'en faire une alliée. 

Comme de beaucoup d'autres de mes compagnonnes, je me languis d'elle en ce moment. Pas d'une manière ultra dramatique comme j'en ai eu longtemps l'habitude, mais d'une manière un peu plus lasse, comme une mamie centenaire en soins palliatifs qui s'exclamerait "bon, c'est pas bientôt fini ces conneries ?"

Je n'ai jamais été très optimiste, et le monde m'a donné raison, sur beaucoup de plans. Ces "à quoi bon ?" que j'enfilais comme des perles, alors qu'il me restait des buts, des envies, des choses pour raviver le feu, ont trouvé une résonnance réelle dans un quotidien passée cloîtrée devant un écran, tout ça pour gagner une vie qui n'aura jamais vraiment valu la peine d'être vécue. 

Tant que j'étais dans l'action, la jeunesse, que je me focalisais sur l'après, j'étais animée d'une vibration à peu près inarrêtable. L'après, on m'avait toujours dit que ce serait mieux. Qu'à un moment tout se stabiliserai, le fric, le statut social, la santé mentale. Qu'on était couronné, à la fin du marathon, par une forme de sagesse, comme dirait l'autre trou de balle, qui permettait que tout glisse sur soi pour enfin se mettre en place.

Comme s'il y avait une solution providentielle au problème que représente la vie. Comme j'ai longtemps cru qu'il y aurait quelqu'un de providentiel, me prenant porte sur porte en allant chercher du côté des hommes (décevant, ne tentez pas l'expérience à la maison) pour trouver un semblant de réponse avec un groupe d'amies qui flotte toujours dans ma périphérie sans plus trop me connaitre vraiment, parce que pas le temps, parce que leurs épées de Damoclès à elles aussi tremblotent sur leurs fils, ou parce qu'elles, elles ont trouvé leurs personnes providentielles.

Mais voilà, pas de famille, d'origine ("j'aurais jamais dû te faire, tu es la plus grosse erreur de ma vie"), ni de destination. Je n'appartiens à personne, je suis encore moins indispensable que tout un chacun. Je regarde mes années honnies, de souffrance véritable, du lycée, de mes jeunes années étudiante, et je me demande si malgré toute la violence que j'y ai récolté, ce n'était pas les meilleures ? 

OK, boomeuse, un peu. Mais oui, ça y est, la vieillesse est là, et pas que dans mes articulations. Mon mental a du mal à suivre et pas seulement à cause de ma radicalité. Je sens que des choses m'échappent et que la mise à jour met du temps à être déployée dans mon système interne.

Mes lumières sont deux boules de poil à l'espérance de vie bien moindre que la mienne et, comme Antinoüs pour Hadrien, je sacrifierais volontiers mes "bonnes" années pour leur en octroyer plus. Mais non, la science ne va pas dans ce sens là. Elle développe des robots qui viennent ajouter à la concurrence. Ecrire et traduire à ma place. 

Me revoilà à frapper à toutes les portes pour obtenir des missions qui étaient, à l'époque, mon job étudiant, pour vous dire combien ça paye. Et même ça, c'est la croix et la bannière pour l'obtenir, malgré mon CV long comme un jour sans chats.

On me fait faire des sauts de cabri pour un CDD précaire payé au SMIC dans des conditions affligeantes, plus de deux mois d'essais et d'entretiens, d'enquêtes, de tests, de validations, plus longtemps en fait que la mission durera. 

Rien n'a de sens, alors les psys me disent d'en chercher auprès de mes personnes totems. Ils pensaient me faire découvrir la roue en me disant que je pouvais m'adresser dans ma tête aux personnes qui m'inspirent, pour trouver un peu de réconfort auprès d'elles et me sentir moins seule.

Sauf qu'intuitivement, c'est ce que j'ai toujours fait. Et mon petit côté fantasque de meuf qui décrète qu'elle va rendre visite à Oscar quand elle va en fait mener son pèlerinage vers sa dernière demeure, ça a été une forme primaire de thérapie. Un truc un peu pété que mon cerveau a trouvé tout seul pour rester à flot, malgré la merde qu'il m'envoyait à gérer par ailleurs. 

La vie bohème, c'est pas ouf sans absinthe, sans danseuses de cancan et sans de grands artistes sans le sous avec qui s'attabler jusqu'aux petites heures du matin. De nos jours, c'est étriqué. Je suis obligée de me tourner vers des petits jeux mobiles merdiques pour avoir assez de dopamine pour me motiver à aligner les chapitres de romans dont la morale me donne la gerbe. 

Les ailes qui avaient poussé avec l'afflux d'argent pèsent lourd maintenant que je suis de retour en galère. OK, ça ne fait pas le bonheur, mais ça y contribue tellement. La solitude était tellement moins grave quand je pouvais partir sur un coup de tête m'évader au West End, ou explorer les lieux que mes personnes totem ont arpenté de leur vivant, en essayant de courir après cette connexion qui n'aura jamais lieu, pour cause de problème d'espace-temps. 

Donc oui, rien n'est glorieux. On salue mon courage. Moi j'ai envie de répondre que j'ai pas le choix. Il faut bien profiter des moments où je ne suis pas en dépression pour mettre toutes mes forces dans la bataille de la survie parce que pour l'instant, j'ai légalement pas encore le droit de mourir.