lundi 4 mai 2015

Just let them go




Un soir, à Hyde Park, Damon Albarn a pleuré.
Et moi, à ce moment là, je pensais bien jamais le voir.
Pas avec Blur en tout cas.

Je n'ai jamais aimé les gens médiocres, j'ai toujours eu l'intuition assez affûtée pour dénicher ceux qui comptaient. Ceux qui allaient faire l'histoire. Ou du moins quelques morceaux.

Je me gargarise un peu de ça, sous mes trois couches de draps. J'aime beaucoup empiler les draps sur moi quand je bosse, j'ai dû avoir une vie antérieure en toge.

Je me réveille sur mon canapé même pas déplié - j'ai abandonné le lit au chat.

Samedi soir, on m'a oubliée sur le dancefloor.

Non mais vraiment.

Mes compagnes de fiesta m'ont oubliée là. Enfin, c'est ce que je me suis dit, pour ne pas me dire autre chose. Mais c'était triste quand même.

Alors je leur ai fait coucou, à travers la vitre du fumoir, parce qu'il faudrait pas leur laisser le terrain du "mais on était mortes d'inquiétude !", et j'ai pris mon noctilien, comme il y a 5 ans. Comme il y a 4 ans. Comme il y a 3 ans. Comme il y a 2 ans. Comme l'année dernière.

Je connais la place de la Bourse par cœur, de nuit comme de jour, mais surtout de nuit. C'était le N16 et maintenant le N15. Je suis la seule à composter mon billet, au creux de la nuit. Mais j'estime que payer ce tarif est plus justifié quand un type doit gérer la lie recrachée par les boîtes et les bars. 

J'essaye de pas gêner, de pas déranger. Je suis dans cette bulle d'infinie tristesse dont je ne me départirai jamais. 

J'ai compris que je n'étais qu'un second rôle dans toutes les histoires de ma vie. Un épisode, une éclipse. Ces séquences qui peuvent me perturber jusqu'à des années après leurs courtes durées ne sont en fait pas mes histoires, pas mon histoire. Elles ne m'appartiennent pas et je n'ai été qu'un élément perturbateur au mieux, une figurante au pire. 

C'était le cas de la dernière histoire, que je présente comme "mon dernier brisage de coeur", quand en fait je suis arrivée bien après le déluge, alors que la tragédie était déjà jouée entre les principaux protagonistes. Trop bonne, trop conne pour comprendre que je n'étais rien qu'un pion. Un mort-pion.

Sauf que je suis tout sauf conne. Je finis toujours par comprendre ce qui s'est passé. La Vérité dont tout le monde se passe, justement. Les gens l'évitent avec beaucoup de précaution. Ca ne les intéresse pas. Les gens vivent dans le fantasme et les chimères et se servent de tous ce qu'ils trouvent pour renforcer leurs lubies, y compris des autres. De leur vie qui n'a rien demandé.

Je suis seule avec mes superpouvoirs dans mon noctilien, j'ai une bulle, c'est déjà ça. Je suis stable, stoïque, et j'ai un chat super doux. De quoi je me plains ? De rien. Si quelque chose m'irrite, j'y remédie. 

On m'a oublié sur cette piste de danse, on s'est servie de moi dans ces bras, parce que je suis une plante verte. 

Je suis celle qui aide à aller mieux, je suis celle qui occupe pendant un temps en attendant de trouver autre chose de mieux. De forcément mieux. 

J'aimerais que quelqu'un me détrompe, mais l'histoire se répète. Je ne suis la personne de personne. Je suis de passage, utile parfois, mais comme un putain de sapin de noël en plastique, qu'on range 10 mois de l'année. 

Mais tant que j'en ai conscience, ça m'affecte moins. Moi, ce qui me touche, ce qui me guide et ce qui me réjouit, ce sont les immémoriaux, ceux qui font l'histoire.

L'important, c'est Damon Albarn qui pleure à Hyde Park.

mardi 28 avril 2015

Fuckabout


[When words get stuck in your throat /
And all you wanna do is choke /
On the lies that you've been fed]

Peut-être que c'est parce que j'édite trop de livres policiers, en ce moment.
Peut-être que c'est parce que je passe beaucoup de (bon) temps seule, en ce moment.

Mais ça m'est apparu, comme ça. Ce matin. La pièce manquante à ma prise de tête continue et monumentale depuis la fin de l'année dernière.

Je suis un roquet qui ne lâche rien. C'est pas joli, mais c'est efficace. J'aurais fait un bon flic, sans doute. Le fait est que je suis éditrice, et que les seuls mystères que j'ai à résoudre sont "comment payer mon loyer en bossant dans la culture ?" et "POURQUOI CELUI-CI N'A PAS VOULU DE MOI NON PLUS ?" (ils ont hésité longuement entre Renée Zellweger et moi pour le rôle de Bridget). 

Et 5 mois après, nous y voilà. La tête embrumée à cause du petit chat qui te saute dessus au milieu de la nuit histoire de te signaler qu'il n'a plus de croquettes, juste comme ça, pour que tu sois au courant. Alors que tu empruntes un couloir en mode zombie jusqu'à la machine à café la plus proche, beaucoup de choses, non liées, te traversent la tête. Parmi elles, une phrase. Ma phrase.

Comme dans les meilleurs polars (et les plus mauvais), j'avais la solution. 
Alors bien sûr, vu que j'ai coupé les ponts avec l'accusé, ça va être compliqué de faire la lumière sur cette histoire.

Mais tout s'est aligné. C'était le Stonehenge de mon passé proche. Du "pourquoi et comment alors que j'avais mis toutes mes protections en place mon coeur a quand même été pulvérisé ?".

Une phrase, une simple phrase, où j'énonçais l'évidence même, en la soutenant d'un "à part". "A part".

On a été dans le "à part" tout de suite dans cette histoire. Alors oui, c'est somme toutes plausible. 
Tout se recoupe, comme dans une théorie du complot bien huilée. 
Mon cerveau déroule le fil, en tâche de fond de ma journée, j'ose en parler par ci par là, en tendant le bâton de fer rouge pour me faire cuire : "Je suis parano hein ?" qui ne reçoit que des "ça expliquerait pas mal de choses" ou autres "ça se tient".

Tout est géométrique. Mais ce soir, les triangles me filent un peu la gerbe.

mardi 21 avril 2015

It's over now the music of the night


[Allez viens Phantom, on va injurier les étoiles sur le toit de l'opéra, ça va nous revivifier.]

Je crois que le pire, quand on se retire de la vie publique, c'est de s'apercevoir que les autres ne nous manquent absolument pas.
Il y a une certaine euphorie à se retrouver entre 4 murs, avec son ami imaginaire, son chat, un ordinateur neuf et aucun fuck to give de ce qui peut bien se passer ailleurs.

Mon ami imaginaire c'est le Fantôme de l'opéra, qui a les mêmes passe-temps que Javert et que moi, c'est à dire parler aux étoiles en se sentant seul dans ce grand univers, seul d'avoir cru pouvoir ne pas l'être.

Moi, j'aurais eu une accointance comme le Phantom, je n'aurais jamais arraché son masque. Parce qu'il le porte pour une raison. Et qu'il est droit et fier comme une tour de cathédrale avec son putain de masque, et que sans lui, il rampe par terre à dire des inepties et à essayer d'épouser des gens contre leur Gray gré.

Une coloc avec le Phantom, en sous-sol, avec vue sur le lac, à écouter de la chouette musique en se plaignant d'être des génies incompris = Mon idée du bonheur.

Marlowe aurait quelqu'un pour l'occuper la nuit, lors de ses insomnies de casse-couille. 
Ouais, ce serait cool.

Si notre Opera Ghost avait eu quelqu'un pour lui souffler "Si tu fais des bêtises, O.G., c'est parce que t'es amoureux, bois un coup ça ira mieux.", peut-être qu'on n'en serait pas à 2 humains et un lustre en moins. Peut-être qu'auprès d'un type comme ça, ma présence ferait la différence.

Moi qui le comprends infiniment.
J'ai toujours le coeur fissuré de mon dernier revers et, si je ne pense pas à tuer tout le monde à coup de luminaire, je suis bel et bien devenue une petite chose amère. J'ai passé le point de non retour.
Il y a quelque chose de très définitif en moi. De définitif et de froid. 
Si avant, j'avoue, j'étais très drama et que mes arias à la sauce "Personne ne m'aime / personne ne m'aimera jamais." étaient un peu faites pour tirer les larmes, je crois que depuis décembre dernier, quelque chose s'est gelé. 
J'ai accepté cet état de fait, et j'ai arrêté de me rebeller. 

Je remplis mes journées de musique et d'arts en tout genre, je profite des rayons de soleil pour aller côtoyer mes semblables horizontaux dans les cimetières à portée de pieds. 

Je crois sincèrement que quelque chose est mort en moi de "cette fois de trop", je crois qu'il ne me restait des forces que pour une fois supplémentaire. Une tentative. Une seule.

Alors oui. Je suis un peu une grosse gougère de l'avoir sacrifiée pour un type au présent improbable... mais n'étais-je pas au contraire en pleine clairvoyance ? En mode : fuck that motherfuckers, je balance le bois qui reste entre les mains du premier inconséquent qui croise mon chemin et comme ça ce sera fini.

La vérité, c'est que je pense que comme mon ami P.T.O, je suis une morte vivante, un Phantom qui se meut et qui se voit. Qui n'est invisible que pour les gens pleinement vivants.
J'erre, mais je ne suis déjà plus là.



lundi 13 avril 2015

Take me to church



[I'll worship like a dog at the shrine of your lies] 

Ne pas avoir de religion est un manque, que je le veuille ou non, que je compense par la déification d'humains, morts ou vivants. 

J'ai donc mené l'équivalent d'un pèlerinage pour trouver Christopher Marlowe, ou du moins la plaque un peu vague mentionnant que ses restes sont sûrement dans le coin. J'avais tout bien préparé, depuis des mois. Mes recherches étaient poussées au maximum de ce que les internets pouvaient m'apporter. Il se trouve qu'un séjour à Londres s'est improvisé et que j'ai passé les jours avant à répéter "J'vais voir Marlowe, mais j'y vais seule, hein" devant des gens qui se demandaient un peu trop ouvertement à mon goût pourquoi je me faisais chier pour un truc aussi abstrait. 
Car oui, j'ai navigué de métros en overground, un jour de fermeture des rails nationaux pour aller à Deptford. Là où Kit s'est aventuré et s'est pris un couteau dans l'oeil. J'ai ramé comme une damnée pour trouver l'endroit exact, à l'arrière de St Nicholas Church, où on le commémorait enfin. 
Quand mon entourage s'est moqué doucement de mon périple, j'ai fini par me laisser convaincre que c'était sans doute un peu idiot. Une dépense d'énergie certaine pour quelques minutes devant une plaque de marbre, elle-même incertaine de ce qu'elle indique. Et puis, il y a eu la chasse au trésor, avec mes bouts de cartes imprécises, parce que Deptford, c'était le trou-du-cul de Londres à l'époque de Shakespeare et ça l'est toujours un peu. Le soleil me poussait dans le dos à avaler des kilomètres alors que mes pieds étaient déjà à bout. 

C'est Greenwich qui m'a accueillie à bras ouverts, me promettant que je n'étais doublement pas venue pour rien. Je me suis perdue, j'ai erré, pris beaucoup de photo, on m'a regardé chelou, mais on m'a aussi souri. Et puis je suis tombée sur le portail.






J'ai dû être moine vaniteux dans une autre vie, parce que moi, les crânes, c'est un peu mon symbole préféré. J'ai donc galopé vers l'entrée et me suis stoppée nette : un écureuil d'un demi mètre de long m'attendait. 

Ca commençait à être Disneyland pour moi. 
Le jardin était magnifique et me gardait la fameuse plaque pour la fin. 
Tout, ici, sonnait juste. Tout était en place. Et moi avec.

Une euphorie comme j'en connais trop rarement s'est emparée de moi, et j'ai littéralement gambadé dans l'herbe grasse. 



Ce qui s'est passé lors de mon tête à tête (?) avec Marlowe restera comme un face à face avec une licorne. Le temps s'est étiré et j'ai profité de ces quelques instants où j'avais trouvé ma place dans l'univers. 

Alors oui, quand après on m'a demandé "ah tu l'as finalement trouvé ton truc ?" j'avais sans doute mon seul vrai sourire aux lèvres depuis octobre. 

Quelque part, à Deptford Green, pendant une poignée de minutes, j'ai été heureuse.
J'étais à ma place.