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lundi 3 octobre 2022

I walk myself clean through 70 dreams


*
[We broke like a paper seam]


On est en octobre. Les feuilles craquent et moi aussi.
C'est une histoire vieille comme le monde qui a 8 ans. 
Pas grand-chose d'autre a été dit ici, depuis. 
C'est une histoire vieille comme le monde qui ne me lâche pas.

C'est l'histoire d'une fin, et du surnom qu'il se sera lui-même attribué "Celui-avec-qui-il-ne-s'est-rien-passé", c'est à peu près la chanson Nothing Arrived de Villagers, et encore plus son clip. 

L'histoire de Johnson (votre héroïne), qui était dans un high comme elle en a rarement connus. Un contrat en poche qui lui faisait sauter +5 cases sur le jeu de l'oie de la vie. Un groupe d'amis sûrs* (*affirmation non contractuelle). Une péniche. Beaucoup de bière artisanale. Du rouge à lèvre rouge, des collants noirs et la ligne 5 qui mettait une éternité à arriver à Stalingrad. 
La nuit bleue et l'air, mordant. 
Trop chaud, trop froid. 

J'étais quand même bien. Mieux que bien. Plus que pauvre. 
La vie m'offrait une revanche sur des événements malheureux, je me reconstruisais peu à peu. 

C'était l'époque des tournées européennes où on suivait des groupes comme si on était dans les 70's. Où je proclamai à qui voulait bien l'entendre que j'allais me marier avec Will Doyle des Palma Violets sur l'île de Man et qu'on aurait plein de rouquins roulant dans l'herbe pendant qu'on roulerait la nôtre.

C'était l'époque de la débrouille avec 650€ par mois et un bureau traversant. 

C'était aussi l'avant. L'avant 2015.

C'était l'automne 2014, et je n'en suis jamais vraiment revenue.

Il est apparu comme un éclair, sans prévenir, avec une blague raciste anti-blancs, des cheveux longs et beaucoup de foudre. 

J'ai lutté très fort pour ne rien laisser passer ni rien laisser paraître, aucun sentiment dans mon coeur, surtout ne pas avouer que j'étais dans un vacillement constant.

Je criai plus fort mes histoires d'île de Man en le tenant à bonne distance. Parce que je savais que celui-là, oh oui, celui-là ferait mal.
J'ignorai combien, et pendant combien de temps. 

Ce que l'histoire ne dit pas, c'est que votre héroïne a toujours couru après et sauté sur les différents gens qui ont peuplé ses draps, son cœur, et l'espace entre. 

Là, c'est lui qui a.
Sinon, il ne serait, vraiment cette fois, absolument rien passé.

Il n'y a rien de plus sexy que quelqu'un avec qui on partage un lit pour la première fois et qui ne vous touche pas.
On ne m'en dédira pas. 

J'ai beaucoup dormi avec lui, si l'on considère l'espace-temps de notre relation. Je l'ai beaucoup écouté dormir. Incapable de trouver le sommeil. Emue comme une gourgandine. Très loin de ma stature héroïque de meuf badass que j'incarnai quotidiennement à ce moment-là.
Je soupirai.

Attention, il était loin d'être parfait. Il avait des règles étranges à respecter et me grognait après quand je marchai dessus du bout de mes pieds gauches. Il avait des habitudes qui empêchaient toute discussion et ont un grand rôle à jouer dans le fait qu'aujourd'hui, toujours, je ne sois pas remise. Parce que ses manies (qui passaient par son tout petit nez, ou se consumaient au bout de ses lèvres) m'ont empêché d'obtenir la closure pour laquelle j'ai lutté si fort quand j'ai compris qu'il n'y avait aucun nous, et beaucoup de mur, arrivant à toute vitesse. 

Il y avait pas mal de volonté de changer, aussi, si j'en crois ce qu'il disait sérieusement, entre trois quatre phrases plus éthérés. C'était un garçon que j'avais décidé de juger sur ses actes, assez tôt. Et grand mal m'a fait. Parce qu'il était plutôt chevaleresque, sans le vouloir, ou presque. 

Bref, j'ai beau haïr les hommes, il n'y avait pas que du mauvais. Et même l'aigrie aigrette que je suis maintenant ne peut pas mentir trop fort le concernant. 

Je crois que malgré le champ de ruine dans lequel je me débats depuis qu'il ne-s'est-rien-passé, je le respecte encore, comme je l'ai toujours fait (sauf une fois, mais j'étais très bourrée-désespérée-mélodramatique et de toute façon c'est tombé dans les messages "autres" de FB)(c'est donc que ce message n'a jamais existé CQFD). 

Alors voilà, on est en octobre, l'air sent la feuille morte, mon coeur se languit de l'époque où il était plein de vie, plein d'envie d'en découdre, plein d'énergie de l'espoir, plein d'une drôle de foi en son avenir et il se souvient de deux jolies crocs qui se sont plantées bien fermement en lui pour le rendre exsangue depuis huit ans.

Foutûment incapable de retrouver cette joie de vivre, cette passion qui faisait un chaud-froid sur ma nuque et me faisait frissonner d'aise, en regardant l'eau noirâtre du canal. 

L'amour est un détail, dans cette histoire. Un accident (qu'il a provoqué). Ce qui me tue, me consume et me démolit, c'est que ce non-événement m'a ôté tout plaisir d'être. 
Je flotte dans un purgatoire où tout est "mouais", où le feu ne brûle pas et l'eau mouille mollement. 

Mon cœur ne s'emballe plus, n'a pas envie de connaître la suite, s'émeut rarement et si peu... 

Aucun psy n'y peut rien, la meilleure que j'ai vue m'a dit de lui écrire une lettre sans l'envoyer. J'ai eu envie de la référer à ici, à ce blog si important à mes yeux qui est devenu, au fil des ans, la pierre tombale de notre non-relation.
Quand je n'en parle pas directement, j'en parle en creux. Mes amies m'ont bannie du sujet quelque part en 2016, et je n'y reviens que lorsque je n'y tiens plus.
La plupart du temps quand je parle d'autre chose, j'en parle quand même.

Quand une bougie sur une table de bar. Quand quelqu'un évoque l'art brut. Quand je me fais des oeufs brouillés. Quand je ris trop fort en lisant un livre. Quand je prends le taxi. 

Quand on est en automne, que les feuilles craquent et que moi aussi. 
  





I'll pocket a stone I find 
At most a kiss, this time




*Victor Brauner, Strigoï






mercredi 9 février 2022

Guillotine [Part III]

 

Alors oui, on pourrait se dire que je n'ai pas dit non, que j'ai même dit oui, d'une certaine façon. Qu'on est dans la fameuse "zone grise" (que vous avez inventé juste pour y caser tout ce qui vous met mal à l'aise).

Ou alors je pourrai arriver au passage de l'histoire où vous ne trouverez plus aucune excuse à ce mec.

OK? Let's goooo.

J'étais devenu le deuxième ou troisième numéro dans son répertoire à contacter après minuit (et bien après son dealeur) quand il avait des envies de pas finir la nuit seul. 

C'était parfait pour moi et mon petit cœur (encore hétéro, à l'époque) tout brisé depuis 2014 par Mr Nothing Arrived. 

Bizarrement, on parlait beaucoup quand même, malgré l'état proche de l'Ohio dans lequel il débarquait toujours chez moi. 

Les red-flags ont continué de s'accumuler (dont un coup de pied à mon adorable chat)(ce qui devrait alerter n'importe qui). 

Un soir, mon chat a failli s'étouffer et j'ai été surprise de retrouver, bien au fond de sa gorge, un mégot ou un filtre, je ne me souviens plus, des cigarettes du mec. Je lui ai écrit aussitôt un texto passif agressif pour le lui signaler. Ce petit accident nous sera utile pour plus tard.

Une nuit, alors que je quitte une fête, on se rend compte qu'on est à quelques mètres l'un de l'autre et on décide de se retrouver pour rentrer chez moi. Je suis plutôt agréablement surprise par cette coïncidence, mais quand il me rejoint à l'arrêt du noctilien, il est d'une humeur de chien et m'envoie pique sur pique. Il avait déjà sorti son numéro de snob/artiste maudit/pauvre hère désargenté poursuivi par les huissiers (je n'exagère que très, très légèrement) un matin, et je m'étais rendu compte que je détestais sa personnalité. Mais à quoi bon lui dire, vu que notre relation n'impliquait pas grand-chose, et encore moins sur le long terme ?

Il n'avait donc aucune raison de lever les yeux au ciel au sujet de ma sale habitude de tout le temps vouloir prendre le bus (à l'époque, j'étais sous le seuil de pauvreté). On s'installe quand même dans le fameux bus, et il commence à me sortir une litanie sur ce que je devrais faire pour aller mieux (c'est vrai que quand on voit l'état de sa vie, à cette époque, ça donne très envie de suivre son exemple), au fur à mesure de son monologue, je m'aperçois qu'il égrène des infos que je ne lui ai jamais partagées.

Je désaoule immédiatement. 

J'attends qu'il soit au milieu d'une idée pour l'interrompre et lui demander comment il sait ce qu'il sait. Sans réfléchir, il sort directement "Je l'ai lu sur ton bl..."

Mon "bl...", hum ?

Il se mord aussitôt la lèvre et rougit et regarde ailleurs et s'agite.

Je le cuisine alors comme un boeuf Bourguignon et il se met à table : c'est une collègue à nous (une autre) qui lui a filé l'adresse de ce blog pour le prévenir de "qui j'étais vraiment" et d'à quel point j'étais "dark".

[Si cette collègue a l'adresse de mon blog, c'est parce qu'elle bossait dans la boîte dont je me suis fait virer après m'être plainte du harcèlement moral et des sorties sexistes de mon binôme de l'époque, incompétent patenté, qui plus est. Pour sauver sa tête, il avait cherché du sale sur moi et balancé mes réseaux sociaux où je décrivais ses actes tous plus graves les uns que les autres et l'avait filé à la nouvelle DG qui n'a vu que le fait que je parlais de sa boîte en mal - sous pseudo, sans citer le nom de la boîte, ni même ce qu'on y faisait - et a préféré me couper la tête à moi plutôt que de désinfecter ses rangs misogynes. Moralité : depuis l'ouverture de l'insta Balance ton éditeur, cette boîte est surreprésentée]

Donc là, le trauma est remonté aussi vite. La colère contre lui, aussi, contre sa malhonnêteté. Contre le fait qu'il se renseigne sur moi dans mon dos, sans me prévenir. Contre sa connerie, de se faire avoir en balançant ce qu'il avait lu, perdu par sa propre hubris de voir m'expliquer la vie.

Sauf qu'on était déjà arrivés chez moi. Là j'ai éclaté en sanglot et il a semblé plus gêné qu'autre chose, mais pas assez pour déguerpir et rentrer chez ses parents (oui, chez ses parents). 

Le lendemain, il m'invitait très sérieusement à prendre part à la manif pour tous (oui, la manif pour tous) car il trouvait ça "drôle" et que sa tante était de passage à Paris exprès pour l'occasion.

Je pense qu'avec tous ces red flag j'aurais pu reconstituer le tapis rouge du festival de Cannes, mais à la place, j'ai ignoré, et j'ai nourri, rassasié, failli faire éclater mon trouble de la personnalité accompagné d'un joyeux PTSD.

Ca ne m'a pas suffi. Et comme il l'a certainement remarqué, car l'idiot était loin de l'être, la fois d'après, il a traversé le Styx, l'Achéron et la Meuse d'un seul et même coup.

Après l'acte, quand je me suis étonnée de ne pas le voir aller se délester de la capote (parce que bon, la laisser par terre et étouffer une seconde fois mon chat n'était pas dans mes plans), il m'a regardé avec le même air con que dans le bus et m'a simplement dit "bah..." après quoi je l'ai secoué physiquement, trop sûre de ce qui allait suivre, mais j'avais besoin de l'entendre : "bah... j'en ai pas mis".

Il savait fort bien que je n'étais pas sous pilule, et je savais fort bien qu'il n'était pas exclusif (moi, je l'étais par la force des choses, j'ai rarement assez d'énergie pour voir plusieurs personnes en même temps) - il m'avait confié qu'au jour de l'an, entre deux textos tout mignons qui avaient failli me provoquer une crise de "oh mon dieu il s'amourache ! il faut absolument que je fasse une mise au point", il s'était tapé deux jumelles de quinze ans "du coup ça fait trente, LOL !"-.

Je l'ai repoussé, suis allée dormir sur le canapé, appliquant le traitement par le silence, parce qu'il n'y avait plus rien à dire. 

Ma colère était froide, sourde, prête à briser des montagnes. C'était arrivé, ENCORE. J'allais devoir ENCORE, prendre la pilule du lendemain. Un putain de DIMANCHE. J'allais voir mon cycle bousillé à cause de ce pauvre con.

Il y avait cette colère de surface, oui. Mais elle couvrait l'iceberg plus profond, celle qui se doutait, sans avoir les mots pour le dire à l'époque, que oui, ce que je venais de vivre, c'était bel et bien : un viol.

Un consentement bafoué.

Par quelqu'un qui savait pertinemment ce qu'il faisait. 

Lui m'a dit qu'il avait l'impression que je m'acharnais sur lui, que ok il avait fait une connerie, mais qu'il ne méritait quand même pas tous ces reproches.

Voilà, voilà la fosse des Mariannes qu'il y a entre eux et nous.

Le degré de désengagement, d'inconséquence qu'ils atteignent si on les laisser faire.

Car ces histoires de capotes qu'elles aient été retirées pendant l'acte ou jamais mises, sachant que cette fois-ci : je lui avais mis l'étui dans la main, ça m'est arrivé trois fois. Ma vie sexuelle ayant commencé quand j'avais 24 ans et s'étant terminée avec les hommes quand j'en avais 32, je vous laisse vous rendre compte de l'étendue du phénomène.

Quant à l'épilogue avec ce garçon, il est arrivé une semaine après (le matin du CapoteGate il avait finalement baissé les bras, et m'avait laissé trouver ma pilule toute seule : lui avait escalade avec son BFF), mon ventre était en guerre mondiale quand il m'a supplié de pouvoir débarquer chez moi. Je lui ai dit "ok mais hors de question qu'on fasse quoi que ce soit". Il puait l'alcool comme un clodo. Avait des propos incohérents. Je l'ai bordé et je lui ai dit qu'on devrait avoir une discussion le lendemain.

J'ai fait les choses bien, je l'ai attiré dans un lieu public pour lui annoncer que devant l'irrespect total de sa personne envers la mienne, on allait s'arrêter là, mais il m'a coupé l'herbe sous le pied, non pas pour rompre notre relation, mais pour me dire, nonchalamment : "non mais on se voit depuis si longtemps maintenant, qu'on peut dire qu'on est ensemble..."

Les lesbiennes apprécieront tous les efforts fournis par ce mâle pour me faire basculer dans leur camp.


vendredi 8 mai 2020

The land where you were born



Quand ma super psy a voulu voir où en était mon "enfant intérieur", elle m'a dit de fermer les yeux et d'imaginer ce que Lil' Johnson avait à dire à la moi du moment. 

Long story short, elle n'a pas dit grand chose plus qu'elle a hurlé, je crois, et a fait pleurer la moi du présent presque instantanément. 

Super psy a sorti un "woah" et s'est dit qu'il fallait peut-être commencer par autre chose. Alors on a travaillé sur deux problématiques à résoudre : comment digérer "Nothing Arrived" (spoiler: j'ai carrément abandonné les hommes) et comment me remettre à écrire. Pour cette dernière problématique, je crois que ma thérapeute elle-même ne pigeait pas les tenants et aboutissants du besoin d'écrire. Elle m'a demandé de rédiger des lettres sur différents sujets. Ce que j'ai fait, parce que c'est mon job, d'aligner les mots à la demande. Et ça, ça n'est jamais tombé en panne. 
Non, ce qui est parti loin, quand j'ai commencé à bosser, il y a dix ans, c'est ma capacité à passer des heures devant un traitement de texte et à écrire pour moi. 

C'était ma première forme de thérapie, et j'ai accumulé les - terribles - écrits de jeunesse, tant je n'avais rien d'autre dans ma vie. C'est là que j'ai compris que les deux concepts étaient liés, en moi ; mon enfant intérieur écrivait. Et l'adulte que je suis devenue en a fait son gagne-pain, dans un milieu qui a broyé l'enfant intérieur et a donc transformé la passion de l'écriture en torture. 

Comment revenir en arrière et retrouver cela alors que je ne peux pas vraiment changer de carrière ? (Entre autre parce que je suis vraiment bonne à ce que je fais et que je ne sais rien faire d'autre)

Je suis, malgré tout, très en lien avec la gamine que j'étais. Déjà, parce qu'elle était beaucoup plus raisonnable, intransigeante, déterminée et incorruptible que je le suis actuellement. Quelque part, j'admire cette petite fille qui a dit fuck à tout le monde et décidé d'arrêter de manger des animaux dès qu'elle a compris ce qu'il y avait dans son assiette. 

Qui a dit "fuck" à la sieste quand les petits garçons autour d'elle en profitaient pour lui montrer leur zizi (s'il y avait eu des ciseaux pour gauchère dans cette école maternelle, mon destin aurait été tout autre).

Qui, quand son géniteur a insulté son grand-père, s'est levée et l'a engueulé, s'est promis de ne plus jamais faire semblant de l'aimer. Quand on lui a demandé un dessin pour la fête des pères, elle a collé une super marguerite séchée sur une feuille et a inventé un poème et fait un dessin vraiment badass en imitant ses camarades, mais quand elle est rentrée chez elle, elle l'a rangé au fond d'un cagibi. Sa mère ne l'a retrouvé que des mois après, se demandant bien pourquoi elle ne l'avait pas offert.

Tout ce qui forgeait ma personnalité, pendant l'enfance, a continué à s'exprimer à l'adolescence. Sauf que je n'étais plus une mignonne petite fille et qu'on m'a collé l'étiquette "crise d'ado", dans laquelle on a fourré tout mon ressenti sans le traiter.

Ça a été super simple pour toute la "famille" de s'accorder sur le fait que j'étais une ingrate colérique, d'autant que j'étais physiquement vilaine, et que plus personne n'avait envie d'avoir quoi que ce soit à faire avec moi. 
Or, je n'étais que moi-même. Je n'ai pas dépassé les limites, jamais. J'ai juste réagi à une absence totale d'amour dans le foyer (entre mes parents, de mes parents pour eux-mêmes et envers moi), absence qui n'était pas dans ma tête puisqu'on me répétait entre deux gifles ou humiliations qu'on n'aurait jamais dû me faire, et qu'à chaque tentative de me rapprocher d'eux, de comprendre d'où tout cela venait - car c'est un trait de ma personnalité aussi, la quête de connaissance et de vérité - on me renvoyait dans ma chambre, à une solitude quasi totale, parfois éclairée par un chat, ou un séjour chez mes grands-parents. 

J'ai un souvenir assez vif d'un repas de famille où j'ai reçu deux ordres à la fois, et n'ai donc pas pu les exécuter tous les deux. Quand j'en ai choisi, la mort dans l'âme, un sur les deux, ma mère voyant que je n'avais pas exécuté son ordre (mettre les petites cuillères à table) a commencé à me poursuivre pour me frapper. Grâce à ma petite taille, j'ai réussi à me faufiler sous la table, et j'étais très fière de lui avoir échappé, quand, sorti de nulle part, un personnage relativement neutre de ma famille, une "pièce rapportée", s'est interposé et m'a bloqué la route pour que je reçoive le châtiment. Devant tout le monde.

Je crois que ça a marqué le début de ma non confiance généralisée. Les adultes avaient passé un pacte contre moi. Je ne pouvais pas gagner. 

La solitude n'a fait que s'agrandir quand mes camarades sont devenus, eux aussi, des adultes. Le gouffre était béant à l'entrée au collège, où, à 10 ans, j'étais encore une petite fille, quand les autres ne pensaient qu'aux fringues de marque. Quand les jeux dans la cour, ma façon d'échapper au réel, sont partis en fumée et que, sans le choisir, j'ai perdu un à un tous mes repères, ce qui m'aidait à tenir lorsque je "rentrais" "chez moi". 

La bibliothèque était un refuge, et bientôt, j'ai même eu le droit de m'y rendre seule. C'était un morceau brut de liberté qui était plus précieux que tout. Là-bas, rien ne pouvait m'arriver. C'était le domaine des livres et on n'avait pas le droit de socialiser. Les gens qui me martyrisaient au collège ne fréquentaient pas ce genre de lieux et les adultes me laissaient plus ou moins tranquille.

C'est là-bas que j'ai touché mes premiers ordinateurs. Donc quand une machine est arrivée à la maison, j'étais prête, et j'ai commencé à écrire. C'est ce qui m'a portée à travers tout, jusqu'à l'âge où je n'ai pu repousser le passage à l'âge adulte, où j'ai dû gagner ma vie, où toute mon énergie est partie dans ces choses qu'on exigeait de moi, dans les masques sociaux et dans les trajets insupportables après des nuits sans sommeil. 

J'ai tenu huit ans, loin de la petite fille que j'étais - la meilleure version de moi - avant de comprendre que je ne serai jamais autre chose, ou du moins, qu'autre chose serait toujours moins bien...

Je deviens donc de plus en plus cette enfulte (copyright les Robins des Bois) qui rendrait Lil' Johnson fière : je crie sur ceux qui donnent des ordres injustes, je vis seule, loin de tous ceux qui peuvent réduire mes libertés et dégrader mon image de moi, j'essaye de réveiller les enfants présents dans les quelques adultes réceptifs qui croisent mon chemin. Je ne mange toujours pas d'animaux, mais maintenant je peux manger du chocolat sans qu'on me regarde avec un air dégoûté, comme si grossir était pire que mourir. Je bois de l'alcool, parce que c'est ce qui permet à tout le monde de redevenir enfant de manière socialement acceptable. Je bois du café, pour réguler mon envie de dormir toute la journée, comme un bébé. Je mène une vie où le divertissement est roi, où le plaisir est légion, où je ne socialise qu'avec les gens que j'ai choisi, sans faux-semblants.

J'ai encore du boulot, mais j'espère que bientôt, quand je fermerai les yeux, elle ne criera et je ne pleurerai plus. 

mardi 9 décembre 2014

Nothing arrived


[I waited for nothing, and nothing arrived]

J'ai claqué un cinquième de mon salaire dans du parfum.
Bon, si vous saviez combien je suis payée, cette phrase serait déjà vachement moins impressionnante.
A l'évidence, je vais passer pas mal de temps toute seule, alors autant sentir bon.

Hier, sans vraiment le voir venir, je me suis reprise en main : j'ai replié le canapé lit, ce qui veut dire que j'ai arrêté de camper au milieu de mon salon. J'ai aussi cessé d'avoir les cheveux perpendiculaires à mon crâne. Je me nourris désormais de choses solides. Je ne m'endors plus les bras autour de mon dernier cadavre de bière en date. Je ne me lève plus à 17h. Je ne pleure plus (au téléphone).

Le déclencheur de tout cela est aussi simple qu'une phrase qu'on m'a sorti dernièrement :
"Il ne s'est rien passé."

Je suis entourée d'autruches de compétition alors je me dis, pourquoi pas moi ?
Une poignée de semaines, ça ne doit pas être si difficile à éradiquer. 

Le défilé à mon appart' s'est peu à peu arrêté. Les proches qui venaient s'asseoir à l'autre bout du lit en me regardant avec la tête penchée. Les phrases de "La, la. Ca va aller. Un jour. Peut-être. Sûrement. J'en sais rien en fait, mais moi je suis là.".
Je ne pouvais plus vivre perfusée. 

Une phrase de réconfort m'a plus frappée que toutes les autres. Celle d'une amie qui a survécu à 5 ans de ma vie. Qui peut dire ça ? 2 ou 3 personnes. Pas plus. 
"Tu peux dire beaucoup de choses, mais pas que tu n'as pas avancé. Regard où tu étais il y a 4 ans, regarde où tu es maintenant."

C'est vrai. 
Il y a 4 ans, j'étais rarement saoule parce que je n'osais pas adresser la parole au barman. Demander les choses était une torture, même quand je payais pour ça.
Maintenant, non seulement je commande, mais je repars assez régulièrement avec les coordonnées du dit barman. 

Il y a 4 ans, quand un type me soufflait le chaud et le froid, me disait d'une part qu'il n'y avait rien entre nous et m'empêchant d'avancer d'autre part, je le gardais si proche et si longtemps qu'il finissait par emménager chez moi et devenir mon générateur #1 d'hématomes. 
Maintenant, non seulement l'histoire est expédiée en 3 semaines, mais en plus, pas de dégâts collatéraux. 

Il y a 4 ans, j'étais un foetus tout faible, avec beaucoup d'attentes de la vie, beaucoup d'espoirs et une forte envie d'en découdre.
A présent, je suis un nouveau-né un peu maladroit, qui n'attend plus grand-chose (le nouvel album des Libertines, oui), qui n'a plus d'espoir (à part celui d'obtenir cette putain d'augmentation) et qui a une forte envie qu'on arrête de la prendre pour une conne.
Autre constat, mathématique, de cette semaine passée : je rencontre un garçon qui me plait (beaucoup) tous les 2 ans. J'ai donc 1 an et 10 mois à occuper avant la prochaine apocalypse. Mais vous ai-je précisé que je n'avais aucune patience ? 
Techniquement, si j'oublie ce qui s'est passé le mois dernier, y a moyen que ce tour ci soit pas encore perdu. Non ?