samedi 29 février 2020

I'm moving past the feeling and into the night





Je vois cette vidéo, de cette fille qui danse presque au milieu des lacrymos, et je ne me reconnais pas. 
Ce qui s'est passé à l'intérieur de mon cerveau n'a rien à voir avec les images. 

Chacun vit la panique, l'urgence, de manière différente. Personnellement, un stoïcisme farouche m'envahit, et mon esprit d'ordinaire irrationnel devient alors tout à fait logique. 

Je suis une activiste assez neuve, si on met à part le trimestre de mes 17 ans passé à repousser la réforme du CPE, mais je fais quand même partie de la moyenne haute si on considère l'âge des militantes. Alors je sens un responsabilité supplémentaire se poser sur mes épaules : celle de veiller à ce qu'elles acquièrent les bons réflexes.

Comme ne pas partir en courant quand les CRS chargent. 

C'est ça que je leur criais, pancarte toujours levée haut, quand les dits CRS m'ont repérée et m'ont visée. Sûrement par peur d'un bad-buzz s'ils faisaient autre chose, ils ont ciblé les pieds. J'ai vu ce qui ressemble à des bougies chauffe-plats m'entourer soudain, 2, 3, 4 capsules se sont déclenchées autour de moi, me séparant de ma binôme, toujours au premier rang. Là, j'aurais pu courir, mais dans les quelques secondes qu'il m'a fallu pour faire le tour de la situation, j'ai eu le réflexe de me demander "est-ce que ce sont les fameuses lacrymos avec une charge de TNT ou juste du gaz ? Est-ce que je vais perdre des orteils ou juste chialer ma race ?"
Les précautions d'usage sont arrivées jusqu'à ma sphère cognitive : ne pas les ramasser, ne pas les éloigner d'un coup de pied. Comme je criais, la fumée s'est insinuée à l'intérieur, mais l'adrénaline était trop forte. J'ai hésité à sortir mon écharpe, mais déjà, les CRS revenaient à la charge. C'est là que j'ai choisi de reculer d'un mètre pour mettre une voiture entre eux et moi, histoire de reprendre mes esprits. 

C'est tout ça qui s'est passé dans les quelques instants capturés par les images qu'on m'a envoyé, qui ont tourné en story insta, je me vois en mouvement, presque gracieuse, en tout cas fluide, réagir la tête froide à une action complètement démesurée des forces de police. 

La lacrymo m'a brûlé la gorge et je ne pouvais plus parler correctement, alors, quand j'ai cherché où étaient mes alliées et que j'ai découvert, venant d'une rue perpendiculaire, d'autres Colleuses, j'ai continué à pleurer, mais de joie, et je leur ai sauté dessus en murmhurlant leur nom. 

J'ai compris le sens du mot renfort. 
Rerendue forte, j'ai contourné la voiture, retrouvé ma binôme, et là a commencé la guerre de position avec le cordon de bleus. De sit-in en chants guerriers, de prise de nouvelles de celles qui ont été embarquées en retrouvailles avec celles avec qui j'eus été embarquée ("Bah alors Johnson, t'as pas pris de casserole aujourd'hui ?"), de selfies avec les fourgons de crs et l'arc de triomphe en fond en slaloms entre les journalistes, on a tenu bon. 

En quelques mois, je me suis fait des connaissances qui ont été capables de charger l'infanterie de la République avec moi pour réclamer la libération de nos Soeurs. Expression que je trouvais boursouflée, moi qui, malgré deux frangines, ait eu l'expérience de l'enfant unique due à notre différence d'âge, et qui n'a pris son sens que lorsque j'ai vraiment vécu, avec ces inconnues, la sororité.

Au moment de se disperser pour aller mener une autre lutte : faire le piquet devant le commissariat où une pote était retenue, on a appris avec joie mais aussi une légère déception que pas la peine, elle sortirait bientôt. 

Quelques minutes plus tard, je recevais un texto d'elle, et j'étais aux anges. 

J'étais transie de froid, pleine d'adrénaline, fourbue d'une journée de bureau après une semaine lourde en mauvaises ondes, de m'être battue avec les transports chahutés par l'incendie Gare de Lyon, j'ai décidé de raccompagner ma binôme à travers Paris. 

On a marché dans les rues qu'on pouvait encore prendre, celles qui n'étaient pas gardés par la flicaille à qui une bande de fille fait manifestement vachement peur. 

Une fois qu'on était éloignées, j'ai dit à mon amie : "c'est chelou, ça sent aussi la lacrymo ici", puis la même réflexion une, deux rues plus tard. Avant de comprendre : mes cheveux étaient détachés, de vraies éponges à odeurs et c'était moi qui puait. 

Au fur à mesure que l'adrénaline quitte les veines, les douleurs apparaissent. On fait le tour des éclats dans nos vêtements, des bleus, des contractures et on se plaint d'être vieilles, avec nos 30 ans. 

Je finis par rentrer, faisant un dernier détour pour mettre une vieille dame dans le droit chemin, et quand je me pose dans mon lit, avec mon énorme chat qui m'en veut de l'abandonner aussi longtemps pour des causes qui la dépassent de loin, j'ai envoyé les quelques messages pour rassurer les unes et les autres. 

J'ai ouvert mon ordi.
Pile à temps.
Aux Cesar, on annonçait la catégorie de la meilleure Réalisation. 











lundi 23 décembre 2019

Don't suffocate my heart, I don't know what I'm feeling


C'est le bilan de 2019, c'est le bilan de l'empouvoirement (peut-être qu'à force, un jour, quelqu'un trouvera ce mot joli).


Tout a commencé par un 31 plutôt cosy entre amis, sans trop d'excès. J'étais focus sur la reconstruction, mon diagnostic en poche, à nouveau sous médicaments, je faisais mes valises pour un court séjour à Brighton qui fût pour le moins revivivivifiant.


Je pense développer un habitus "stations balnéaires hors saison", ce qui correspond parfaitement à ma misanthropie et mon amour du glauque.




A mon retour, a commencé la grande valse des colocs 2019, et ce fut haut en couleur, tant et si bien que ça m'a dégoûté à mort de vivre à deux (enfin si on compte pas les Maine Coon de 6 kilos) - la phase "embourgeoisement" était lancée.

Puis Notre-Dame a brûlé et je ne pouvais pas rêver mieux que la compagnie de Meor pour y assister. Une atmosphère de fin du monde qui n'allait plus nous lâcher jusqu'à la fin de l'année.


Là-dessus, je suis partie à Amsterdam en solo - mais j'y avais pour guide le meilleur sosie d'Elvis de toute l'asie du sud-est : Escrivaillon.

C'était un très chouette voyage, où je me suis rendu compte que j'avais à la fois le mal de mer sur les canaux ET après 3 shots de vodka et 4 pintes.

#KnowYourself




[Ils ont des chouettes musées à Amsterdam]



[Vraiment.]

Mai fût secoué par un trop plein de boulot et un être qui n'écoutait pas trop quand je lui disais que j'étais crevée, surbookée et pas dispo beaucoup plus qu'une soirée par semaine pour ma propre santé mentale. Il ne m'écoutait pas trop non plus quand je lui disais que je ne prenais pas la pilule visiblement. Du coup, ne m'étant pas aperçue de l'incident consciemment, c'est mon inconscient qui s'est chargé de me faire avoir des crises d'angoisse à chaque fois que je le voyais.

[Ceci est un serpent du british museum, si]

C'est alors que je me suis dit "mais Johnson, pourquoi tu t'entêtes à fréquenter des mecs en fait ? au moins, avec des meufs, plus de pilule du lendemain, et vraisemblablement moins de viols et de violences aussi."

J'ai commencé à me renseigner doucement mais sûrement au sujet du lesbianisme politique. J'en parlais au début sur le ton de la plaisanterie à mes proches afin de tâter le terrain, mais le problème, c'est que quand ça s'est précisé dans ma tête, tout le monde (OU PRESQUE)(oui je vous vois broncher les deux, là-bas) en est resté au stade de la vaste blague.


Bon. Je vous cache pas que le premier été lesbophobe de la ma vie a pas été "sea, sex & sun".


En juin, j'ai rendu ma première traduction de roman, ce qui a achevé mon PC et m'a fait rencontré un vendeur Fnac qui m'a fait comprendre que c'est pas parce que ma tête avait décidé d'arrêter les hommes que les hormones avaient capté le message et qu'il était très dangereux de sortir de chez moi en période d'ovulation.


Professionnellement, ce fut l'année où j'ai été la moins pauvre de toute ma vie, à force de cumuler un trois-quart temps, un mi-temps et un traduction ainsi que deux ou trois rewritings de romans. Je n'ai pas vraiment vu le jour, mais ne plus avoir à compter quand on dépense : ça n'a pas de prix. (En fait, si, mais...)(c'est une expression)(je pourrais en changer, c'est pas comme si je gravais mes notes de blog sur du vélin)(bon, si vous êtes pas contents, allez lire d'autres blogs qui sont restés bloqués dans les années 2000)(voilà.)(donc be kind, don't whine)

[Viktor Wynd Museum, London]

Ces rentrées d'argent m'ont permis de sortir ma meilleure poker face à mon banquier - les banquiers m'aiment bien parce que nombreux sont ceux qui, du moins au niveau directeur d'agence, sont des littéraires refoulés, et ils adorent mes jobs, jusqu'à en oublié que je suis indépendante et mon revenu des plus fluctuants. Et c'est ainsi que j'ai acheté l'appartement dans laquelle je suis en train de vous écrire, sous les yeux du petit chat noir des voisins qui m'épie jour et nuit (mais la nuit je le vois pas, car il est noir).


Ca a été le feuilleton de l'été également, de quoi m'occuper pendant que mes proches me ressassaient "mais n'abandonne pas si vite (la bite), il y a encore de l'espoir (d'être l'élue d'un mââââle) !" et que je me tapais sur le front à maintes reprises.


Une fois que l'affaire fut dans la poche, j'ai donc commencé à empaqueter. C'est là que ma psychiatre m'a dit que j'étais guérie de ma dernière dépression en date et qu'elle m'a dit bye-bye.


Comme un peu de mon temps s'était libéré et que mes idées féministes affluaient toujours tels des poneys nains au galop, j'ai effectué ma première action de bébé activiste le 1er septembre, à l'occasion du 100ème féminicide par compagnon ou ex répertorié. Le changement qui s''était amorcé en mai a fini de s'installer et de prendre toute la place qu'il a pu trouver dans mon cerveau.




La semaine d'après, je m'engageais auprès des colleuses anti-féminicides, qui venaient de lancer le mouvement, et je ne l'ai plus quitté ensuite.
Même quand je me suis fait arrêter avec un autre collectif et que ça a été le début d'un drama de trois mois impliquant la "policeuh nationale bonjour".


Septembre fut aussi l'occasion d'un séjour lisboète assez oubliable, où j'étais plus frustrée de ne pas participer à des actions avec mes soeurs de lutte que dans le bamos a la playa spirit.




Et depuis octobre, ma situation professionnelle ne fait que se détériorer, de part et d'autre, ce qui me plonge dans un abîme de doute et de conflits internes existentiels. Heureusement qu'il y a eu la rétrospective Vampires à la cinémathèque et un dernier séjour à Londres avant le Brexit pour me remonter le moral.


[Allégorie du gouvernement #dénonce #blogengagé]

Cette année se termine dans une grève que je soutiens, avec des préoccupations qui dépassent de loin ma petite personne. On rit moins, quand même, ces dernières temps. Alors j'espère juste ça, pour 2020, trouver des gens avec qui rire franchement, pour oublier le désarroi du dehors, ou se foutre cordialement de sa gueule.

jeudi 12 décembre 2019

It's our darkest blackout, it's our final end




Les deux premières semaines de décembre, jusqu'au 13, je suis toujours dans cet état déplorable.
Qu'il neige ou vente, que je sois au comble de ma réussite ou tout en bas de la pente. 

Je mets quelques temps à retrouver pourquoi : suis-je en plein syndrome pré-menstruel ? est-ce que mon spider-instinct détecte une fin du monde à l'approche ? est-ce parce que je n'aurai jamais de retraite et que le gouvernement préfère dépenser son fric en surveillance et renseignement (coucou toi !) que pour prendre les plaintes de victimes de violences ou les accompagner dignement dans un processus de justice serein et efficace ?

Non. C'est tout con : mon cœur saigne. 
C'est la période de l'année où je ne peux ignorer l'odeur du vent, le picotement du froid sur toute la peau que je refuse de couvrir, où je revois ces lumières, cette ambiance, ces rires et lui.

Je passe désormais mon temps libre à lutter contre les affreux, les violents, les connards et les non-repris de justice, mais comment lutter contre celui qui ne m'a strictement rien fait ?

Si ce n'est me laisser avec ces souvenirs sensoriels encombrants vers lesquels mon cerveau fuit, chaque année, pendant cette quinzaine mesquine.

Mon cerveau fait le grand huit, je lui en veux, non, je l'aime toujours, pas du tout, il me manque, n'importe quoi, où est-il ? on s'en fout. 

Mon cœur refuse de passer à autre chose alors que les années deviennent longues à compter. Je sais que mon souvenir de lui, de cela, du "il-ne-s'est-rien-passé", sont forcément erronés, désormais. Que ces élans d'émotions sont à l'encontre d'un lointain fantôme recréé par mon imagination un peu plus chaque année.

Je le sais car j'ai consulté pour ça. Alors c'est cool, je suis tombée sur une super psy (qui a eu l'outrecuidance de me plaquer pour un boulot plus stable... en même temps vu qu'elle encaissait qu'un quart de mes chèques, je pense qu'elle a bien fait d'arrêter de bosser à son compte), qui était aussi franche du collier que moi et qui m'a dit que c'était bien simple : parfois, les choses, les gens et le vécu restaient, pour la vie, et qu'il était inutile de se battre.

Alors je baisse les armes, pendant cette première quinzaine de décembre. Je laisse mon esprit aller où il veut, et tant pis si c'est avec lui.
Tant pis s'il refait l'histoire, si j'en sors essorée. 

Il fait autant partie de moi que cette bougie que j'ai serrée si fort en lui parlant de la fête des lumières, de la Sainte Lucie et du fait que j'avais appelé Lucifer, mon chat, à cause de ça, parce qu'il est arrivé à moi un 13 décembre et de la flamme qui s'est animée dans ses yeux quand j'ai dit tout ça.
C'était notre dernier soir.

Enfin, c'était le sien. Car je crois bien que de mon côté, il ne m'a jamais quittée.

mardi 3 décembre 2019

Rebellion




On a commencé par me demander si j'étais Gilet Jaune, ce à quoi j'ai répondu "Non", mais après avoir quand même réfléchi un moment. C'est vous dire à quel point j'avais l'esprit aiguisé. Je m'apprêtais à peser toutes mes réponses, à réfléchir très vite aux tenants et aboutissants des questions que l'on me poserait.

J'étais prête à répondre "Je n'ai rien à déclarer" à tout ce qu'on me demanderait.

Le commissariat est digne des meilleures prisons désaffectées que j'ai pu visiter dans les pays de l'est. Les officiers sont entassés et des piles de dossiers menacent de s'écrouler. Sur le mur, une affiche vante les mérite d'un déjeuner raclette. Je garderai mon esprit focalisé dessus car la raclette, après tout, ne m'a jamais trahie jusqu'ici. 

Arriver jusque sur cette chaise de bureau était déjà toute une aventure. Une fois libérée, la nuit de la manif, j'ai mis bien 15 jours à me remettre de la crève contractée à cause des chauds et froids incessants - et du stress, j'imagine. Puis vint le temps du brief de l'avocat - genre si vous saviez quel avocat vous seriez guaca-jaloux - de continuer la lutte tout en étant un peu plus dans la précaution, dans la peur de passer à nouveau 4h dans un bus qui sent la pisse, mais on y va quand même, parce que les femmes meurent, les plaintes sont classées sans suite et les agresseurs font des films et que c'est bien pire que l'amende qu'on risque. 

Et puis je me suis préparée mentalement et le jour J... je ne suis pas allée à l'audition. Parce que l'officier de police judiciaire avait confondu "novembre" et "décembre" (oui bah 12 ça fait beaucoup de mois à retenir). Donc, j'ai refait d'autres actions en blaguant encore et toujours sur ma nuit dans le bus-qui-sent, et les soeurs de lutte de me dire "c'est toi la casserole ?". 

Donc un mois après, je me suis pointée devant une porte noire semblant tout droit sortie d'un escape game tandis que des poutrelles métalliques du chantier adjacent me survolaient gaiement. J'ai mis 10 plombes à trouver la véritable entrée et j'ai fini par comprendre et rentrer dans ce blockhaus aux sièges en plastique ma foi pas si pire.

La dame de l'accueil ne sait pas trop qui doit s'occuper de moi et je vois défiler tout un tas de jeunes hommes d'une vingtaine d'année à tout casser, je me fais la réflexion qu'on pourrait faire au moins 4 épisodes de 21 Jump Street, et puis une voix appelle  : "Madame Johnson, veuillez me suivre."

Je suis déçue qu'il n'ait pas l'accent marseillais. C'est là que je m’assois en face du poster de la raclette et que je me focalise sur le chantier dehors, et les baies vitrées qui volent devant mes yeux, pendant que l'officier officie sur son ordinateur. 

Le temps me paraît long à cause de mon extrême concentration. Jean-Comico donne un coup de pied dans l'éléphant dans la pièce et me dit "bon, j'imagine que comme vos consoeurs vous n'avez "rien à déclarer"", je lui souris de toutes mes dents (que je suis en train de faire refaire d'ailleurs, mais là n'est pas la question), et on commence par la partie où je dois répondre : le prénom de mon reup, le nom de jeune fille de ma génitrice - je pense le mec va tout tenter pour récupérer mes infos de questions secrètes de mot de passe. Jusqu'au moment où il me demande à combien s'élève le remboursement de mon prêt immo et où je le regarde en pinçant la bouche signifiant très clairement "Là, tu pousses le bouchon un petit peu trop loin, Maurice." je lui explique donc ne pas trop trop savoir et il s'étonne "m'enfin, vous ne faites pas vos comptes ?" "Je suis atteinte de dyscalculie, je n'ai aucune mémoire des chiffres." (true story). 

Il m'a demandé ce que je faisais dans la vie et quels étaient l'intitulé de mes master 2, je lui ai sympathiquement demandé s'il cherchait à pourvoir des postes au sein de sa noble institution et il m'a dit que non, à la suite de quoi je me suis permis un petit "oh dommage, ça commençait à ressembler à un entretien pôle emploi." 

J'ai dû ensuite dire quinze fois "Je n'ai rien à déclarer" puis est venue l'heure du sermon sur l'incompétence de mon avocat et le fait que garder le silence n'était pas une bonne idée (si, gardez toujours le silence) et qu'en faisant cela je ne me défendais pas (yes, mais je m'incrimine pas non plus, gadjo), et qu'il était là pour me comprendre (non, ça c'est mon psy et je le paie avec autre chose que mes impôts). 

Il m'a demandé de lui parler de mon job, j'ai lâché des monosyllabes et attrapé mon sac l'air de dire "bon, c'était sympa, mais je crois que nos routes vont se séparer ici" déjà bien contente de pas m'être vue faire relever les empreintes et prendre en photo pour finir dans un classeur intitulé "fichée féminazie". 

Mais Jean-Comico tient à me dire combien il est important qu'il comprenne ce qui m'a poussé à faire ça. Pour cela, il utilise ses grands yeux verts de mec pas dégueu du tout physiquement - Jean-Comico ignore manifestement que j'ai arrêté les mecs et leurs grands yeux verts - et fait des blagounettes qui ne sont pas drôles du tout du genre "vous savez, c'est même pas votre parole contre la mienne, si je voulais je pourrais dire que vous m'avez frappé et on me croirait moi" (J'avoue, j'ai eu une pensée pour les soeurs de lutte chiliennes à ce moment là.)

Et puis, commence la propagande anti-avocat, tentant de convaincre à travers moi les autres filles incriminées de s'éloigner de la ligne directrice du silence total. 

A la fin, après avoir tenté de me faire la parlotte "hors audition" pendant 30 min, il me raccompagne, et attend vraisemblablement que je le remercie en tentant hein "j'étais sympa, j'aurais pu vous passer un savon", j'ai un pied dans la rue donc je tente un "C'eut été un tantinet paternaliste.", alors, pour la dernière fois, Jean-Comico bat de ses grands yeux et tente de m'attendrir "mais enfin, on a le même âge !" (Ouais, mais pas la même passion...) 

Je m'en vais les mains dans les poches de mon imper, le soulagement que ça soit fini, mon destin désormais entre les mains d'une autre instance, et me disant que, décidément, le monde des hommes ne me manquera pas.