lundi 23 avril 2018

[YUL&I - 8] You want it darker



Montréal est une île (simple)
A l'ouest de cette île, y a de la cambrousse (basique) 

Dans cette cambrousse, ce week-end, il y avait moi. 

J'ai fait 40 km sur le même ticket de métro, et il me restait quand même 4 kilomètres à faire toute seule à travers arboretum et forêts et champs pour arriver à mon graal.
Autant vous dire que je faisais pas ma maline.

La marche et moi c'est une longue lutte, jusqu'à mes 18 ans, je ne pouvais pas faire 1km à pied sans me faire une entorse ou avoir de toute façon horriblement mal. Puis j'ai été opérée, et j'ai mis bien deux ans à retrouver ma mobilité et à ne plus avoir de douleurs post-op. Une fois que ce fut fait, je m'a pété un métatarse lors d'une folle soirée clodoaldienne. #VDM

Donc ouais, je suis la copine relou toujours à la traîne et qui propose toujours un plan bus.

Mais, il se trouve que c'est le moindre mal pour moi, la marche. Je déteste l'exercice, et l'exercice me déteste. Je ne sais déjà pas respirer correctement donc encore moins courir. 
Alors, la fin de ma vingtaine approchant, j'ai commencé à marcher beaucoup et tout le temps en faisant fi de la douleur.

J'ai abandonné, à l'aune de cette bonne résolution, mes éternelles chaussures à talon (Ne me jugez pas ! Si je me suis fait opérer c'était aussi pour pouvoir mettre toutes les chaussures du monde !)

De toute façon j'ai plus de mutuelle donc c'était pas le moment de perdre une cheville ou un dos. 

Bref, j'avais un sourire grand comme la lune en longeant le Saint-Laurent, et encore plus une fois arrivée au bord du lac Saint-Louis.

 

J'ai même eu la révélation : la mer me fait peur, les fleuves c'est triste et y a plein de cadavres dedans, mais les lacs, c'est bien. Un jour, je vivrai au bord d'un lac. Ma chatte aquaphile sera ravie.

Des kilomètres et des kilomètres de maisons belles et raffinées en bord de lac, une ciel plus bleu que le bleu de mes yeux, et enfin 10° au thermomètre. 

Je suis descendue de mon premier bus après 1h de ma meilleure playlist, prête à en découdre, en me répétant "tout va bien se passer tout va bien se passer". 

Dans mon deuxième bus, aussi petit qu'un van appartenant à une personne à deux prénoms ayant une propension à tuer des jeunes gens, j'entends comme une prière qui me dit vaguement quelque chose. Comme pour parfaire ce parfait cliché, c'est la voix de Leonard Cohen qui accompagne mon dernier bout de chemin motorisé.

J'ai un moment de flottement quand on me largue dans le sous-sol d'un hôpital d'anciens combattants. Le fait est que Google maps peut être mon meilleur ami comme mon pire ennemi et que souvent, en Amérique du Nord, il te fait passer par des bretelles d'autoroute et/ou des voies rapides.

J'ai donc décidé d'être plus intelligente que mes pieds et j'ai suivi LA PISTE CYCLABLE. Non mais je vous jure que j'étais hyper fière.

 

 

Elle passait par des sous-bois et je suis tombée sur une marmotte morte (ce qui est à la fois triste et très difficile à dire), mais all in all j'ai fini par être rendue.

Où ça ?
AU SEUL ZOO DE L'ÎLE DE MONTRÉAL (car Montréal est une île, souviens-toi)

 
[Ceci est un raton-laveur]

Alors pas un zoo "je prends un rhino, trois girafes et je prie pour pas qu'ils gèlent." mais une sorte de refuge-mini réserve d'espèces locales, sur un très grand domaine couvrant à la fois montagne, forêt dense, marais et plaines. Et si vous avez joué à Zoo Tycoon vous savez que c'est formidable.

Mon but premier était de voir un caribou, parce que LE QUÉBEC. 
Mon but second était de passer trois heures à piailler devant les lynx canadiens, cousins proches et lointains de mon Maine Coon de compagnie. #grossespapattes

[Mon premier caribou #émotion]

J'ai besoin du contact des animaux pour mon bien-être comme j'ai besoin de me couper de celui des humains régulièrement.

 

Autant vous dire que là, plus de protestation pédestre, j'ai couru comme un petit renard arctique par monts et par vaux, évitant tant bien que mal de prendre un enfant canadien et de le jeter chez les loups gris ou les ours bruns. (Les enfants canadiens devraient être emprisonnés)

Je suis tombée amoureuse d'un petit duc maculé, l'espèce de hibou la plus cracra de toutes, mais avec un nom badass et un air de victime qui m'ont fait fondre.

 

["The duuuuuke!"]

J'ai conté fleurette à un corbeau, un vrai, et il y avait des corneilles juste derrière donc je pouvais à loisir étudier leurs différences, mais il ne m'a pas répondu. J'ai perdu de mon mojo avec les oiseaux.

 

J'en ai eu plein les yeux. 







Mais c'était l'heure de rentrer.

Comme je suis courageuse et téméraire, je me dis "oh moyen envie de refaire le même chemin surtout que marmotte morte, toussa..." et là, google maps m'a dit "pas de problème Johnson, regarde cet itinéraire ! il est plus court de 50 mètres et tu ne risqueras de mourir aplatie par un 36 tonnes que pendant les 3/4 de celui-ci !"


Bois, pont au dessus d'une autoroute sans trottoir, chemin de campagne, à nouveau pont. Couper à travers champ. Voir un panneau "propriété privée". Se dire qu'on va sans doute se prendre un coup de carabine et s'écrouler au milieu des oies sauvages. En fait, non. Marcher le long d'une autoroute (non mais je vous jure) puis arriver sur le campus bis de McGill où ils font toutes leurs études agronomes et se dire "chouette !" puis déchanter quand tout est désert et que ton espoir de manger un truc part au loin. 

  
[Ceci est un champ de oies sauvages]

Une fois arrivée aux berges du lac Saint-Louis, j'ai failli m'écrouler dans le sable tel Christophe Gégé Depardieu Collomb dans 1492. J'ai mis bien 5 minutes à comprendre que l'arrêt de bus était bien ce poteau, érigé au milieu de nulle part. 
Mes pieds hurlaient famine. Ma fatigue me rendait stone. J'ai souri à une inconnue qui s'est plantée à côté de moi pour attendre le bus et m'a vachement réconfortée quant au fait qu'il y allait bien avoir un bus. Un jour.

Le retour à regarder défiler les eaux miroitantes était aussi fascinant que l'aller, la torpeur des kilomètres en plus, et la joie de se dire qu'il y a une poignée d'années, j'aurais été incapable de tout cela.  



[Ceci est une tortue Serpentine (ou Snap Turtle) et sache qu'il y en a dans TOUS les cours d'eau américains du nord. Et que ça attaque à vue. Bonne baignade !]

jeudi 19 avril 2018

[YUL&I - 7] Spend your lives in sin and misery





J’ai retenu la leçon, depuis Dublin :
Les prisons sont, en général, de chouettes endroits à visiter.

Si vous êtes ici, je pense que vous vous doutez que je ne suis pas une touriste Club Med en mode Bamos à la playa et bronzette. Vous savez peut-être même déjà que j'ai une passion pour les cimetières, ces endroits surpeuplés de gens comme moi (qui font pas beaucoup de bruit et qu'on oublie la plupart du temps).
Au-delà de ça, je crois que je cherche souvent les endroits les plus chargés en histoire et en émotions. Et en Amérique du Nord, les endroits chargés en histoire y en a pas tant, parce que leur histoire est relativement récente (deux siècles et quelques) et que tous les vieux trucs étaient en bois. 

Alors quand on m'a conseillé d'aller visiter le Centre culturel Morrin, pendant mon séjour à Québec, je me suis empressée de passer une tête.


Vous imaginez ? Une prison, transformée en université (MIXTE !), transformée en bibliothèque ? C'est comme un double big mac deluxe pour vous, amis carnistes.


Les prisons, c'est toujours plein de chouettes anecdotes sur des bourgeois emprisonnés, des évasions rocambolesques... oh et des pendaisons. Une prison ne serait rien sans pendaisons. 

Il y en a eu très peu à Québec, fallait vraiment chercher, genre tuer quelqu'un ou voler du thé.
(Le thé, à l'époque, ça valait plus qu'un Iphone au kilo). Et comme Québec, c'était pas la folie tous les jours, avec les 9 mois d'hiver, les attaques répétées (des anglais, puis des patriotes de la nouvelle-France, et toujours de temps en temps des natifs) et les incendies réguliers, voir quelqu'un se faire exécuté c'était un peu la grande sortie familiale (oui, ils n'envoyaient pas les enfants en cours ce jour là, un peu comme un vendredi avant les vacances scolaires maintenant).








Pour info, il existe un registre en ligne où vous pouvez gaiement chercher si votre ancêtre faisait dans l'ivrognerie ou si grand-tata a trompé grand-tonton.

La partie "Université" de la visite est formidable. Elle reflète vraiment les tensions entre les deux grandes religions monothéistes (Protestantisme et Catholicisme). Il y avait si peu de protestants (entre 25 et 30% de la population de Québec) qu'ils ont été obligés d'accepter des femmes parmi les étudiants pour maintenir l'activité universitaire. La fac dépendait de McGill (l'énorme Campus au centre de Montréal) qui a fini par jeter l'éponge niveau financement devant la trop grosse concurrence de l'université catho de Laval à Québec.












Depuis, on peut louer les bâtiments pour faire la fête (comment ça vous avez pas trop trop envie de vous marier dans le couloir de la mort ou les anciens égouts ?) et surtout venir gratuitement consulter la collection de livres anglophones. C'est très peu fréquenté en basse saison puisque désormais seule 1 à 2% de la population de Québec est anglophone.













Bref, je vous conseille vraiment la visite guidée du Morrin Center (sans quoi vous n'aurez accès qu'à la bibliothèque, ce qui est bien, mais seulement 1/3 de l'intérêt de l'endroit), que ce soit en hiver pour vous protéger une heure du froid ou en été pour vous protéger une heure de la chaleur humide.