mardi 18 septembre 2018

You pissed it all up the wall



Je ne suis pas quelqu'un de modeste. Je sais ce que je vaux (quand je fais la part des choses et que j'écarte les petites voix ténébreuses qui me crient que je suis une sous-merde et que je n'aurais jamais dû voir le jour). Je sais ce que je vaux et je le dis. Je sais où sont mes faiblesses et j'y travaille (ou pas, certaines sont inhérentes à mes plus grandes qualités, donc je les laisse tranquilles). 
Je me suis moi-même intitulée "Slapette" pendant de riches années.

Pourtant, quand on me met en avant ou qu'on me complimente, je vis à chaque fois une mini-crise de panique. Ce n'est pas uniquement du trac. C'est un syndrome post-traumatique. 
Mon corps est persuadé qu'à chaque fois que je suis au centre de l'attention, je suis à découvert et donc il va m'arriver quelque chose, physiquement ou psychiquement. 

Avant le collège, je n'avais peur de rien. Je prenais la parole librement. Je participais à chaque compétition quand l'occasion se présentait. Je créais des spectacles. Je menais mes troupes. 
Après mon entrée en sixième, dès que je prenais la parole dans l'espace public, ou même, dès que je me tenais dans l'espace public, je recevais du négatif. C'était verbal la plupart du temps, humiliant, souvent, et parfois physique. Douloureux, toujours.

Les choses se sont un peu améliorées en seconde, parce que j'avais développé des mécanismes de défense et que les gens étaient en général plus détendus et focalisés sur leur personne ou leur groupe. Et puis le collège a eu la riche idée de tous nous rappeler pour nous organisée une cérémonie de remise du diplôme du brevet.

Rien n'avait changé. Lorsqu'on m'a appelée et que j'ai dû me lever et traverser la cantine devant tout le monde pour aller chercher mon bout de papier officiel, il y a eu un gros blanc, pas d'applaudissements comme pour les autres, puis des huées. 
Aucun prof n'est intervenu, bien sûr. 

Le fait de recevoir un diplôme mérité, gagné, ce qui aurait dû marquer la fin de mon martyr, s'est transformé en une expérience humiliante de plus. 

Dans ma vie de femme adulte un peu plus équilibrée, je ne supporte toujours pas qu'on me récompense, qu'on me mette en avant. Tout mon corps attend la claque.

Je ne fais pas de sport, car c'est toujours lié dans ma psyché aux expériences terribles vécues dans les vestiaires du gymnase de mes 10 à 14 ans. 

Quand ma boss m'octroie de rares compliments, j'ai envie de m'enfoncer sous terre. Quand une collaboratrice que j'adore et qui est la bonté même souhaite me filmer en train de parler d'un de mes bouquins, je ressens un torrent de violence se déverser dans mes veines.
Quand quelqu'un, dans ma vie perso, se met à m'admirer un peu trop, à me montrer qu'il ou elle m'apprécie, c'est invariable ; je me mets à la détester.

I'm that fucked up. 

Tout cela vous aidera sans doute à comprendre pourquoi j'ai été attirée pendant longtemps par toutes sortes de gens nocifs. Car ils me renvoyaient l'image que j'avais de moi depuis mes 10 ans. 

Au-delà d'un danger, être mise en lumière, recevoir du positif de la part d'autrui représente une anormalité.

Il n'y a qu'une chose qui m'aide à surmonter ça : l'alcool.

L'alcool me fait redevenir la petite fille sans peurs et sans reproches que j'étais. 
Avec le bon taux d'alcoolémie, rien ne me résiste. 
L'alcool me fait oublier qu’interagir avec la plupart des gens m'épuise profondément et durablement. 
Mais l'alcool coûte cher, en énergie les jours suivants, en argent, en points de santé.

Il y a peu, pour survivre à une fête de famille, j'ai beaucoup bu. Ça a marché, comme d'habitude, je me suis aussitôt trouvé une bande de potes-de-soirée, puis, parce que je viens de là-bas, est venu le moment du Trou Normand. Le format varie, mais cette fois, on faisait monter sur leur chaise les gens suivant leurs mois de naissance pour qu'ils descendent leur verre jusqu'au bout tandis que les convives chantaient. 
N'ayant qu'une pinte à demi remplie quand mon tour est venu, j'ai hésité : c'était se mettre en avant. Monter sur une chaise. Que plein de gens me regardent faire quelque chose. Mais c'était en lien avec l'alcool alors j'ai osé. Je suis montée sur la chaise et j'ai vidé ma pinte à la Kate Winslet dans Titanic. J'étais hilare et plutôt fière de moi en redescendant. Mes potes-de-soirée m'ont félicitée mais aussitôt, et les jours qui ont suivi, certains membres de ma famille ont fait perdurer ma malédiction : ils m'ont jugée, rabaissée, condamnée et ont tenté de transformer mon mini acte de bravoure en une honte. 

Sûrement parce que eux ne sont pas aussi forts que moi pour oser. 
Sûrement par habitude : on a toujours rabaissé la petite, ça fait partie des traditions, il faudrait pas y déroger. 
Sûrement pour me remettre à ma place, celle de la collégienne qui ferait mieux de se supprimer, ça soulagerait tout le monde.

Rien n'a vraiment changé. Et je ne pense pas que mes mécanismes de défense soient si paranoïaques que cela. Beaucoup de collégiens tortionnaires sommeillent encore dans les corps d'adultes qui nous entourent.

Il faut juste se souvenir que ce sont eux les loups, et ne pas les laisser gagner la partie. 


vendredi 7 septembre 2018

You’ve been locked in here forever & you just can’t say goodbye



Les violences faites aux femmes signalées aux services de police ont augmenté de 22% en un an.

J'ai l'habitude d'être une statistique. Une statistique souvent plus difficile à classer que ses congénères, certes. Par exemple, en ce moment je suis et inscrite à Pôle Emploi, et Artiste-Auteur et Etudiante. En janvier, je serai et inscrite à Pôle Emploi, et chef de micro-entreprise et Artiste-Auteur mais pour une autre activité.

Bref, dans cette statistique dégainée par Gégé Collomb, je fais partie de celles qui ont parlé avant 2018. Avant la "libération de la parole". Avant Me Too, avant Balance ton porc
Avant.

Une fois ma plainte déposée, j'ai remercié publiquement les gens qui m'avaient soutenu et ceux qui m'avaient poussé à y aller (sans qui je serais très certainement restée prostrée sur mon canapé), et en retour, j'ai reçu énormément de messages. De femmes.
De femmes qui me disaient "C'est bien que tu aies porté plainte, perso, j'aurais jamais eu le courage."

Non ce ne devrait pas être "bien", ce devrait être "normal", si on y pense. Et non, ça ne devrait pas demander du "courage", ça devrait être simple, voire facile. Aussi facile que de l'intimidation. Aussi facile qu'un coup porté. Aussi facile qu'une tentative d'étranglement. Mais on y reviendra.

J'attends de voir ce que donnera la plateforme qui sera mise en place pour, justement, permettre aux femmes de reporter ces violences sans avoir à en passer par la case commissariat et par les éternelles questions "Vous aviez bu ?" "Vous étiez habillée comment ?" "Vous l'aviez un peu provoqué, non ?"

Je fais donc partie de la statistique de l'avant. Et pourtant, je suis un iceberg.
Je n'ai porté plainte qu'une seule fois. J'aurais pu porter plainte 10 fois. 20, sans doute. 
J'aurais aimé le faire systématiquement. J'aurais aimé mettre ces hommes face à leurs responsabilités, de mettre ces informations entre les mains de la police et du système judiciaire, pour que, quand d'autres femmes, d'autres victimes, viendraient les dénoncer, elle puisse les prendre au sérieux. 

Je me suis juré que c'est ce que je ferai dorénavant. Chaque homme qui lèvera la main sur moi, me menacera, ou ne respectera pas mon consentement aura droit à sa plainte. Ne serait-ce que pour faire enfler un peu plus ces statistiques, et qu'ils se mettent enfin à refléter la réalité. 

Je suis une femme cis blanche qui vient de l'upper middle-class. Je n'ose pas imaginer quelles seraient mes statistiques personnelles si j'avais été une femme trans racisée et pauvre. 
Pour tout vous dire, j'ose à peine faire l'inventaire de tout ce qui m'est arrivé. Et ce n'est pas à cause des femmes, autour de moi, qui m'adjurent de ne pas me "victimiser". Comme si, là encore, il faudrait respecter notre éducation patriarcale de petites filles qui ne doivent pas faire de bruit, pas trop dire ce qu'elles pensent, pour ne pas déranger. 
Non. 
Si j'ai du mal à le faire, c'est parce que je suis déjà un peu trop persuadée que men are trash. Et que j'aimerais, oh oui j'aimerais, ne pas devenir un stéréotype de la féministe qui déteste tous les hommes.
J'en suis seulement à l'étape de la méfiance, et j'aimerais ne pas glisser dans la haine. 

Pourtant, ce besoin d'inventaire me démange. Il me démange proportionnellement aux gens, autour de moi, qui me demandent de me taire et d'avancer. D'oublier et de dépasser.
Et je suspecte que cette démangeaison a la même origine que celle qui a initié la violence des hommes envers moi.

Mon insoumission naturelle.

Je ne me l'explique pas. De part ma nature de femme, je suis moins forte physiquement que les hommes autour de moi, mon instinct devrait me dire de la boucler. De part ma naissance, dans une société patriarcale, je suis soumise de fait au bon vouloir des hommes, mon éducation n'y a rien fait ; je ne me tais pas. 

J'ai très (très) rarement fermé ma gueule quand on me demandait de le faire. Et j'ai très (très) rarement laissé un homme avoir le dernier mot, juste parce qu'il était un homme et qu'il pouvait m'assommer d'un seul coup de poing. 

C'est comme ça que je me suis retrouvée avec un coccyx fêlé, qui me fait toujours souffrir aujourd'hui, parce qu'une fois, quand j'avais 14 ans, je n'ai pas tenu la porte à sa majesté mon père qui l'exigeait, et qu'il s'est vengé en me donnant de toutes ses forces un coup de pied dans le bas du dos. Ma mère était là, elle n'a rien dit. 

C'est comme ça que, pour une embrouille de lycéens, mon meilleur ami de l'époque, à court d'arguments, s'est permis de m'empoigner et me tordre les poignets pour me faire taire. Nous étions une tablée de six. Personne n'a rien dit. 

C'est comme ça que My-Sorry-Ever-After, l'ex qui ne m'assumait pas en public, a serré mon genou gauche jusqu'à le colorer d'un joli dégradé de violet, alors que je lui posais des questions sur sa relation avec l'autre, celle qu'il assumait en public. J'en ai parlé à notre groupe d'ami. Personne n'a trouvé ça choquant. 

C'est comme ça qu'un soir, un garçon à peine rencontré ne m'a pas écoutée quand je lui ai dit "non". Une semaine après, quand j'ai repris mes esprits, j'ai voulu en parler à une collègue-amie, lors d'un trajet de métro. Elle m'a coupé en me disant "je préfère ne pas entendre ça".

C'est comme ça qu'un inconnu s'est retourné vers moi, en menaçant, dans la foule compacte de l'Armada de Rouen, la bousculade était généralisée, ce que j'ai tenté de lui expliquer calmement. J'avais 15 ans. Seule l'intervention de sa femme l'a empêché d'abattre sa main, déjà levée, sur moi. 

C'est comme ça que, le même été de mes 15 ans, un homme majeur a profité d'une danse pour frotter son érection contre ma cuisse. Je n'ai rien compris à ce qui m'arrivait. Ma sœur et ma meilleure amie de l'époque, présentes, m'ont dit que c'était tout à fait normal.

C'est comme ça que, parce que je n'avais pas obéi assez vite à ses ordres, un gérant de bar m'a empoignée par le cou et traîné sur plusieurs mètres, me dictant sous la menace ce que je devais faire pour ne pas subir autre chose. Il y avait bien cinq personnes qui assistaient à la scène, personne n'a rien dit.

C'est comme ça qu'un collègue de bureau, parce que j'affichais haut et fort son incompétence et son machisme, après avoir usé de toute son intimidation et de tout son arsenal de harcèlement moral, a eu gain de cause auprès de notre direction et obtenu que je sois licenciée parce que, voyez-vous, moi , malgré ma compétence reconnue et mon comportement respectueux, j'avais parlé publiquement. Je pense que rien de ceci ne se serait passé de la sorte en 2018, mais on ne le saura jamais. 

C'est comme ça qu'un membre de ma famille, lors d'un repas, m'a proposé un massage des épaules puis est descendu de plus en plus bas, y retournant après que j'ai protesté, avant de conclure en glissant à mon oreille un odieux : "Je vais m'arrêter parce que tu m'excites." J'en ai parlé à deux personnes présentes, l'une d'elles m'a quand même contrainte à effectuer un voyage en voiture seule avec lui le lendemain. 

C'est comme ça qu'un salopard m'a caressé les fesses à plusieurs reprises dans le métro, et quand j'ai voulu le confronter a passé sa grosse langue dégueulasse entre ses deux doigts en V pour mimer ce qu'il avait sûrement très envie de m'imposer. Je lui ai hurlé dessus. Personne, dans le wagon bondé, n'a réagi. Je suis sortie la station suivante, la peur au ventre qu'il me poursuive. 

C'est comme ça qu'un plan cul avec qui je m'étais toujours protégée, à qui je venais de donner un préservatif, ne l'a jamais mis (ou l'a ôté) - quand bien même il avait des relations avec de multiples partenaires et il savait que je ne prenais pas la pilule. Le lendemain, il a trouvé ça "abusé de ma part " de ne plus lui adresser la parole à cause de ça.

C'est comme ça qu'un soir de fête étudiante, chez une camarade de classe, alors que je connaissais toutes les personnes présentes, quelqu'un a mis du GHB dans mon verre. Sans la présence d'esprit d'une amie warrior dotée de plusieurs ceintures noires et d'un sang-froid incroyable, je n'aurais sans doute pas fini la soirée paisiblement dans mon lit. Je n'ai jamais su qui avait fait ça.

C'est comme ça que j'ai reçu une pierre en pleine figure, lancée par un ami de la famille qui m'intimidait et me violentait depuis l'enfance. En plein milieu de la cours du collège. Mon nez n'a plus jamais été droit. Lui, n'a même pas été réprimandé. 

C'est comme ça que le même ex cité un peu plus haut, profondément attristé par la rupture de ses meilleurs amis, m'a plaquée sur le sol, s'est saisi de ma tête et l'a violemment frappée sur le sol. Où se trouvait un caillou. L'arrière de mon crâne était ouvert sur cinq centimètres, mais personne ne m'a secourue. Le lendemain, tout mon groupe d'amis est allé à la piscine, m'obligeant à les attendre à l'accueil, car je n'avais pas d'autre moyen de transport, ma plaie toujours non traitée.

C'est comme ça qu'un soir, en rentrant chez moi, une voiture avec deux hommes à son bord s'est arrêtée à mon niveau. Lorsque j'ai refusé de leur adresser la parole, un des hommes est sorti et s'est mis à me courir après, jusqu'à s'introduire dans mon immeuble et monter deux étages à mes trousses. Ce n'est qu'en comprenant que j'étais enfermée chez moi, hors d'atteinte, qu'il a baissé les bras.

Cette liste pourrait continuer et va continuer, au fur à mesure que les souvenirs bien souvent refoulés me reviendront. 
J'ai volontairement évincé tout ce qui avait trait à la fameuse "zone grise", pour ne garder ce qui est condamnable par la loi, en l'état actuel des choses. 

Si chaque femme signalait chaque acte condamnable dont elle a été victime, on ne serait pas à 22% d'augmentation des signalements.

Quant à moi, soyez certains, cela ne m'a pas servi de leçon : jamais je ne me tairai. 




vendredi 31 août 2018

Though it’s the perfect time for a bottle of wine



Il y a deux ans, Marlowe, le chat noir de ma vie est mort
Il y a deux ans, j'allais déposer sa petite urne en carton sur la tombe de son illustre homonyme, dans un tout petit cimetière d'église paumé au fond du trou du cul de Londres, j'ai nommé Deptford.

Depuis, je n'ai pas eu le courage, encore, d'y retourner. Mais, forcément, prendre l'Eurostar le jour anniversaire de sa mort n'était pas anodin. 


Lors de mon dernier voyage en Albion, j'avais fait un détour cicatriciel et commémoratif par Canterbury, ville de naissance du dramaturge Kit Marlowe. Pour éviter, surtout, de me confronter au fait que je n'étais pas prête à aller lui rendre visite.

Cette fois-ci, je n'avais rien de prévu en rapport de près ou de loin avec lui. J'emmenais ma nièce aînée fêter sa majorité et son bac donc le programme c'était plus Street-art, bières et Camden Lock. 
Comme je ne me refais pas, nous sommes aller rendre visite à mon très vieil ami le Phantom, dans son antre Londonienne du Her Majesty's Theatre. 


J'espérais secrètement que mon invitée, qui partage un pourcentage certain de mes chromosomes, allait comprendre, ne serait-ce qu'un peu, mon obsession pour l'univers créé par Gaston Leroux et glamourisé par Andrew Lloyd Webber. Officiellement, je lui payais des billets dans un des plus beaux théâtres du West End car c'est dans cet univers qu'elle veut bosser et que c'était une excuse assez solide pour me faire un beau cadeau à moi aussi.





 Si, avant d'entrer, j'ai eu droit à un regard un peu moqueur quand je lui ai avoué que ça devait être la 7 ou 8ème fois que j'allais voir la pièce, c'est un coup d'oeil tout enfiévré auquel j'ai eu droit à l'entracte. Le vocabulaire lui manquait pour exprimer le coup de massue que représente cette oeuvre la première fois qu'on la découvre. Et cerise sur la crumpet, nièce-de-moi a conclu cette soirée par "j'ai trop envie de lire le livre maintenant."


Mon job de missionnaire du man in the mask était accompli. 


Juste avant, j'avais péleriné dans un petit cimetière perdu contre les voies de St Pancras où Mary Wollstonecraft (mère de Mary Shelley) et William Godwin sont enterrés, tout près de l'architecte Sir John Soane, dont la collection absolument fabuleuse et abracadabrantesque est à voir et revoir dans son musée (qui est gratuit !)  








C'est déjà l'automne à Londres, et le temps se prêtait plus que jamais aux balades romantiques dans les bois, c'est pourquoi quand Nice-Niece m'a dit haut et fort "non mais moi j'aime bien les cimetières" ni une, ni deux, je l'ai traînée jusqu'à Highgate east, une valeur sûre pour cette photographe en herbe.


Le bus nous a lâché quelque part dans la côte menant aux deux Highgate cemeteries, et le raccourci le plus proche était de se faufiler dans un quartier résidentiel privé. Le fait est que la porte était ouverte, mais quand on a trottiné à l'intérieur, on regardait un peu par dessus nos épaules, notamment parce que des panneaux "beware neighbourhood watch" étaient rivés à l'entrée.
C'est pourquoi quand on a entendu un cri aigu et vu une masse noire foncer sur nous, on a eu un moment de flottement. Puis la grosse masse s'est jetée dans l'herbe, à nos pieds, et nous a montré le ventre en ronronnant ce qui ressemblait à peu près à "and now, pet me humans!"




Croiser des chats dans le coin n'est pas rare, croiser le sosie de mon chat mort l'est un peu plus, et qu'il se jette sur nous pour une séance de câlins torrides de 20 minutes alors qu'on ne le connaissait absolument pas l'est tout particulièrement. 

Une fois monsieur rassasié, nous avons poursuivi notre chemin jusqu'au portail d'Highgate, devant lequel je pense toujours à Fred Vargas. La dame de l'accueil n'a pas levé un sourcil quand j'ai montré à Niecephore Niece le warning posé devant elle qui disait que "certes, George Michael est enterré dans les parages mais on vous dira pas où, même si vous êtes des amis ou de la famille". Apparemment, les fans de King George ont traumatisé les gentils retraités qui ont pris en charge la gestion des deux cimetières. 







La balade a été des plus reposantes, tellement, même, que je suis partie très loin dans mon introspection, heureusement, Nièce était très occupée à stalker des écureuils qui, eux, stalkaient des noisettes, qui, elles, finiraient pour 80% d'entre elles enterrées et non dévorées, et même que c'est comme ça que poussent la plupart des arbres.

Bref. On s'est posées sur le premier banc qu'on a trouvé, épuisées. Et c'est là qu'on a vu... 


Nièce m'a demandé si c'était le même que plus tôt, ce à quoi j'ai répondu que c'était très raciste de trouver que tous les chats noirs se ressemblaient et que bien évidemment que non vu que sinon la boule se serait déjà jetée sur nous pour réclamer son dû et que là, manifestement, cet autre individu tout aussi sosie de mon chat mort était plus intéressé par la chasse au papillon. 

J'étais perplexe, je dois vous avouer, par la tonitruance de l'univers qui se fait d'habitude plus subtil. Non pas un, mais deux jumeaux de mon chat mort, le lendemain de la date anniversaire de trépas, alors que j'avais prévu d'éviter mentalement le sujet. J'ai interprété ça comme un "rien ne sert de fuir" plutôt agréable puisqu'il nous fournissait notre dose de félins. 

Fourbues et comblées, nous sommes parties à la recherche d'un accès vers le premier tube qui voudrait bien nous déposer dans un lieu propice au houblon, quand tout à coup... 




J'ai vu tout Le Petit Prince défiler devant mes yeux. 

C'est en se repassant nos vidéos de notre Foxy friend que nous avons descendu quelques lagers (pour elle) et ales & stouts (pour moi) dans tous les endroits phares de l'âge d'or de l'indie rock (j'ai pu ressasser comme une vieille que je suis déjà #indieamnesty)






Le lendemain et dernier jour était consacré à une virée dans Shoreditch, à base de bouffe indienne, de Rough Trade East et de marchés de fripes.
















Notre virée s'est terminée par le clou du pestacle, aka un Banksy original, pour Fille-de-ma-soeur qui avait étudié Faites le mur ! en cours.


[Photo caca car 1) désormais les Banksy sont sous verre, et vous savez ce que je pense des trucs en accès public qu'on enferme dans des carcans vitrés et 2) il y avait masse de journalistes et de badauds devant.]

On était toutes les deux au bout du rouleau de nos pieds, et je me suis donc mise en quête d'un double decker qui voudrait bien nous déposer à King's Cross, quand je suis tombée sur... 


The Theater. 
Le premier théâtre du Londres Elizabethain (oui, ils avaient un certain sens du marketing dans leur choix de nom), fondé par James Burbage, le Phil Spector de l'époque, et dont les matériaux, après son démantèlement, ont servi à construire le Globe. Sur la photo, c'est plus l'emplacement donc, et la maison familiale de Burb, si j'ai tout suivi. 
Mais ce qui m'a frappé, c'est pas ce mural un peu hum... foisonnant à la gloire du surcôté Roméo et Juliette, non, c'est l'info nonchalamment balancée sur un panneau informatif tout près comme quoi Marlowe faisait partie de la team et qu'il était contraint, comme les autres artistes-crèvent-la-dalle de l'époque, de loger dans le coin (en dehors des murs de la cité en ce temps, cela va sans dire). 

C'était mon dernier arrêt avant de reprendre le train et le destin et mes bottines usées m'avaient donc traîné jusqu'à la piaule de mon auguste Kit. 
Way to go, l'univers. Way to go