dimanche 10 décembre 2017

Looking back at the lime stone walls


 [Thinking how beauty deceived you]

Je suis en cours d’écriture créative et je souffre. J’ai pas signé pour ça. Ca fait partie de ma formation et je ne peux y échapper.

Quand le prof nous dit « écrivez, là, maintenant » j’ai l’impression d’être dans un avion et que mon instructeur m’ordonne de sauter alors que j’ai pas encore bien mis mon parachute.

Quand il commente mon texte, j’ai l’impression d’être à poil devant un médecin qui me balancerait « Faut faire du sport hein, c’est important. »

Pourtant, j’ai fait ma kamikaze, je me suis portée volontaire pour lire en premier. Le théorème du sparadrap.

Je suis en panne d’écriture depuis 7 ans. Tout comme je suis en panne de lectures personnelles. C’est lié, c’est clair. Et c’est lié à ma carrière. Et même Jean-Michel Blague, mon psy, n’a rien à dire dessus vu que je lui en ai pas parlé. Avec mon séjour à New York, c’est le second sujet dont je ne parle jamais.

Quand j’étais au collège, mes « camarades » s’amusaient à faire des gestes violents autour de moi, faire semblant de me mettre un coup, de me bousculer, parce que ça fonctionnait super : tout de suite je me recroquevillais comme une tortue dans sa carapace. Là, c’est un peu pareil. Dans ce cours, dès qu’on m’interpelle, même si c’est neutre, même si c’est positif, ma tête se tasse entre mes omoplates et mon dos se penche jusqu’à ce que je sois parfaitement cachée par l’écran de mon ordinateur.

Je suis pas mauvaise parce que je fais des gammes, ici déjà, et au boulot, quand je repasse la prose des autres. Pourtant, dès qu’il s’agit de livrer un truc à moi, qui sort en direct live de mes entrailles, je fais n’importe quoi. Ou j’en ai l’impression.
Je me suis pris des coups critiques très durs, de lecteurs qui j’admirais beaucoup, et qui ont ruiné la jolie confiance que j’avais empilée.

Dès lors que j’ai eu un ordinateur, j’ai écrit. Je n’ai même fait que ça. J’ai arrêté le sport, la musique, et je passais mes soirées, mes week-ends, mes vacances sur mon traitement de texte. Je produisais en masse. A la fin du collège, j’avais écrit 8 romans.
Depuis 7 ans, j’ai dû écrire une nouvelle, amorcer un roman, en tout et pour tout, j’ai peut-être aligné 100 000 signes (un tiers d’un petit roman pour les noobs).

Ado, je n’avais qu’une fierté, une certitude, un trait de personnalité inamovible : j’écrivais. J’en parlais librement. Je faisais lire autour de moi. Je ne m’en cachais pas du tout. J’avais trois cartes en cumul à la bibliothèque parce que 5 livres pour une semaine c’était trop peu, beaucoup trop peu.
J’ai ouvert mon premier blog à 16 ans, pour partager un peu plus et faire partie d’une communauté d’autres gens qui écrivent. Et puis Internet a évolué, et écrire est revenu une activité solitaire.
Quand je m’ennuyais en cours, quand je m’ennuyais parce que personne ne voulait me parler, quand je suis arrivée à Paris, quand je m’ennuyais parce que j’étais au chômage, ensuite.
Personne n’a jamais voulu me relire, même si je savais fermement que c’était ce qu’il me manquait, alors j’ai mis ma montagne d’écrits dans un carton, je les ai cachés derrière un rideau, puis dans un meuble. La prochaine étape, c’est la cave.
Peut-être qu’un jour, chose que je n’aurais jamais crue, je les jetterai.
L’écriture est intimement liée à ma confiance en moi, qui est fluctuante de nature et qui fléchit beaucoup, contrairement à Paris.

Etre entourée par autant de talent(s) donne forcément des complexes. Et puis parfois je tombe sur des choses vraiment mauvaises et je me dis « je peux faire mieux ! »
Mais je le fais pas.

Pourquoi je le fais pas ? Parce que la vie. Les nouvelles technologies. Les soucis, en masse, qui me sont arrivés de partout, ces dernières années. Parce que c’est plus facile d’applaudir à quatre mains le génie fou des scénaristes de séries, vraie belle avancée dramaturgique de nos temps modernes. De temps en temps, l’ami Oscar W. se penche par-dessus mon épaule et me juge doucement, avec wit. De temps en temps, j’écris à des gens. A des garçons. Je sais pas pourquoi, je corresponds mieux avec les garçons et je parle aux filles. Je sais pas parler aux garçons et je prends pas le temps d’écrire aux filles.

Je flirte avec l’écriture sans jamais m’y consacrer. Je la maintiens en vie artificiellement, ici. Je ne lui tourne pas totalement le dos mais je ne lui ouvre pas les bras pour autant.

Donc là, ce cours, c’est comme me jeter dans l’eau pour m’apprendre à nager.
Alors ça marche, parce que je bats des pieds presque malgré moi pour garder la tête dehors, mais, disons, que c’est pas ce qui me donne le plus envie d’aller passer des vacances à la mer.



mardi 5 décembre 2017

You've been waiting in the sun too long


[For the love you bring won't mean a thing]

Chères trente et quelques lectrices et lecteurs, vous êtes vous déjà demandé de quoi j'avais l'air, dans la vraie vie ?

Cette question ne s'adresse bien sûr pas à ma poignée d'amis et à la douzaine de stalkers réguliers en provenance directe de mon quotidien qui composent majeure partie de mon lectorat.

Je vous pose la question parce que je me la suis posée, justement. Alors voilà la réponse.

Hormis ces vingts dernières minutes où vous m'auriez trouvée sous la douche en train de chanter It's my life de Bon Jovi en yaourt avec le pommeau en guise de micro, je suis quelqu'un d'assez transparent.

Je veux dire par là que vous passeriez sûrement à côté de moi sans vous retourner et ce même si vous n'êtes pas parisien et donc coutumier du fait. 

Même quand je suis le centre de l'attention, il émane de moi une sorte d'onde gravitationnelle qui fait que personne ne se rapproche.

Tenez, cette semaine j'étais à un événement pro. Des dizaines de personne m'avaient dit avoir hâte de m'y voir et pourtant ce soir là, rien. Les regards sont passés à travers moi, même quand j'ai maintenu le contact visuel et agité la main. 
Il y a pourtant une fois où je me suis présentée à nouveau à une personne avec qui j'avais débattu pendant 3 heures il y a peu. 

Au restaurant, je suis la fille à qui les serveurs ne viennent jamais demander ce qu'elle veut (sauf au Royaume-Uni, mais ça n'est pas le sujet) mais déboulent dans la seconde quand quelqu'un d'autre à ma table lève la main.

J'ai longtemps pensé que c'était un manque de charisme, quelque chose d'inné. Mais je suis plutôt connue pour aligner les conquêtes quand je m'y mets. Une fausse timide.

Jean-Michel Blague, mon psy, dit que ça vient de mon enfance difficile et que j'ai intériorisé tellement de regards négatifs que je les projette à mon tour en non-verbal.

Bon.

Alors voilà, si demain on se croisait, je ne laisserai aucune marque dans votre vie.

De tous les gens à qui j'ai laissé une carte de visite, aucun ne m'a jamais contactée. Si, une fois j'ai eu un mail, et ça s'est arrêté là. 

C'est, comme toute chose, à la fois un handicap et un bienfait. Un handicap parce que dans mon boulot, ça aiderait pas mal si on se souvenait de moi, de ce que j'ai dit et de ce que je défends. Un bienfait parce que les gens qui passent outre cet effet repoussoir sont forcément des vrais, des durs, des tatoués. Des ami(e)s, quoi. 

Parce que je vous rassure, je ne suis pas seule. J'arrive de temps en temps à coincer en face à face certains énergumènes et à me rendre attachante. Ça demande beaucoup d'efforts. 
Je déploie une énergie démesurée à tout faire pour les garder juste au cas où. Pour ne pas qu'ils aient même l'idée de s'enfuir. 

Etre un Casper social, ça fait aussi que je suis souvent aux bons endroits aux bons moments. Souvent on ne m'a pas viré de backstages parce qu'on ne faisait pas attention à moi. J'ai entendu plus d'un scoop croustillant parce qu'on faisait pas gaffe que j'étais en arrière-plan. Je me fais très bien oublier, c'est pratique quand j'ai quelque chose à me reprocher.

Je bosse quand même là-dessus. J'essaye déjà de comprendre pourquoi l'intégralité de mes collègues me fait la technique du "je me lève et je fais semblant d'avoir un truc à faire en dehors de mon bureau" quand je viens les voir. Souvent j'ai des choses importantes à dire, je vous jure. Job related I mean.

On m'a posé d'innombrables lapins, des lapins où je n'ai pas eu droit à des excuses puisque les personnes ne se sont jamais souvenue qu'on avait rendez-vous en premier lieu. 

Donc maintenant, si vous vous posez la question un jour, vous aurez déjà la réponse : je dois être gravée dans le vent, la fille du Passe-Muraille et d'Itinéris l'espionne. De quoi ai-je l'air ? De beaucoup de choses, mais pas la peine de s'y appesantir, vous ne me retiendriez pas.  



jeudi 26 octobre 2017

All live to die, and rise to fall



Marlowe's, Canterbury
 8 octobre 2017


A mon chat noir,

Il y a un an et une semaine, je te cérémoniais d'adieu en te réunissant avec ton illustre aïeul. Pour mes quatre jours de vacances d'été, cette année, je n'ai pu me résoudre à te rendre visite là-bas, à Deptford. Chaque chose en son temps, je ne suis pas prête. Et en ce moment, je m'écoute. 

A la place, comme toi et l'autre Marlowe occupez quand même encore vachement mes pensées, j'ai décidé d'entreprendre un petit pèlerinage. Me voilà donc à Canterbury, ville de naissance de Kit Marlowe – dont il s'est vite évadé – où je déambule presque heurtée par tant de joliesse.


Chaque rue est accompagnée d'exclamations admiratives, de frétillements et d'amour universel. Avec mes flâneries, j'ai failli louper la possibilité de visiter la cathédrale parce qu'on est dimanche et qu'à  Canterbury à 14h, la cathédrale c'est comme le McMorning à midi : c'est fini. 
L'honneur touristique est sauf, j'ai pu y entrer. En route, j'ai croisé pas mal de choses époustouflantes. Les anciennes geôles pour commencer, transformées en Escape Game. Puis, première à gauche, le Marlowe Theatre, hommage très (trop ?) moderne à l'ancien. Heureusement une statue fort chamarrée se dresse à son entrée. Enumérant les pièces les plus fameuses du Marlowe-qui-écrit.
Sur le parvis, j'ai pu me pâmer devant une rivière, des sculptures et la maison de Chaucer. Est-ce le moment de préciser que c'était le métier du papa de Marlowe, chausseur ?


Je suis entrée par effraction dans l'ancien campus de Marlowe-who-writes. J'ai trespassé comme on dit ici. Et le garde m'a réprimandée, mais je lui ai lancé mon meilleur sourire en gribouillant à l'oral quelque chose comme "je suis là pour la plaque, juste pour la plaque". Le gentleman l'a emporté sur le garde qui n'a pas grand-chose à garder et j'ai pu prendre mes photos et repartir en courant.
Et maintenant je déjeune chez Marlowe's au son d'une Eurodance putassière mais hey, tout ce qui est Euro au UK mérite bien que je le supporte.
J'ai mangé trop de fromage, trop gras, arrosé d'un prosecco étonnement fin.

Les tables affichent des scènes de rue de New York. Les murs des portraits de Monroe ou Gable. Pas un seul dramaturge gay flamboyant tuteur d'enfant caché héritier de la couronne d'Angleterre et espion de la Reine. Je ne suis ici que pour le nom. What's in a name? 
Marlowe-the-writer a été officiellement reconnu il y a plus d'un an comme l'un des auteurs de Shakespeare. Mon chat, toi et tes deux années sur Terre, ne vivez plus que dans mon esprit. Alors allier vos deux existences est une manière de pallier cette idée angoissante.
Je regarde une mouchette taper contre la vitre du Marlowe's et me dis qu'elle plairait bien à Molly Brown. Ta successeure dans mon cœur. 
Je la verrai demain. Elle a un mental d'acier et je ne la retrouverai pas dans le même état que toi, qui te prostrait contre moi en tremblant, en te serrant fort, terrorisé sûrement que je vienne à de nouveau disparaître. Et puis c'est toi qui m'a fait cette mauvaise blague. 
Chez Waterstone's, quatre livres de Marlowe. 
J'ai pris cette vilaine habitude, de les compter, chaque fois que j'ai du temps à tuer. On est dans une ville qui utilise ton nom pour ses arcades de shopping de luxe, pour son théâtre de variétés flambant neuf, mais qui (re)connait très peu ton Art. Bon, moi la première, je n'ai pas ouvert un bouquin du week-end et j'ai donc laissé tes œuvres poétiques complètes de côté. 


Ici, je suis super-coy - non je n'ai pas été mordue par une carpe radioactive - mais la différence entre l'Angleterre et la France est qu'en Albion mes bonnes manières mélangées à ma maladresse sociale me rendent charmante. J'ai pu voguer pendant quatre jours sans qu'on m'emmerde - à part au resto où on  te demande quinze fois si tout se passe bien et où tu dois sortir toute ta gamme de formules de politesse la bouche pleine. Je devrais porter un badge "The less you speak, the more I tip."
 Jean-Michel Blague, mon psy, aime bien appuyer là où ça fait mal. Pourtant il est freudien, pas sadique, mais il aime à me parler de toi Marlowe-chat. Alors deux larmes coulent sans que je sanglote. Comme par habitude.
Je tente de raccommoder ton existence avec des souvenirs joyeux, même s'ils sont post-mortem. La micro-cellule familiale que je tentais de recréer avec toi a éclaté, mais je n'ai pas appris ma leçon pour autant. Ca aurait fait moins mal si tu avais été moins symbolique. Si tu avais eu moins la pression, celle de m'apprendre à aimer et être aimée, moi qui n'ai jamais connu.
Alors à Canterbury, je me vautre dans le symbole, je me roule dans une couverture patchwork de l'auteur et du poilu, aux images bientôt confondues.Maintenant, lui comme toi ne bougerez plus. Vous êtes fiables, fermes, ancrés, je peux compter sur vous et nos souvenirs communs. Rien ne pourra causer de souffrances supplémentaires, alors j'enrobe celles passées de clichés de maisons en briques. Ou bien de clichés tout court.

mardi 3 octobre 2017

First the mic, then a half cigarette



Qui va garder Elliott Smith ?
C’est la question apparemment absurde qui m’est apparue après ma première vraie rupture.
Je connaissais l’œuvre d’Elliott mais c’est mon mec de l’époque qui m’avait poussé à l’explorer plus avant. Clairement, il était à l’origine plus fan que moi. Mais à l’arrivée ?
Que se passe-t-il dans un divorce mental ?

Question absurde, j’ai fait mieux. Avec Celui-avec-qui-il-ne-s’est-rien-passé, nous avons eu une réelle discussion portant sur « Qui va garder la péniche ? »
Fin du suspens : ce fut lui.

Je vois beaucoup de couples hésiter à se séparer « à cause des enfants ».
J’ai des problèmes de ce genre, à mon petit niveau.
Hors de question de partager le bail d’un appart. J’ai bien trop peur d’être condamnée un jour à retourner vivre chez mes parents.
Hors de question de donner un droit de visite à ma chatte à quiconque. Pun absolutely NOT intended.

Il y a eu des « qui va garder le blog ? »

Des « qui va garder le chocolat fondu qu’on se refilait à chaque soirée après 4 pintes ? »

Des plus sérieux « Rends moi les clefs de chez moi bougre d’âne. »

Des « Fais chier, j’aimais ce bar et désormais je peux plus y aller  » qui sont peut-être partagés, on ne le saura jamais.

Il y a ceux qui veulent absolument que tu les oublies, ceux qui se rappellent à toi, juste pour s’assurer qu’ils sont mémorables.
Ceux qui voudraient te garder toi, pour la vie, juste pour que tu ne sois à personne d’autre, même s’il n’en ont plus l’usage.

Parfois, je laisse un pays entier à l’autre. Alors qu’il n’y a même jamais foutu les pieds. Parce que ça a fini quand j’étais là-bas et que tout est entaché.
C’est pourquoi je grimace fort quand parfois vous me racontez vos vacances.
Ca et parce que je n’ai jamais de vacances, of course.

Une chose est sûre. J’ai peut-être perdu la péniche, mais rien ne m’enlèvera, jamais, Elliott Smith.