jeudi 20 juillet 2017

Hey there, what you got to hide?



Je me soigne. Je mange mieux. J'ai trouvé quoi faire pour régler mes différents problèmes d'instabilité. Un nouvel avenir s'offre à moi à la rentrée.

J'ai même rangé ma cave ET mon garage. (Oui parce que j'ai une cave et un garage.)

Et cette semaine je me suis attaquée au tri du contenu du vieux sac en plastique ramené de chez ma Mémé il y a quelques années. Il est rempli d'affaires me concernant lui ayant appartenu. 
Il y a donc plein de photos de moi très petite dont je ne me souvenais pas.

Sur toutes, il doit y en avoir 2/3 où je souris franchement, mais la plupart du temps je tire une tronche de huit pieds de long. Il y a une tristesse totale dans mon regard et une lassitude dans ma posture, même à 4 ans. Même à 6. Même à 8.

Il y a peu de photos de ma période ingrate, car l'adolescence a vraiment été sans pitié. 

Je me souviens que c'était une tannée pour moi les séances photo. On n'arrêtait pas de me répéter : "Prends exemples sur tes cousins, eux ils savent prendre la pose !" C'est surtout que leur papa travaillait dans une des plus grandes entreprises de pellicule photo et qu'il avait un super appareil avant tout le monde.

Je ruminais et je puisais en moi un sourire forcé et on me rétorquait que "ça fait pas naturel". 

Bah non. Parce que j'ai pas envie de sourire. Vous me donnez pas envie de sourire. Le photographe de l'école lui il nous sort des blagues, pas des reproches, et surtout les photos de classe d'avant le collège, j'ai toujours un sourire lumineux.

Il a quand même fallu 6 mois et 4 spécialistes différents pour que je réalise que ce qui merde profondément dans ma vie ce n'est pas moi mais eux. Ma "famille" biologique.

Qu'on obtient pas un câlin d'un enfant en le faisant culpabiliser de pas assez en faire, mais en étant genre, sympa avec lui. Aimant ?

Qu'on ne peut pas s'attendre à produire un être humain équilibré quand on lui répète sans cesse qu'on n'aurait jamais dû lui donner vie. 

Qu'on n'encourage pas l'échange et la communication en utilisant le "tais-toi" à tout bout de champ. 

Et autres joyeusetés.

Alors oui, j'avais bien remarqué que chaque fois que j'allais en Normandie, je déprimais pendant 15 jours en revenant. Mais je pensais que c'était moi la fautive, moi le problème - après tout, c'est ce qu'on m'a répété à longueur de journées, à la maison puis au collège. 

Quand je m'en suis ouverte à ma vraie "famille", celle reconstituée à partir des survivors de ma vie aka mes Amies, j'ai eu droit à des lèvres pincées et des haussements d'épaules : "Bah en fait Johnson, c'était un mystère que pour toi, hein."

J'ai compris par la même occasion à quel point je devais être un boulet pour ces précieux quelques êtres élus qui m'entourent. Parce que dès lors que j'ai perdu tout amour inconditionnel avec la disparition de ma grand-mère, tout est retombé sur leurs graciles épaules. Pour n'aider personne, j'ai toujours été malchanceuse en amour et n'ai jamais pu compter sur cette "source" pour combler mon vide affectif. 

Etre amie avec moi c'est subir H24 ma terreur d'être abandonnée, ma paranoia toute puissante que parce qu'on me donne pas signe de vie, c'est qu'on a réalisé à quel point j'étais indésirable et méprisable. Bref, c'est pas easy peasy lemon squeezy.

La vie m'a pas trop trop aidé en m'enlevant le substitut d'amour maternel que j'avais trouvé auprès de la mentor dans l'un de mes anciens jobs.
Puis en m'enlevant la cellule familiale que j'avais tenté de construire avec un petit chat noir très touffu et amateur gustatif de souris en plastique. 

Mais bon, j'ai 29 ans, j'ai encore le temps de rectifier les choses. D'être moins relou avec celles qui ne méritent pas ça. D'être plus relou avec ceux qui ont été moins que rien avec moi. D'être enfin un être équilibré, qui mange bio et que range sa chambre.

Même si, sur ce dernier point, on n'y croit pas trop... 

mercredi 21 juin 2017

You go to my head, and you linger like a haunting refrain



Il a l'accent grec. (+1000 points) 
J'ai toujours eu un faible pour les grecs, de mon premier crush pour Demetrios, le serveur de notre croisière dans les cyclades quand j'étais en 4e, à Yannis Philippakis, que je ne vous présente plus.

Il ressemble à mon pépé (+ ∞ de points)

Il m'a fait attendre pendant une heure sous 45° dans sa salle d'attente aux chaises en plastique sous les toits alors qu'en vrai j'attends ce rdv déjà depuis 6 putain de mois  (- une tonne de points s'il s'avère être décevant).

Mais je m'efforce de ne plus m'énerver. (Ca augmente la température corporelle)

"Alors pourquoi vous êtes là ?"

"Euh..."

Il rit, je ris.

"...Disons que c'est un tout ? Une sorte de trop plein ?"

En décembre dernier, je n'avais plus un sous en poche, j'étais au fin fond de ma dépression et mes amis me poussaient à consulter, alors je me suis renseignée et je suis passée par un CMP (gratuit, donc), qui m'a renvoyé vers une psychiatre, qui elle-même m'a renvoyé vers le big boss de la psychiatrie qui se trouve devant moi. (Et qui a son propre article wikipédia.)

J'ai traversé une gigantesque prise de sang, des atermoiements multiples et des kilomètres de chassés croisés dans Paris pour que BigBoss me reçoive et me valide.

S'il dit "ok banco", je serai suivie par un psy, gratuitement, toutes les semaines.

Rien ne se met entre Johnson et ses objectifs, pas même 6 mois de pulsions suicidaires plus ou moins fortes, pas même le challenge des anti-dépresseurs, alors un entretien d'une heure, tu penses... 

Du coup, vous l'aurez deviné, j'ai passé la journée en pleine crise d'angoisse. Sous 35°. Would not recommend. 

Mais BigBoss est là, avec son accent chantant et son ventilo et je commence à déblatérer.
C'est quand lui prend la parole que je me raidis. 

"Mais pourquoi vous voulez être prise en charge ?"
"Bah..."
Je sèche rarement quand je veux obtenir quelque chose. J'ai du répondant. De la repartie. Et je suis même régulièrement taxée d'insolence.
"Non parce que ce que vous me décrivez là, c'est une situation plutôt satisfaisante, non ? Vous voulez changer quelque chose à votre vie ?"
"Euh... non."
"Alors vous n'avez pas de problème, si ?"
"Non. Enfin, les autres pensent que si, donc bon."
Il ferme les yeux comme un vieux petit chat et souris.
"Et vous avez un compagnon ?"
"Mmmnn. Gnnn. Gr-Non."
"Et vous en rêvez ?"
"Oulah Jean-Michel Périclès on va se calmer tout de suite, on avait dit pas les habits et pas les histoires de coeur."
(En vrai j'ai eu l'air interloquée et il a détaillé sa question:) 
"Vous voulez vivre avec quelqu'un, construire une famille ?"
"Euh... non. Enfin... Est-ce que partir en vacances avec quelqu'un ça compte ? Parce que ça j'aimerais bien."
Apparemment ça comptait pas.

Pour la première fois depuis le début de notre entretien le sosie athénien de mon Pépé a l'air chaffouin. Alors, en bonne élève, je m'empresse de rajouter :

"Mais j'ai une vie sexuelle hein !"

Il relève la tête, très satisfait de ma petite éructation, en me disant "Donc c'est un choix : une vie sexuelle, pas d'amour, et vous êtes bien comme ça ?"
"Bahoui."
"C'est très positif ça."
"Ah d'accord."
(Je perds tout sens de la repartie quand on me félicite ou me complimente)

"Et vous vivez seule alors ?"
"Non en coloc pour avoir un appartement assez grand pour avoir un chat *rire de François Hollande*"

Au mot "chat" les yeux du Ménélas de la psychiatrie s'illuminent et je comprends que j'ai affaire à un semblable. Le mec doit avoir 12 félins chez lui et se retient fort de me demander une photo de ma cha... de Molly Brown.

Je lui raconte les mésaventures de Chat-Marlowe, le trauma, le retour des idées noires et des pulsions suicidaires. On fait l'historique de ces dernières :
Les pulsions suicidaires sont autant un réconfort qu'un stimulant, pas forcément négatives, et j'ai du mal à faire comprendre ça à mon entourage.
Très rarement elles sont liées à du désespoir. La plupart du temps, elles représentent un échappatoire possible et un soulagement éventuel, si jamais.

"Mais pourquoi vous voulez changer ça ? Elles font parties de vous."

Je suis bien d'accord.

Je souris fort à Jean-Marc Péloponèse en lui expliquant qu'en l'état, je fais du mal aux autres et que c'est ça que je veux changer, même si en vrai je suis d'accord avec lui que je suis plutôt bad-ass et que mes cicatrices sont croquinounettes et que les imperfections sont le sel de la vie.

Il hoche la tête et me dit en une phrase que j'ai réussi son challenge. Que j'aurai un psy àmoi à la rentrée. Mais que j'ai quand même un gros souci de complexe d'abandon.

Ahahah ! Le mec il a déduit ça d'un rêve que je lui ai raconté et aussi du fait qu'en vrai c'est mes grands-parents qui m'ont élevée et que ma mère a passé son temps à me répéter qu'elle aurait jamais dû me faire et que le plus gros secret de la famille est lié au jour de ma naissance...




To be continued...

jeudi 15 juin 2017

Driving at ninety down those country lanes


[Quand j'ai vu ça, ça m'a fait une sorte de... fussoir.]

Il fait 12 000 degrés à 8h30 du mat' quand je pars avec une heure d'avance pour une des réunions les plus importantes de mon job.
Réunions auxquelles je ne vais qu'une fois tous les 6 mois quand personne d'autre n'est dispo et qu'il faut bien désigner quelqu'un.

J'ai préparé un itinéraire, j'ai pris un petit déjeuner équilibré, choisi mes fringues en mode mi-présentable mi-confortable. 
Je prends ma correspondance easy - je m'assois dans le RER. J'ai 3/4 d'heure devant moi. Je suis large.

Ca fait des semaines que j'essaye de me mettre moins en colère. De respirer. De prendre les choses plus calmement. Pour l'instant ça fonctionne plutôt bien (merci Nintendo de m'avoir fourni une application aussi absurde que celle sur Magicarpe, vous faites beaucoup de bien à mon mental).

Mon arrêt approche. Je me lève. Je lisse ma robe. Je me mets devant les portes, prête à dévorer le bitume en quelques pas graciles quand... ce putain de RER C de merde ne marque pas mon arrêt.

Ni le suivant. Ni celui d'après.

C'est la boule dans la gorge et les yeux humides que j'envoie un désolé et désolant message de retard à ma boss. 

Je me retrouve à Choisy-le-Roi (ouais, toi-même tu sais pas). Qui a la particularité de n'avoir AUCUN taxi à proposer à une jeune fille désespérée à 9h du mat'.
Je sors mon portable teigneux acheté d'occaz, qui a toujours refusé de se montrer coopératif, surtout pour les questions de géolocalisation et qui s'était levé du pied gauche, si tant est qu'on puisse imaginer un Samsung anthropomorphique.

Je finis par repérer un Uber pas trop loin. J'en ai pour 15 balles mais je m'en fous, je peux ENCORE le faire. Je clique pour confirmer.

Ma carte est refusée.

Ah bah oui.
J'imagine que si des caméras me suivaient, je serais déjà millionnaire en abonnés Youtube. 

Je respire fort et je retourne m'engouffrer dans la bouche de l'enfer AKA la gare RER. Je me trompe d'automate. Je finis par trouver celui qui voudra bien me délivrer le précieux sésame pour la gare qui m'intéresse.

Je cours dans la prochaine rame passant à ma portée. Celle-ci dessert bien sûr toutes les gares sauf celle qui m'intéresse.

Retour à Paris.

J'hésite 2 secondes à abandonner, mais rien ne se met entre Johnson et ses objectifs, encore moins quand il s'agit d'un engagement. 

J'ai vaguement le souvenir qu'un bus passe dans le coin qui m'intéresse depuis ce quartier.
Je pars à sa recherche... tout comme une quarantaine de parisiens en goguette qui semblent grogner contre la ligne qui fait n'importe quoi ce matin.

Je ne m'énerve toujours pas. J'attends mon tour. Je me serre contre un mec en costume, je n'ai pas le choix, lui a le cul posé sur la seule barre à laquelle je pourrais me tenir [insérer ici blague grasse et libidineuse]. 
J'essaye de canaliser mon équilibre intérieur tandis qu'au 3e feu rouge je vois qu'il est l'heure du début de la réunion.

Pas mal de gens sortent au prochain arrêt. Je peux enfin respirer. Me tenir. Me recentrer. Le temps de lire un sms de déception de ma boss et de grimacer. Puis le chauffeur annonce bien avant mon stop que c'est mon terminus, parce que LoL. 

Je sors au milieu de la 6 voies, en sandales d'été pas du tout adaptées à ma marche rapide. Je lance google maps qui dit n'importe quoi. Je trottine presque en touchant au but.

J'arrive en sueur dans le bâtiment. Le mec de l'accueil m'indique l'étage, l'ascenseur, le bureau et le numéro complémentaire de là où je dois me rendre. Le temps de mémoriser tout ça, je me recoiffe dans l'ascenseur. J'arrive. La standardiste est au téléphone. Je lui fais des grands signes essoufflés à base de "...réunion ... en retard... LET ME IN."

Elle raccroche, me sourit, et m'annonce patiemment que "C'est à côté". Comprendre : LE PUTAIN DE BATIMENT D’À COTÉ. 

A l'intérieur, je me décompose comme un zombie corporate.
Je cavale jusque dans la prochaine étape labyrinthique de mon périple. 

Aucun accueil. Je zigzague entre les gens. Je comprends qu'on m'a indiqué la mauvaise salle.
Je finis par trouver mon graal. 

J'ai une demi heure de retard. Je titube, le feu aux joues, jusqu'à me trouver une place. 
Plus tard ma boss rira de bon coeur en disant "mais qu'est-ce que tu faisais à Choisy-Le-Roi, t'étais chez un de tes petits copains ?"

J'ai failli lui répondre que non, j'ai le chic pour sortir avec des mecs qui vivent encore chez leurs parents (et bizarrement, pas seulement ceux qui sont en âge de passer le bac aujourd'hui) et puis je me suis dit que j'allais juste rire en tentant de paraître crédible et de lâcher un "Oh la la, j'aurais préféré !"

Il était 11 heures du matin, j'étais déjà au bout de ma vie et la journée ne faisait que commencer.

mardi 30 mai 2017

Simply being alive has been rough



Je frémis en la voyant aligner les lignes et réciter à voix haute "oh et puis on va vérifier ça et puis ça aussi."
Je pâlis, beaucoup, mais je suis déjà translucide, alors j'imagine que ça se voit pas tant.
Elle me regarde avec un grand sourire, comme si écrire des ordonnances était sa plus grande passion, et me dit "Il y a autre chose que vous voudriez ajouter aux analyses ?"
J'écarquille les yeux et me demande si elle me confond avec une de ses patientes qui aurait fait médecine. Devant mon mutisme, elle ajoute : "Comme... la sérologie, par exemple ?"

"Oh. Oh bah. Oh bah oui. C'est pas co... C'est pas mal comme idée."
Elle voit mon regard vague et mon sourire contrit, je sens que je vais me faire cuisiner sur ma vie sexuelle à notre prochain rendez-vous.

Je sors en la remerciant. Je lutte entre bouffée d'angoisse à l'idée de la prise de sang et soulagement d'être enfin au pied du mur pour aller faire ce putain de test.

Faut dire que je n'ai pas été aidée par la vie : à chaque fois que j'avais attendu assez longtemps pour que le test soit fiable, un autre irresponsable me faisait prendre des risques à l'insu de mon plein gré et on repartait pour 2 à 3 mois d'attente avant de passer sous l'aiguille.

J'entre dans la première pharmacie que je croise pour aller chercher les anti-dépresseurs pour lesquels je dois justement faire cette prise de sang en premier lieu.

La fille à la caisse me regarde de travers puis tousse et va attraper sa chef par le coude. Elle lui montre l'écran. La chef se saisit discrètement de ma carte vitale et la met hors de portée avant de me lancer d'un ton dédaigneux : "Vous l'avez perdue votre carte ?" J'ai envie de lui répondre que Non, à l'évidence. Mais je dois juste sortir un "Bah non", avec ma verve habituelle quand il s'agit de discourir avec des inconnus. 

"Parce qu'elle est sur la liste d'opposition là." 
"Ah bah je sais pas quoi vous dire."
"Bah vous allez devoir payer."
"Bah oui."
"Bah ça fera 7€"
"Bah voilà."

Les deux sont étonnées que je sorte l'argent sans discuter, du coup elles me filent quand même une feuille de soin. Je sors dans la rue en me disant que je suis pas aidée, quand même. 

24h d'angoisse plus tard, je me réveille et titube jusqu'au Labo, parce que j'ai pas mangé depuis 15h.
Là-bas, j'entre sans qu'on me salue, je prends un ticket et vais m'asseoir. L'attente est longue, je semble invisible. Dans ces moments là, ma conscience s'impose à moi. En l'occurrence, la question qui me frappe de plein fouet c'est "Comment t'en es arrivée là ?"

Et les images défilent.

Le malotru qui ne m'a pas signalé le problème technique rencontré avec le préservatif.
Celui qui m'a violée.
Et, enfin, celui qui a décidé unilatéralement de pas en mettre.

Trois prises de risque. Une prise de sang. 6 tubes à essai. 
La réminiscence de cette infirmière bazooka, dans ma prime jeunesse, qui m'a défoncé le bras et traumatisée à vie.

L'infirmière d'aujourd'hui me reçoit, me questionne. Elle est sympa d'abord, puis je lui explique qu'on veut vérifier que mes reins vont bien avant de commencer le traitement. Au mot "anti-dépresseurs" son visage se ferme, son air se durcit et elle devient plus brusque. 
Je la préviens que je suis chiante et que je préfère qu'on me pique dans la main. Hashtag trauma.
Elle me dit que c'est la meilleure façon pour qu'elle me rate et là je comprends qu'on n'est plus copines.

Elle me rate en effet deux fois avant de laisser tomber et d'appeler une collègue. 
Une infirmière plus âgée, au visage apaisant et rieur entre alors. On s'explique et elle me dit "la prochaine fois dites à l'accueil que vous êtes difficile, hein, ils vous enverront quelqu'un comme moi".
Je sais plus trop quoi dire. Elle me fait le garrot, positionne ma main.... et c'est fini en un clin d'oeil. 
Je n'ai rien senti ou presque.
Je pourrais l'embrasser et lui sortir tout le bien que je pense des infirmières mais elle me houspille dehors.

Je zigzague jusqu'à l'appartement, m'écroule sur le canapé. Molly Brown vient renifler les odeurs de désinfectant sur ma main et s'apprête à me nettoyer. Je la blottis contre moi et je lance une série quelconque en attendant de retrouver des forces.

2h après je reçois un mail : vos analyses sont disponibles.

Je fais défiler les résultats. J'ai rarement eu un carnet de note aussi brillant. A part la vitesse de sédimentation : je checke vite fait ce que ça veut dire sur Doctissimo (Tumeur, Cancer, Diabète, Peste Bubonique) puis me ravise et vais sur PasseportSanté (Infection légère, Anémie, grossesse)

J'annonce le résultat aux copines, qui se mettent à choisir le prénom de mes jumeaux (parce que deux, c'est mieux, et qu'au pire si c'est une tumeur, je pourrais la baptiser aussi), je regarde la boîte de médocs qui me nargue, je vérifie une dernière fois l'ultime ligne :

"VIH : négatif."

mardi 16 mai 2017

Let it rain till it's pouring



J'ai pas envie que ce soit l'été.
Les deux derniers ont été cuisants, dans les deux sens du terme.
En tant que sans-dents, je ne prends pas mes vacances en même temps que tout le monde. Du coup je fais partie de ces parisiens qui se disent "chouette, je vais profiter de la ville !" et qui se retrouvent le nez devant des successions de rideaux baissés.
Alors je rejoins la horde de zombie préposés à maintenir un minimum d'activité dans notre corporation. 
L'année dernière mes tentatives de socialisation ont été très très vaines de ce côté là. 
Alors je scrolle les photos de vacances des autres en me disant que l'ordinateur va sûrement imploser de surchauffe.
Dans l'idéal, cet été, j'aimerais lire. Beaucoup. Et peut-être retrouver l'inspiration perdue il y a 7 ans, quand j'ai commencé à travailler. 
Ca me frappe quand je vois les fichiers laissés pour mort sur ma clef usb "dernière modification : 2010". 
Depuis cet été là, beaucoup de choses ont changées. Je suis devenue une grande fille émotionnellement – déjà, je ne tombe plus amoureuse. Et ça change tout. 
Les gens de ma vie, eux, datent pour la plupart d'avant, et pensent que je suis toujours la jouvencelle naïve qui tombait amoureuse comme elle tombait de vélo (copyright), mais j'ai beau chercher, je ne trouve plus aucune ressource de ce côté là, à l'intérieur.
Non pas qu'il faudrait.
Oh non.
Ce n'est clairement pas le moment. Ce n'est clairement pas l'endroit. Et les derniers garçons de ma vie ont tous un défaut rédhibitoire.
Celui qui est quasiment marié m'a envoyé le texto le plus romantique jamais reçu.
J'ai poussé un cri de frustration mêlé à de la joie, de la surprise et de la colère, en l'ouvrant. C'était inédit.  
J'avais envie de lui répondre "tu n'as pas le droit de penser à moi !" et "Oh la la mais ça ne va pas de penser à moi ?" et encore "Je suis on ne peut plus touchée que tu penses à moi", oui, les trois en même temps.
A la place, j'envoie quelque chose de très cynique, quelques heures après.
Moi qui dit toujours ce que je pense et qui dégaine mes reparties plus vite que mon ombre.
Danger, danger
C'est le mauvais candidat pour une éventuelle création de poste "relation longue durée" dans la start-up Johnson INC, mais si je regarde la vérité en face : c'est le seul candidat crédible qui m'ait jamais montré de l'intérêt.
J'ai pas envie que ce soit l'été.
De vivre la nuit. 
De boire sur les quais du mauvais vin, en ayant mal aux fesses et pas de toilettes à l'horizon. 
De hanter mon cimetière plein de touristes qui osent me poser des questions malgré mon tirage de gueule en mode "Beware of the queen bitch".
J'ai pas envie que ce soit l'été parce que d'habitude il atteint son apogée avec Rock en Seine, et que cette année, rien ne me dit. C'est peut-être parce que l'année dernière ça a coïncidé avec la plus grande CATastrophe de ma vie.

J'ai pas envie que ce soit l'été, de sentir la solitude s'immiscer, parce que d'un coup, je ne serai plus entourée par ma simili famille. De voir les amies éparpillées et d'être livrée à moi même.
Soumise à mes tentations. Des plus roses aux plus noires.

J'ai pas envie que ce soit l'été.



I've spent all summer days driving
I'm tired of holidays ruined
No more take-away's, expired food
I need a real day
Time runs faster when you're loaded
Bright lights blind me all weak
Living in the city, I'm a high-speed drill
I need a full day diving
Tons of heavyweight food
Roosters from the sister islands too
I'd better get working
I'm bored with all that brainwashing
Let's break all separate rooms
Changing's no fun if you don't want to

mardi 9 mai 2017

Yellow lorry slow, nowhere to go




"C'est bientôt votre tour, vous êtes 3e sur la liste"

Je hoche la tête, mais je suis au téléphone. Alors je sors un "oh, bon, bah, merci, hein, bonnejournéeaurevoir".

Certaines personnes sont couvertes de cicatrices. C'était le cas de MySorryEverAfter. Hiver comme été, il passait ses jours et ses nuits très peu couvert, et ce généralement dans mon lit. Notre relation avait beau être des plus platoniques, nous étions toujours peau contre peau. Et comme il dormait plus que moi, je passais de longues heures à le détailler. 
Il faisait partie de ces casse-cou à l'épiderme en dégradé de rose. Incise rouge vif datant du week-end dernier. Ovale blanc pâle d'une égratignure d'enfant. 
Quand il se réveillait, parfois, il daignait répondre à mes questions. Alors il me racontait leur histoire et ça se terminait souvent par "et mon père m'a recousu sans anesthésie sur la table de la cuisine."

Je me suis alors fait la réflexion que mes blessures à moi étaient injustes. Que mes cicatrices à moi étaient partout à l'intérieur. Hors de portée.
Personne n'irait me demander leur histoire. Personne ne les verrait jamais.
Etait-ce une chance, au fond ? Au moins, mon aspect extérieur porte un semblant de normalité. La plupart des gens superficiels ne s'arrêtent pas sur mon passage si je garde le silence.

Le souci, c'est que les séquelles se voient quand même. Je me trahis toute seule.
Quand j'ai le réflexe de me protéger dès que quelqu'un a un geste brusque. Quand j'hyperventile quand on s'approche trop près de moi. Quand je ne peux pas soutenir le regard de quelqu'un. Quand les nerfs lâchent quand on hausse la voix. 

Alors à un moment, j'ai arrêté de les cacher. De m'excuser de ces réactions. On a si peu d'énergie, pourquoi en perdre pour dissimuler les choses ? 
J'ai commencé à me livrer dans la vie comme sur ce blog. A expliquer pourquoi.
Pourquoi il me faut 3 jours de récupération après toute une soirée à devoir parler à des étrangers dans un contexte professionnel.
Pourquoi l'irritabilité et les sautes d'humeur. 
Pourquoi ça m'insupporte qu'on m'appelle stressée, déprimée et asociale. 
Pourquoi il vaut mieux dire "anxiété", "dépression" et "introversion". 

J'ai vécu des événements extrêmement traumatisants. J'ai survécu. Mais comme quelqu'un après un accident, je n'en suis pas sortie indemne. Alors ça s'est ajouté à certaines tendances naturelles, oui. Je suis le résultat de tout ça. Et c'est peut-être pas joli à voir, mais c'est comme ça.
Pour vous faire un tableau : imaginez qu'à l'intérieur de moi, ça ressemble au visage de Ribéry.

Et imaginez qu'autour, toute la journée, des gens - pas tous, mais la majorité - me lancent des variations de "Mais veux-tu bien cacher toute cette souffrance, impudente !"

Auxquelles je réponds pas, souvent, parce qu'ils m'ont déjà coupé la parole pour m'asséner leurs vérités. Mais après lesquelles je pense : "Nope."

Je n'ai jamais enterré les problèmes, je les ai toujours exposés. Je n'ai jamais caché la vérité, même quand ça m'a coûté. Je ne peux décemment pas être Happy Shiny Johnson H24, parce que oui, je porte en moi des troubles sociaux, une hypersensibilité et des traumas dont les déclencheurs sont partout et donc inévitables. 
Mieux : je ne veux pas l'être.

Je veux que ça arrête d'être inacceptable. Je veux que les gens malheureux arrêtent d'être traités en pestiférés. Personne ne veut être malheureux. Et ce n'est certainement pas en niant un malêtre que vous allez aider quelqu'un à aller mieux. Et qui vous demande d'aider ? Non. Contentez-vous de ne pas faire empirer les choses. De respecter la personne dans son entièreté, avec ses zones d'ombres, et pas seulement les aspects qui vous paraissent "socialement acceptables".

Il y a des professionnels pour aider les petites âmes noires, ceux qui se trimballent leur nuage gris en permanence au-dessus de la tête. Des professionnels qui vous mettent sur liste d'attente pendant des mois. Jusqu'à ce qu'un jour on vous dise "C'est bientôt votre tour, vous êtes 3e sur la liste".



mardi 25 avril 2017

Your mom says I'm a bad boy



Ca casse les couilles franchement.
De prendre toujours les "bonnes" décisions, je veux dire.

De pas se vautrer dans la torpeur d'un corps chaud en se disant "rien à foutre qu'il me respecte pas, je suis trop bien là" parce qu'on sait que c'est mal

De pas se lancer dans un truc qui pourrait être formidable parce que le mec est déjà pris, et que c'est mal. 

De pas rappeler son dernier plan cul, même si c'est le printemps et que c'était plutôt sympa avec lui en fait, parce que c'est MAL.



Ca casse les couilles de voter dans le seul but de mettre une branlée au FN.

Ca fait grave chier d'aller chez cette psy qui a tellement de dossiers qu'elle pense que je suis prof et en thérapie depuis 8 ans. 

C'est comme la vulgarité, franchement ça me troue le cul.

Si j'avais fait tous les mauvais choix, j'aurais un mec, des best sellers putassiers, des copines pour combler tous les soirs de ma semaine – et sûrement une condamnation pour meurtre sur le dos, mais c'est une autre histoire. 

Mais comme dirait Elphaba, "no good deed goes unpunished"

Du coup je me retrouve seule comme une conne avec ma conscience qui me tapote la tête en me susurrant "Good girl".

Parfois, c'est être moi-même qui me casse les couilles.



mardi 21 mars 2017

There must be something in the water



Si je me concentre assez fort, je peux retourner à ce moment très précis du mois d'août, cette année-là.
J'étais allongée sur un tapis douteux, sous une tente gigantesque, entourée de gens stone ou en tout cas léthargiques. Les 40° degrés de la canicule Budapestoise me plaquaient fermement au sol comme une couverture de plomb. Les basses lointaines me rappelaient pourquoi j'étais là. 
Il y a eu un avant et un après ce moment suspendu. 
Tout a changé pour moi cet été-là. 

Celui où je me suis lâchée. Où j'ai arrêté d'être mon propre ennemi.

Bien sûr, j'étais loin de me douter ce qui allait m'arriver en rentrant. Le sort allait m'aider à mettre à bas l'esquisse d'édifice que la moi d'avant avait construit avec méticulosité.

Je ne sais pas trop pourquoi j'ai de l'ambition et de quand elle date. 
Je n'ai jamais voulu réussir pour en mettre plein les yeux des autres, déjà j'ai peu "d'autres" qui me suivent assez longtemps pour voir une quelconque progression dans ma vie et puis le reste s'en foutent assez pour devenir des amis proches, qui ne s'arrêtent pas à des "détails" comme, par exemple... un statut social. 

Le fait est qu'il y a trois ans, j'ai atteint en théorie ce que je pensais être mon but ultime.
Je pensais dédier ma vie à mon travail, dédier ma carrière à devenir éditrice in charge et dédier mon poste d'éditrice à faire des livres sincères qui pourraient peut-être aider un ado ou deux en tombant dans leurs mains.

Léguer à des inconnus ce que j'aurais aimé recevoir, à leur place. Leur éviter tout un tas d'embûches, pour pas les avoir vécues pour rien. 

Alors voilà. Je suis à ça de mon 29ème anniversaire. Trop vieille pour être une rockstar morte, trop jeune pour être un vieux sage respecté.
Trop seule pour être épanouie, trop accompagnée pour être désespérée. 
Trop quelconque pour que tout me tombe tout cuit dans la bouche.
Trop singulière pour que ma vie soit facile. 
Trop anxieuse pour notre monde moderne. Trop visionnaire pour le présent. 

J'ai fait un mauvais calcul. J'ai sûrement pas assez cru en ma réussite. Tout le monde a passé son temps à me répéter qu'il fallait revoir mes ambitions à la baisse et pourtant, voilà, j'ai réussi.

C'est censé être bien. Positif. Réussir.

Mais non. 
Faire de ma passion mon métier a éteint en moi la flamme qui m'animait : lire et écrire. 
Je ne fais plus jamais ça pour le plaisir. 

Alors qu'est-ce que je fais, moi qui n'ai jamais eu d'autre passion ? 
Je regarde dans le vide, je bois et je drague. Suivant l'énergie à ma disposition. 
Ce sont des passe-temps qui vont s'éteindre aussi vite que ma jeunesse.

Je réfléchis à quoi faire à la prochaine étape. Quel but me donner. Dans quoi engouffrer ma force d'action ? Ma détermination ?

Je n'ai envie de rien - de personne. 
J'ai envie qu'on me foute la paix et de ne sortir que pour voir de jolies choses, qui le méritent vraiment. 

Ca tombe bien, c'est le printemps. 

Alors oui, dans 6 mois, je serai maraîchère ou étudiante, défenseur des animaux ou vendue dans une société du CAC40. Au ministère de la culture ou bien morte. Qu'est-ce que j'en sais ?

Personne n'est trop inspiré quand je leur pose la question. C'est ça, de s'être toujours définie par sa profession. C'est ça la monomanie faite Johnson. 

Pourtant, plus que jamais, j'aurais terriblement besoin qu'on me dise qui je suis.

mardi 28 février 2017

[Franxit - Part 4] No more gazing across the wasted years


[Open up your mind, let your fantasies unwind]

Je vous ai menti. Je vous ai dit que j'étais partie en solo dans cette traversée de la Manche en Eurostar, mais en fait, une nouvelle amie prénommée Doris m'a grave entourée pendant tout mon séjour.

Doris, c'est une tempête lambda qui s'est transformée en harpie : "Storm Doris underwent explosive cyclogenesis labelling it a weather bomb." (c'est la météo officielle du UK qui le dit pas moi). Les rafales sont allées jusqu'à 150km/h, j'avais pas vécu ça depuis l'hiver 99. 
Et, si vous connaissez Crazy Ex Girlfriend, vous l'aurez sans doute deviné, j'ai eu cette chanson dans la tête pendant 3 jours :


[Si vous ne regardez pas cette série, c'est que vous avez sans doute accepté de passer à côté du bonheur dans votre vie, et c'est votre choix et je le respecte, mais je vous juge quand même un peu.]


En ce matin du 23 février, j'ai commencé par presque mourir. Alors oui, j'ai un deathwish et je suis très très sensible à l'appel du vide et dépressive et tout ce que vous voulez, mais ça ne m'expliquera jamais pourquoi je suis restée comme deux ronds de flan, sous un arbre vacillant en me disant "il fait un drôle de bruit, mais c'est joliiii".
2 minutes après, une branche d'un fort beau gabarit tombait à 15 centimètres de mon épaule gauche et j'ai eu un rire nerveux assez vrombissant fort heureusement couvert par une autre rafale de ma pote Doris. 


Je me suis remise en route pour aller visiter la maison de Charles Dickens, héros de la nation, l'équivalent de notre Zola. Gamin, son père a été jeté en prison pour dette (ce qui a inspiré La Petite Dorrit) ce qui l'a obligé à travailler à 10 ans dans une usine. Cet épisode ne sera connu du grand public que 2 ans après sa mort. Adoubé par Victoria, par la critique et par le grand public, il est mort dans le luxe tout en se battant pour le droit d'auteur (notamment aux US, qui, à l'époque, traduisaient les oeuvres sans rien reverser à l'écrivain). Bref, un bonhomme très intéressant, à la vie pas forcément facile (il a eu une trouzaine d'enfants, mais la moitié sont morts très jeunes, rendant dépressive sa femme dont il se sépara, se fendant d'une lettre publique pour en informer les anglais). 



Cela m'a permis de visiter une demeure victorienne et d'avoir une bonne alternative à Downton Abbey question représentation de la vie quotidienne. Je vous avoue que quand j'ai lu que les enfants étaient gardés au grenier, avec le personnel de maison, et qu'ils ne devaient ni être vus ni être entendus, j'ai éclaté d'un rire sardonique. 



[A l'époque les cuisines étaient équipées de hérissons qui combattaient la vermine, et je trouve ça trop chouette]



[En vrai, quand ils devenaient ado, ils avaient des chambres, comme ici celle de la belle-sœur de Charles, morte à 17 ans. Son décès enclenchera une remise en question totale des valeurs de l'écrivain et donnera plus de profondeur à ses écrits]


Ce qui me rend Dickens particulièrement sympathique, c'est son choix original d'animal de compagnie. Il a recueilli un corbeau (mon rêve de petite fille) et lui a appris des tours, des imitations et quand il est mort, l'a fait empailler. C'est lui qui a inspiré The Raven d'Edgar Allan Poe. 

C'était la dernière occasion que j'avais pour me ramener un souvenir et je me suis jetée sur un livre qui m'a paru une évidence dans la petite boutique du rez-de-chaussée.

Molly Maine Coon dite "Molly Pleine de Grâce" vous présente, en rechignant à peine, l'essai de Matthew Beaumont pré et post facé par Will "I wanna be you" Self sur les errances nocturnes dans Londres. ÉVIDENCE J’ÉCRIS TON NOM. 


Après avoir enfourné mon livre souvenir dans ma valise et affronté Doris une dernière fois, il était l'heure pour moi d'aller parcourir de bout en bout Her Majesty's Theater.  
Pour 1) me faire fouiller moi et ma valise en entier (mais par un gentleman qui m'offrira le ticket pour le vestiaire pour le coup), 2) retirer mon billet en essayant de faire comprendre mon nom en anglais (c'est toujours une grande victoire pour moi et la personne au guichet quand on arrive enfin à me retrouver), 3) me refaire fouiller avant d'aller déposer la valise au vestiaire qui est dans les bas-fonds du théâtre, 4) remonter, ressortir (parce que j'ai une place de pauvre et qu'à Londres les pauvres entrent par une porte qui donne dehors), 5) me refaire fouiller à l'entrée des sans-le-sou, 6) monter 5 étages et 7) m'asseoir et respirer entre l'éclairagiste et le balcon le plus haut. Tout ça pour LUI :  


Le Fantôme et moi avons une longue, longue, longue relation que j'ai mentionnée ici, ici et surtout ici. C'est tout à la fois une fascination littéraire, un coup de cœur musical et une figure rassurante (si) qui me sert d'alter ego dans les moments les plus sombres de ma vie. Non, je ne lui parle pas à voix haute mais oui, je le salue brièvement dès que je passe près de l'opéra Garnier. 

Concernant la comédie musicale, ne vous fiez pas au film, assez raté. Prenez vos billets même si vous ne maîtrisez pas totalement l'anglais, c'est avant tout histoire d'ambiance, de décor et de lustres.

Si j'aime autant les comédies musicales, c'est qu'elles sont le piédestal des opprimés et des honnis. De la lie de la société propre sur elle qui fait bien gaffe aux apparences. Elphaba, Quasimodo, Valjean, Le Phantom, tous sont rejetés par la société. La plupart pour leur différence.
J'aime le fait que les gens se pressent depuis 30 ans pour assister à leurs histoires et que celles-ci puissent peut-être changer quelque chose à leurs actions. Je dis bien peut-être
Qu'elles permettent aux gens "comme tout le monde" d'envisager d'une autre manière les gens "différents".

Le revoir était nécessaire après la frustration intense de la rentrée où je crapahutais dans les coulisses de Mogador pour ce qui aurait dû être un article pour Vampirisme.com et que je ressentais un bonheur intense pour la première fois depuis la mort de mon chat noir. J'ai rencontré l'orchestre, les habilleuses et même celui qui aurait dû être le Fantôme et paf le chien, incendie à Mogador. 
Ce qui est toutefois logique, parce qu'on ne vient pas rire impunément au nez (enfin ce qu'il en reste) et à la barbe du Phantom à 2 rues de son habitat naturel. 

Pour les connaisseurs il y a deux grandes écoles pour interpréter le Phantom, la première, en mode Joker psychopathe (à la Hugh Panaro, king of Broadway) et la seconde en mode "petite chose émouvante et aimant à pitié qui vous fait chialer votre race" (checkez par exemple la version avec John Owen-Jones)(je te vois couiner Mel G.) et puis il y a la version mitigée cochon d'inde assez géniale de Ramin Karimloo (qui a été figée pour l'éternité sur le DVD du concert du 25e anniversaire au Royal Albert Hall). Ben Forster, mon Phantom du jour, a choisi la première catégorie, et c'est assez rafraîchissant. Beaucoup de fans ont tendance à trouver toutes les excuses du monde à ce maniaque au nom du romantisme. Non, la société l'a rendu fou et il est désormais perdu pour toujours, laissez-le tranquille et surtout arrêtez d'entrer dans son délire : c'est pas en enlevant de jeunes jouvencelles et en les forçant à vivre dans une grotte humide qu'un exclu défiguré trouvera enfin l'amour, BORDEL. 

J'aime le fantôme de tout mon petit cœur démoniaque, mais je ne lui souhaite pas ce genre de happy end pour autant. 

Je suis allée récupérer ma valise le cœur battant. Prendre la Picadilly Line une dernière fois pour arriver dans un Saint Pancras déserté. Doris a fait annuler tous les trains sauf le mien, elle est sympa Doris. Bon, elle a tué une jeune fille de 29 ans de... Birmingham de la même façon que j'aurais pu mourir quelques heures plus tôt, mais après elle s'est calmée. 

J'ai pris ce train me ramenant vers "la maison" en pensant que, décidément, home is where the feels are.


lundi 27 février 2017

[Franxit - part 3] Keeping watch in the night


[Never do anything by halves if you want to get away with it. Be outrageous. Go the whole hog. Make sure everything you do is so completely crazy it’s unbelievable. - Matilda, Roald Dahl.] 

Je me suis dirigée vers Shaftsbury comme on va à un rendez-vous d'affaires. Depuis mon arrivée, j'ai remarqué que les londoniens étaient plus maussades que d'habitude, plus pressés, plus bousculés, plus le nez dans leurs smartphones - et pourtant je suis parisienne. Je ne sais pas si c'est le Brexit ou la météo (on y reviendra, vous dis-je !), mais ils étaient moins happy shiny que d'habitude. C'est pas grave, je me suis d'autant plus fondue dans la masse. 

C'était enfin l'heure des Miz et de ses fauteuils super inconfortables et de son public insupportable, mangeur de bonbons et incapables d'éteindre leurs portables. C'est moins n'importe quoi qu'à Broadway mais putain dans un théâtre en France, je leur donne pas 5 minutes avant d'être incendiés (littéralement). Assise à côté d'une gamine qui n'en a rien à foutre et qui est là parce que môman voulait se faire plaisir mais pas la faire garder, je me prends à rêver d'un monde où je serai dictatrice et où j'imposerai des séances pop-corn free et enfants-free dans tous les lieux culturels du monde. 

Première surprise, c'est un festival d'understudy (les doublures des rôles-titres) et moi, j'aime bien. Parce que généralement t'as une énergie d'outsider déployée qui est pas évidente quand tu vas voir un show en matinée. Bref, Adam Bayjou en Valjean vaut vraiment le déplacement. 

Comme je n'ai pas beaucoup de budget et que Londres est quand même chère-sa-race, je me suis booké Matilda en soirée. Une comédie musicale adaptée du livre de Roal Dahl qui raconte l'histoire d'une petite fille honnie par sa famille parce que 1) elle est d'une précocité rare et a lu toute la littérature anglaise à 5 ans et 2) ils auraient voulu un garçon. Bon. Ai-je besoin de préciser que quand j'ai lu le roman pour la première fois je me suis grave identifiée et j'attendais avec impatience que MA Miss Honey/Mademoiselle Candy vienne me sauver de ma sordide ville de naissance ?

Vous allez me dire que je cherche la merde : je viens de décrier la présence de gamins dans des spectacles à 60€ la place qui ruinent l'expérience avec leurs gigotages, leurs interventions intempestives et leurs "Mooommy what does 'newt' meaaans?" et je vais voir un musical destiné aux 6 ans et + où se rendent masse de scolaires. Oui, je ne suis pas à une contradiction près. Les critiques étaient tellement bonnes et l'occasion tellement rêvée que j'ai quand même pris mes billets. Alors, clairement, c'est assez fantastique, mais pas assez old school pour moi. Trop d'effets spéciaux un peu gratuits, trop de divagations "juste pour rajouter des numéros de danse". Je pense qu'une adaptation non-musicale aurait suffi. Maintenant, c'est ouf de voir une gamine de 9 ans tenir la scène de bout en bout pendant 2h30 et rien que pour ça, c'est à voir (même si, dans le même genre, autant opter pour Billy Elliott). J'ai donc décidé de renouer avec l'enfant que j'étais et de m'offrir un breakfast-for-dinner avec des Red Velvet Pancakes qui étaient à se damner.


En sortant de Matilda, je fuis la foule et tente de m'extirper de l'agitation du West End quand la voix de Marc lovelyone Bolan me stoppe. Elle vient d'un bar à cocktail où T-Rex est joué à fond les ballons (je crois qu'au UK ils ont définitivement pas les mêmes régulations en terme de décibels). 
Petit moment suspendu avant que la nuit m'engouffre.

La nuit à Londres, il y a beaucoup de ruelles mal éclairées, mais je ne me suis jamais sentie menacée. Je ne me suis jamais perdue non plus, ce qui, quand on me connait, tient du miracle. 
Je peux marcher des kilomètres la nuit, avec ma vision floue qui adoucit les rebords des choses. Il y a moins de gens, moins de bus géants, moins de bruit. 
J'aime saluer le British Museum d'un hochement de la tête, comme un vieil ami immuable. 
Mon wi-fi se connecte toujours automatiquement quand je passe devant lui, si ça c'est pas une preuve d'amitié... 
Je rejoins ma chambre pour une dernière nuit, pas sans avoir goûté un Peppermint Tea qui m'a donné un tel coup de fouet que j'ai fini ma valise, une grande partie de mes lectures et de ma correspondance avant de me jeter épuisée dans la quête du sommeil. 
Je sais que ma santé mentale n'aurait sans doute pas survécu à deux jours de plus, seule avec moi-même. Demain serait déjà le dernier jour, mais le soir, j'allais retrouver mon centre de gravité félin qui n'a de cesse de tenter de me convaincre que la vie c'est chouette et qu'il faut lui dire "Ooooouiiiii !!!" (J'ai le plus extraverti des chats, goddamnit).

Il me restait une journée à rendre extraordinaire lors de ce voyage. Et ç'allait être celle de Dickens, de rencontres fortuites douces-amères et de mes retrouvailles avec mon alter ego de toujours, mon bien-aimé Phantom. Stay tuned!

dimanche 26 février 2017

[Franxit - part 2] Until the earth is free



"Until the earth is free". Les 5 mots les plus tragiques de tout le West End (ex aequo avec "It's over now the music of the night", mais ça fait 9). 
Ils appartiennent à la comédie musicale Les Misérables adaptée de la version française (avec Michel Sardou en Enjolras, si si) et adoptée depuis 30 ans par la scène londonienne (et celle de Broadway). 

J'ai une fascination pour Victor Hugo et la transcendance de ses écrits. J'ai lu Les Misérables à 12 ans, après Notre-Dame de Paris. Je pensais que toute la littérature française serait aussi bien. Aussi haute en couleurs, avec des personnages aussi divers : des pauvres, des riches, des moches, des beaux, des très méchants et des Jean Valjean. Et je me suis bientôt rendu compte que non. 
Depuis Hugo, plus personne ne raconte vraiment des histoires, à part dans les romans de genre ou young adult. La littérature, ce ne sont plus des histoires, tout juste des miroirs, ou des carcans de gammes littéraires.

Je n'ai jamais été snob. Et j'ai regardé l'adaptation de Josée Dayan avec autant de gourmandise que j'ai découvert qu'il existait cette version mise en musique où, plus que jamais, le personnage de Javert devenait iconique avec deux solos de toute beauté.

Bref, avant de me rendre au Queen's Theater pour voir Les Miz, j'avais une matinée de libre pour vagabonder.
Plus je vais à Londres, plus je prends la conf' et plus je m'éloigne du centre-ville pour crapahuter dans la presque-campagne anglaise.
Après des escapades à Cambridge, puis Oxford (où j'ai rencontré l'amour de ma vie qui y vendait des scones et qui n'était ni Yannis Philippakis, ni Jack Bevan), j'ai bien failli me retrouver à Birmingham, même si c'était pas du tout fait exprès.
Je me suis juste assise dans le mauvais train, mais j'avais la meilleure excuse du monde : j'étais toute endormie de m'être levée très tôt pour enjoyer le meilleur english breakfast dans la meilleure porcelaine.

Yes I did.

Donc moi, à la base, je voulais tâter du cimetière et finir ma tournée des magnificent seven encore en activité. C'est pour ça qu'en gare de Euston, j'ai bien failli me gourer et planter tout mon itinéraire d'un coup d'un seul. Heureusement, au dernier moment, j'ai filé dans le bon train Overground pour l'ouest, et je me suis retrouvée à Kensal Green. 
Un cimetière style protestant qui m'a attiré car il a été inspiré par le Père-Lachaise, à sa fondation. Et euh... bon. Oui mais non. Enfin c'est pas que... mais c'est pas ça non plus.






















(Est-ce que quelqu'un peut me dire ce que sont ces deux trucs circulaires et omniprésents, ci-dessus siouplait ?)






C'était chouette hein, je dis pas. Mais ça ressemblait vachement plus à un cimetière américain qui aurait fait un enfant dans le dos au cimetière juif de Prague, mais bon. 

A un moment, le vent (et on y reviendra) a fait sonner une cloche, comme dans les cimetières Japonais. Je me suis arrêtée par réflexe, parce que le tintement a continué bien après que la rafale soit passée. J'ai fini par regarder par terre, et il y avait tout un tas de jolies fleurs violettes que j'aurais pu écraser si je n'avais pas été alertée.


Le temps était typique des séries fantastiques de mon enfance (Eerie Indiana, Chair de Poule, Fais-moi peur) et j'étais seule, mais alors seule, avec seulement quelques mecs de chantier qui n'en avaient rien à carrer mais alors rien à carrer de la petite touriste.
Du coup pour l'introvertie en vacances, c'était 10/10. 










[Si quelqu'un est intéressé qu'il parle maintenant ou se taise à jamais]

Je suis rentrée ivre de photos et de vent violent (on y reviendra, je vous dis), je me suis rassise dans mon overground, j'ai écouté le dernier album de The Orwells (qui est fantastique) et j'ai débarqué un peu dizzy à Euston. 
Bien décidée à déjeuner d'un thé et d'air pur dans MA chambre de poupée d'hôtel, j'ai pris le chemin des écoliers et croisé un ami :


Et des écriteaux littérairement adéquats :


Assise sur mon lit très haut de princesse pleine de dignité, j'ai dégainé le deuxième livre emporté dans ma valise. Retourner à la mer de Raphaël Haroche. Un nouvel auteur Gallimard dont vous avez sans doute entendu parler dans ma vie depuis 11 ans puisque fut un temps j'animais un forum le concernant. Un lieu où j'ai rencontré plein de petites soeurs qui valent vraiment le coup. Même si je ne suis plus la carrière musicale du monsieur que de loin en loin, j'ai été réconciliée avec lui lors de la mort de Bowie quand il a rendu hommage à son Modern Love (évidemment). Je ne pouvais que me jeter sur sa première publication, malgré tous les a priori professionnels concernant cette collection mythique et pourtant éditée avec les pieds (c'est à dire, pour certains titres : pas édités du tout, juste "corrigés"). 
Je me suis pris une mini claque, une claquounette si vous préférez, car mes a prioris sont partis loin loin dans le quartier Saint Pancras, et je me suis passionnée pour cette archéologie des sentiments. J'ai retrouvé la sensibilité du jeune homme que Raphaël fut et son regard si particulier, à la fois glauque et enfantin sur l'Humanité. Je me suis retrouvée dans les pensées maussades qu'évoquent des passants, sur les conséquences qu'ont nos actions sur les vies d'autrui et des pensées polluantes qu'elles peuvent entraîner. Bref, j'ai passé un très bon moment. Court et intense, avec le bémol de la première nouvelle qui n'aurait pas dû ouvrir l'ouvrage, mais, hey, c'pas moi qui l'ait édité ! ¯\_(ツ)_/¯  

Dans la prochaine note, vous aurez le droit à mon après-midi et ma soirée, avec beaucoup d'enfance à l'intérieur. Can't wait!