lundi 18 septembre 2017

This machine is going wrong



Est-ce que le monde se délite au rythme où les arbres dans l'allée d'Oscar sont coupés ? C'est une théorie valable, dans ma cosmogonie. 
La rébellion de leurs racines a soulevé un morceau de trottoir juste assez haut pour qu'une fois mes fesses posées, mes genoux me servent d'écritoire.
La playlist est Tom McRae.
J'ai bien tenté de lancer celle intitulée "Party" mais je serai toujours une emo @ heart.
Tom m'a sauvé la mise cette semaine. Un jour où je me suis particulièrement sentie insignifiante, Tom m'a fait toucher le fond pour m'en déloger à coup d'éclats de rire.
Sur ma bonne vieille marche, à la Maro, j'ai resenti la présence d'un semblable pour la première fois depuis des lustres. Un type qui n'écrit que des chansons tristes sans aucune compromission à la pop. Une sorte de pré carré du désespoir habité par peu de gens au final.
Et tant mieux, parce qu'en général, on ne les aime pas. 

Les allers et venues sont incessantes devant moi.
En arrivant, j'ai combattu mon arch nemesis du cimetière : La Camion des Agents d'entretien ; garé juste là où je voulais me poser.
Après un duel visuel d'une minute trente, j'ai obtenu une victoire totale.
Le trottoir est à moi et à mon coccyx malmené par un été à vélib. 
Oscar est comme un animal de cirque désormais. Ou de zoo, derrière sa vitre ridicule, qui renvoie le reflet des flash et laisse un souvenir "mouais" aux touristes quand ils se repassent - s'ils se repassent - leurs clichés de vacances.
C'est grâce à Oscar et Dorian que j'entame une nouvelle vie, lundi [Aujourd'hui, du coup]. 
Il fallait que je vienne lui transmettre une dose d'hommage.

Si j'avais été un garçon, j'aurais ressemblé à Tom McRae.
J'ai raté ma carrière de singer-songwriter alcoolo-attachant. A la place je suis une femme à qui son genre amène plus d'emmerdes que de privilèges. Pas tout à fait épanouie intellectuellement. Qui n'a plus de passé et un avenir toujours aussi incertain.

Je profite du probable dernier ciel bleu de l'année dans l'endroit qui reste ma maison. Avec les restes terrestres de ceux qui sont devenus ma famille. C'est une chance que cet endroit existe et qu'il me soit si accessible.
Un sphynx sinistre derrière des gens en K-way qui posent. Ce n'est pas Oscar. Ce n'est pas parce que c'est écrit dessus que c'est lui. Mais ça reste son endroit principal à Paris. Alors mon univers tourne autour d'ici.

If words could kill, I'd spell out your name

J'ai encore eu une année mouvementée. Ca ne s'arrête jamais vraiment. Certains me plaignent de cette aura de chat noir que je semble me traîner. Aimant à désastres. D'autres lèvent les yeux au ciel en m'intimant d'être plus positive (ceux-là sont clairement des êtres insensibles passés à côté de moi).

Dose me up. I can still see the ground.

Ça fait trois fois que Vampire Heart passe, ça signifie sûrement que je devrais bouger. 
On m'amènerait un oreiller, mon chat et une couette, je ne partirais sûrement jamais, mais il faut accepter de faire partie du monde des vivants. Avec toutes les irritations que cela induit. 
Encore pour un moment, du moins.

mardi 22 août 2017

Who lives forever anyway?



Entre ma boulimie de la comédie musicale Rent* depuis juin et l'avant-première de 120 battements par minute hier soir, on peut dire que j'ai passé un été très très Sida. 

Ah oui, et il y a eu mon premier dépistage en mai.

Alors, la question qui m'est venue naturellement, est :

Qu'est-ce que ça veut dire, le Sida, pour une meuf hétéro en 2017 ?

 (* Oui, ENCORE une comédie musicale, oui mais celle-ci elle vous plaira même si vous êtes pas fan du genre. Parce que 1) c'est adapté de La Bohème de Puccini transposé dans le lower east side de la fin des années 80 2) C'est formidable 3) La pièce a été érigée en un culte comparable à celui du Rocky Horror Picture Show par ses fans, hé ouais.)

Reprenons. 
Je suis une grosse privilégiée : blanche, française, née dans la middle-class, certes femme, mais bon, on peut pas tout avoir. 
Question santé physique, à part des pannes mécaniques (fractures et autres os qui n'en font qu'à leur tête), on peut dire que je suis plutôt du côté des gens qui ont eu du bol, à un mini AVC près (remember quand j'avais eu la moitié du visage paralysé en 2012 ?) - depuis j'ai arrêté la pilule. 
Et je n'aborderai pas ma santé mentale moisie car là n'est pas le sujet.

Mais il se trouve que j'ai des sœurs qui ont connu l'épidémie à son plus fort (oui, elles sont beaucoup plus vieilles que moi) et qui m'ont fait écouter Queen très tôt. Freddy était une de mes premières idoles, quand j'avais 7-8 ans. C'est anecdotique mais c'est mon premier souvenir de la maladie. Du coup, ça a été très vite synonyme de "chose qui tue", et qui peut toucher tout le monde, privilèges ou pas, ce qui, je crois, n'est plus tellement une association faite systématiquement.

120 BPM est salutaire pour ça : rappeler à notre génération et aux autres ce que c'était, et ce que ça pourrait redevenir. (Ce film est salutaire pour plein d'autres trucs, allez le voir)(et pleurez)(et riez)(beaucoup)

Durant ma slut-phase, j'ai eu des partenaires de mon âge et plus jeunes. Et je suis tombée vraiment sur tout niveau capote. De ceux qu'il a fallu menacer pour en mettre une, à ceux qui en avaient toujours sur eux (dans leur poche hein, bande de tordus). 

Quand j'étais ado, j'étais la copine relou (et vierge) qui faisait toutes les chambres en lançant des capotes à l'aveuglette vers mes amis en train de froisser les draps. Puis j'allais me coucher (seule) avec le sentiment du devoir accompli.
Je me rappelle super bien du savon que j'ai passé à un pote qui ne demandait qu'à me raconter sa première fois et à qui je n'ai pas laissé en placer une du moment où il m'a confié ne pas s'être protégé. 

J'étais très mère-la-morale, et on pourrait croire qu'à partir du moment où ma vie sexuelle a débuté (oui, ça a fini par arriver), je m'appliquerais ces conseils à moi-même.
Et bien oui. Ce fut le cas.
Sauf qu'on n'est pas tout seul quand on fait du sexe où il est question de capotes.
Et trois fois des vilains-pas-beaux m'ont mise en danger. Alors pour les feignasses qui n'auraient pas lu les épisodes précédents (moi, oui), je vais m'auto-citer : 

"Le malotru qui ne m'a pas signalé le problème technique rencontré avec le préservatif.
Celui qui m'a violée.
Et, enfin, celui qui a décidé unilatéralement de pas en mettre."
 
J'ai eu beau avoir été touchée par les messages de prévention, être éduquée, avoir connu des gens séropositifs, m'être protégée même quand j'avais 5 grammes, j'ai senti trois fois planer au-dessus de moi l'ombre de ce putain de virus. 0/10, would not recommend.
 
Donc, depuis ma tour d'ivoire de meuf blanche qui mange à sa faim, j'ai quand même un message à faire passer à mes consoeurs (et frères, d'ailleurs) : si vous vous retrouvez dans une situation de consentement où le mec est frileux de la capote, ne cédez pas, sous aucun prétexte. Et ouvrez-la. Dites leurs que c'est non sans, et qu'il n'y a pas de débat. Que si monsieur n'arrive pas à "assurer" avec, il y a plein de trucs qu'on peut faire (en partant du principe que vous avez tous les deux des doigts). Il n'y a aucune excuse. Ne vous laissez pas embobiner juste parce que vos hormones vous poussent à vous frotter à ce type. Une fois le rush passé, croyez-moi, ils vous apparaîtra nettement moins sympathique d'avoir été si prompt à vous mettre en danger pour son petit plaisir perso.
Bien sûr, s'il n'y a pas de consentement : portez plainte et sauvez peut-être leur prochaine victime, et courage, et chatons, et licornes.

Si vous vous en apercevez trop tard : mon dieu mais mettez leur la misère (sauf s'ils sont violents, restez safe), sans en venir aux mains, partagez avec eux la douloureuse quête de la pilule du lendemain, votre attente cuisante des prochaines règles, votre dépistage. Vos peurs, vos doutes, vos angoisses. Peut-être qu'ils s'en foutent, mais ils sont responsables.
Même si vous n'êtes plus en contact, trouvez un moyen de leur rappeler que leurs actes ont des putain de conséquences, même dans le cas où vous ne vous retrouvez ni enceinte, ni malade, Bouddha soit loué. 
Ne laissez-pas ces fils de pucerons l'esprit libre, martyrisez le peu de conscience qu'ils ont. Pourrissez leurs journées en partageant votre putain de charge mentale qu'ils ont accablé. Et si vous connaissez leurs prochaines proies, ou leurs autres partenaires, n'hésitez pas à les prévenir. Ce n'est pas du cafardage, c'est une question de santé publique.
 
Ce sont des types qui vous mettent en danger, ne l'oubliez jamais. 
 
 

mardi 1 août 2017

My whole existence is flawed



[Copyright : Htet T San]

J’ai toujours détesté les filles. Les Princesses disney j’en avais rien à faire, moi j’aimais Aladin. La seule à laquelle je m’identifiais, c’était Jane (comme dans Tarzan et Jane). 

J’étais fascinée par des histoires d’amitiés masculines et à la maternelle, je ne me souviens pas avoir eu de copines filles plus de quelques jours. Elles me soûlaient grave.

Puis à l’école primaire, ça se faisait pas de traîner avec les garçons. Déjà ils étaient pas beaucoup mais en plus ils faisaient que jouer au foot à la récré et s’il y a un truc que je détestais encore plus que les filles, c’était bien le sport.

Très vite, je me suis rapprochée du seul garçon de ma classe qui n’aimait pas le sport, mais nos périodes d’amitié étaient toujours mises en parenthèses par le nombre affolant d’amoureuses qu’il se coltinait.

Moi aussi j’avais un amoureux. Mais il était un peu trop « mouais ». Déjà à l’époque, j’aimais plus pouvoir dire que j’ai un amoureux qu’avoir vraiment un petit copain.

Je suis une fille de vieux, et les enfants des potes de mes parents étaient déjà tous grands. J’ai donc eu une enfance très solitaire qui a été ensoleillée par quelques incursions de « garçons-plus-âgés » qui, avec leur maturité adolescente, rejoignaient mes 10 ans d’âge mental.

On jouait à des jeux vidéos, des jeux de rôle, on se battait à l’épée en plastique. C’était fantastique. 

Et puis en CM2, j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la beauté masculine. J’ai basculé en pleine frénésie Leo Dicaprio (qu’on se le dise, je n’ai jamais vraiment guéri), et j’ai commencé à observer mes congénères, en quête de joliesse. 

Peine perdue en primaire, mais putain dès que j’ai mis un pied au collège, ça a été la folie.

Je m’ennuyais follement avec ça. Et j’étais, je le rappelle pour ceux qui suivent pas, la tête de turc officielle de mon bahut, donc j’avais beaucoup de temps à tuer seule en observant le monde autour de moi.

Bien consciente que j’étais intouchable, je tombais amoureuse sans vraiment vouloir qu’il se passe quoi que ce soit. Je campais Madame Bovary avant même avoir connaissance de son existence.

Ma fascination sur le physique des garçons a continué. Je me disais que si j’étais si attirée c’était forcément que j’étais amoureuse et c’était forcément que je voulais être avec eux.

Je ne dissociais pas toutes ces choses pourtant si différentes.

Et puis Internet est arrivé et j’ai été en lien avec des garçons cultivés, intelligents et drôles. Et là, le physique ne comptait plus. Mes deux premiers « copains » étaient des cerveaux, et la quasi-totalité de notre relation se passait sur MSN. Bizarrement, ce fut plus intense que bien des relations physiques. Je me suis surprise à me dire que j’en avais rien à carrer de savoir à quoi ils ressemblaient. Sauf que j’avais un peu éludé qu’on peut pas improviser le désir, et que le désir ça se mesure quand même vachement à la première rencontre.

Puis j’ai eu un copain « par dépit », parce qu’il insistait et qu’encore une fois, je m’ennuyais. Que je m’étais éprise d’une lubie. Un type que je ne trouvais pas beau à l’époque (il l’était), mais follement cultivé, incroyablement sensible et tout à fait torturé. Autant vous dire que je suis totalement passée à côté de mon mec de l’époque autant qu’il est passé à côté de moi. 

J’avais 18 ans, j’étais toujours vierge et ça commençait à me tarauder cette affaire. Après un essai infructueux et une rupture qui m’avait parue nette mais dont le vice n’a porté ses fruits que plus tard, j’étais désormais persuadée d’être asexuelle, même si je n’arrivais pas à faire coïncider ça avec ma passion pour les jolis gens (les grands les petits, les blonds, les bruns, les yeux verts, les yeux noirs).

Bien sûr, avec le recul, j’ai compris que c’était surtout lié à mon auto-détestation. A mon incrédulité devant le fait que je puisse intéresser quelqu’un. Et mon dégoût certain que quiconque puisse me désirer. Si bien qu’un type attiré par moi perdait automatiquement 1000 points.

Je misais gros sur mon arrivée à Paris. Une nouvelle vie loin des regards pleins de jugement. 

Bon, la suite vous la connaissez, enfermée pendant 2 ans dans un clapier de la banlieue ouest, dans une classe où tout le monde ou presque se connaissait d’avant et où j’ai occupé mon rôle usé à la corde de wallflower. Tous mes amis étaient gays, et pas du genre à jouer les entremetteurs.

Ma vie a été un désert masculin et ce fut une période florissante pour mes icônes, j’ai adopté Cravan et Marlowe, j’ai fréquenté assidûment Morrison et Wilde, et j’ai creusé un peu plus la question d’Hadrien et Antinoüs tout en me faisant un devoir de tout connaître sur les seconds couteaux aux doux regards de mes séries tv préférées.

Et puis j’ai été adoptée par un groupe de potes mixtes. C’est arrivé brusquement. J’ai pas trop compris. Et comme d’habitude je me suis méfiée de ces gens qui me trouvaient « sympa » (quelle idée). Le souci c’est que l’un d’eux était bâti comme une statue grecque et qu’il a fait fondre mon cerveau. Pour la première fois j’avais un fantasme en chair et en os. 

Je ne crois pas que je le désirais. J’aurais aimé qu’il m’aime et lui était frustré de ne pas y arriver. Ca a fini dans un enfer. Les fournaises de la violence conjugale et des menaces au suicide. Je ne reviendrai pas plus dessus mais pour ceux que ça intéresse, lire ma (trop longue) série d’articles « My Sorry Ever After ». 

Une fois que je me suis débarrassée de ce colosse au mental d’argile, j’ai été très seule. Et comme à chaque fois, je me suis enfoncée très loin dans mes fandoms. Dans mes hommes de rêve. Cette fois, pourtant, je les ai choisis plus atteignables, plus humains. Etait-ce un progrès ?

J’ai pris du poil de la bête. Mes plumes sociales ont repoussé et je suis entrée en M2. Mon caractère de cochon. Mon auto-détestation. Mes amours fantasmatiques. Et mon plus gros complexe : celui d’avoir la vingtaine bien entamée et de n’avoir jamais vraiment approché l’ombre d’un pénis.

(Y a bien eu quelques fricottements avec des inconnus dans le noir, mais j’avais toujours besoin d’être profondément bourrée)

Puis il y a eu plusieurs petits miracles : j’ai plu à des types plus âgés, que j’estimais intelligents et qui auraient pu avoir qui ils voulaient, ce qui a instillé en moi l’idée que oui, possiblement, je pouvais être désirable. A chaque fois j’avais un bonne excuse pour pas aller plus loin, souvent liée à ma morale de fer : le monsieur était déjà pris, le monsieur courrait plusieurs levrettes à la fois, le monsieur ne me connaissait pas du tout et ça ne servait à rien de perdre mon temps avec un type qui allait déchanter après avoir passé une poignée de minutes en ma compagnie. 

Et puis j’ai été valorisée par des types que j’admirais. Ca a été un travail de longue haleine pour certes-un mais la majorité étaient de jolies comètes. Ca me va les jolies comètes. Elles restent jamais assez longtemps pour me voir vraiment.

J’ai atterri dans mon stage de fin d’étude au milieu d’un groupe soudé d’une huitaine de stagiaires, plus féminins que masculins mais avec toujours deux trois mecs qui gravitaient autour. Bizarrement, c’est avec les filles que j’ai le plus accroché et c’est là que j’ai compris que les copines c’était pas forcément petit, mesquin et cruel. Atomes crochus, aspirations semblables, expériences partagées… je me suis mise à nager dans un groupe cohérent et bienveillant. J’ai pris de l’assurance, léché mes plaies et un matin… On a frappé à mon bureau. On m’a présenté un nouveau. Et j’ai tremblé de part en part. J’ai rien compris de ce qui m’arrivait.

A chaque fois qu’il me parlait je rougissais et l’envoyais chier. Lui trouvait ça drôle et me cherchait. On ne se blessait jamais, en tout cas pas mortellement. 

J’ai fini par affronter la vérité en face : pour la première fois de ma vie, à 22 ans, je désirai un mec.

Alors bien sûr, la vie est une pute. Ce collègue ne m’a pas pécho salement dans un placard histoire de mettre derrière moi mon complexe de blanche colombe intouchée. C’était un juif tradi qui assumait totalement qu’il ne sortirait qu’avec une semblable et que ça servait à rien qu’on fasse quoi que ce soit ensemble vu que Maman allait bientôt lui trouver une épouse convenable. 

Je n’ai pas perdu grand-chose, car je n’avais aucun sentiment. Juste ce fusible particulièrement irritable qui sautait quand il entrait dans la pièce.

J’ai commencé à comprendre que la solution se trouvait peut-être là : aimer des gens morts et des icônes et se frotter contre de jolis gens sans conséquences. Garder l’amour pour le sacré et la bagatelle pour les vivants. 

Ca a été l’année de la montée en puissance. Je me suis fait des amis cool, qui m’ont ouvert l’esprit (je pensais avoir tout vu en ayant eu un meilleur gay et puis j’ai rencontré des polyamoureux bi et des trans et même, minorité des minorités, des gens en couple longue durée qui s’aimaient vraiment)(#urbanlegend). Le chômage m’allait très bien. C’était la vie bohème des bières à 4h de l’aprem. Des fiches de lecture payées une misère. C’était Fukushima, puis le printemps Arabe.

C’était l’explosion de twitter, et moi qui avait grave pécho au moment de 20six et de msn (je comprends toujours pas comment j’ai réussi à ne jamais roulé des pelles à des bébés rockeurs piochés sur myspace, que dieu m’explique !), je me suis pas doutée de mon potentiel chope sur le geek social. Je me suis pointée la bouche en cœur à une soirée de twittos. En traînant les pieds et en disant bonjour à personne pour être bien sûre de ne nouer aucune relation avec personne. Et c’est ce qui a justement plu.

C’est ainsi que de fil en aiguille, j’ai perdu ma virginité un soir de one night stand après avoir choppé un ami d’ami internet dans une boîte lesbienne. 

Maintenant que j’ai pratiqué, j’ai compris que c’était pas un one night stand dans les règles de l’art vu qu’on a petit déjeuné, passé la journée ensemble et qu’on a continué à se parler en non-stop sur nos portables quand on a dû se séparer physiquement.

Sauf que c’était le bordel dans ma tête. On venait de me prouver que je n’étais pas intouchable. En plus de ça, dès le lendemain, j’avais des propositions d’autres mecs du même groupe. Et genre pas (que) des pervy. 

J’ai pété un plomb. Je me suis paumée dans les méandres de mon code moral de célibataire endurcie qui avait du mal à s’assimiler avec mon présent. 

Mais tout est rentré dans l’ordre quand j’ai compris que ce qui s’était passé cette nuit là était quand même assez exceptionnel (c’est dans ces moments là que c’est chiant de pas avoir de référent). 

Et une fois que Johnson sait ce qu’elle veut, Johnson est inarrêtable. 

Emballé c’est pesé, j’étais en relation avec « one night stand » qui était petit et mignon et timide et drôle et cultivé et intelligent et quirky et complètement hipster mais-bon-si-c’est-son-pire-défaut-ça-passe. J’ai accompli un goal achievement en annonçant à ma grand-mère que j’avais un mec (sans lui mentir) et j’avoue que j’étais pas peu fière d’avoir perdu ma virginité pile 10 jours avant le cap fatidique de mes 24 ans. Maintenant j’étais « normale ».

J’ai commencé à moins me méfier des gens, des autres, à me faire à ce nouveau groupe d’amis, à renvoyer les avances pressantes de quelques clampins en brandissant le graal « géunmek ». 

J’avais le job que je voulais, des ami(e)s d’enfer, des billets pour New York et hipsnightstand venait d’accepter qu’on aille ensemble se faire dépister #hanlalaseriousbusiness.

Je commençais à entrevoir, au loin, la luminosité du mot « bonheur » se découper à l’horizon.

Et puis François Hollande a été élu et au même moment, à la seconde prêt, je recevais un mail du garçon qui aurait pu s’intituler « alors tu vas rire… » et dont le corps du message était « En fait non tu me plais pas j’m’ai gourré, bon voyage d’un mois seule à New York surtout »

C’est en marchant sur les débris de mes illusions et de ma confiance en moi que je me suis rendue à Roissy. 

Ce qui s’est passé à New York est resté à New York. Moi-même, à force de ne pas pouvoir regarder ce trou noir en face, j’ai fini par l’éluder.

J’ai plongé dans une des dépressions les plus noires de mon existence. Petit à petit j’ai perdu les amis d’amis, les amis, le boulot de rêve touchait à sa fin, j’avais plus d’économies depuis New York et plus d’amour propre.

J’ai dû regarder 122 fois Le Fantôme de l’opéra cet été là. 

Et puis mon attachée de presse m’a accueillie les bras ouverts dans son palace de Budapest. Parce que quitte à être au chômage, autant être au chômage à Budapest.

Là bas j’ai découvert les garçons « pas français ». 

Et ça m’a ouvert des horizons insoupçonnables. 

Sauf qu’un mois ça va vite et que comme je suis une bête de compétition, j’ai décroché Lemeilleurdetouslesjobs aussitôt revenue.

Ca a été l’année « je me consacre à le travail, je suis mariée à le travail, microsoft word est ma sexualité ». Et puis Mémé est morte, alors à quoi bon chercher l’amour ?

Mon attachée de presse a alors eu la bonne et merveilleuse idée de me dire « c’était bien Budapest, on y reva ? Est-ce que tu viens pour les vacances ? » Même si, entre temps, on avait un peu changé d’adresse.

Sziget festival. 40 degrés à l’ombre. Damon Albarn. Un groupe d’anglais. La libération sexuelle de Heights « egészségedre » Johnson. 

Bon, comme la vie est une pute, j’ai eu droit à la semaine de l’enfer en rentrant à savoir la triade « Je me fais virer parce que j’ai osé dénoncer le harcèlement moral d’un collègue – le jour même mon cousin a un accident de voiture et meurt avant d’avoir pu fêter ses 40 ans – Ma coloc du moment décide que c’est un bon moment pour me foutre à la porte »

Alors comme les emmerdes volaient en rafales par trio, à la première fête où j’ai été invitée, j’ai décidé d’embrasser mon démon intérieur, et je me suis tapé trois mecs. En même temps. 

J’avais un gros blocage rapport au fait que le premier était si bien qu’il serait indétrônable et j’ai trouvé la solution parfaite.

Je me serais jamais attendue à ça de moi-même, et la Johnson-la-morale de l’année d’avant s’est retournée dans ses draperies et ses jugements. 

Mais c’était cool. Et fulgurant. Et dévastateur. 

Aucun attachement. Aucune personnalité en face. Pas de one on one qui pourrait déraper en sentiments. 

J’ai récidivé une fois en chopant deux mecs dans mon bar préféré la nuit de mon anniversaire suivant. C’était bien. Ils ont improvisé un medley des chansons des beatles dans une mansarde avec vue sur les étoiles.

Toujours pas de risque d’attachement. Et cette fois, c’était de vrais inconnus. Intraçables. Ils ne pouvaient ni me retrouver ni me poursuivre ni attendre quoi que ce soit de moi.

A ce moment là, je me suis quand même dit qu’il faudrait revenir à des trucs un peu plus tradis, juste pour me prouver que j’en étais capable et remplacer une bonne fois pour toute l’empreinte que mon premier mec avait plaqué au fer rouge sur ma désirabilité. 

Mais bon, toujours que des gays autour de moi, ce qui n’est pas très pratique dans ce cas de figure. 

Nouveau boulot, que des meufs autour, ma libido commence à me faire voir 36 chandelles quand un week-end beuverie au Havre tombe à pic. On avait quelque chose à enterrer sous des degrés et des degrés d’alcool et quand le bar a fermé et nous a jeté dehors, un ange blond est arrivé.

Nos yeux se sont soudés après s’être détaillés l’un l’autre et je me souviens juste qu’il m’a dit « toi, tu rentres avec moi ».

Tout mon corps hurlait son approbation. 

C’était évident. C’était lui la solution. A tous mes problèmes. En plus il était havrais, c’était parfait, il me retrouverait jamais. Il m’a confié qu’il venait de subir une sale rupture, je lui ai dit que lui aussi tombait à pic et après avoir insulté le chat que son ex avait abandonné chez lui, il m’a fait vivre une des plus belles nuits de ma vie. 

Le lendemain matin, il a voulu remettre ça et a failli me faire rater mon train. 

Je me souviendrai toujours de ce « run-of-shame » dans le labyrinthe du quartier Perret. Les goélands qui se foutaient de ma gueule quand j’ai vu que le prochain tramway pour la gare était dans 10 minutes. L’hystérie de mes potes au téléphone qui s’organisaient pour rapatrier mes affaires à ma place.

Et pourtant, malgré ce chaos, je n’avais aucun regret.

Je suis revenue à Paris avec une nouvelle vision des choses, me sentant capable de tout. Impression de boucle bouclée, d’ex digéré.

Je me suis laissé quelques semaines et faute de rencontrer qui que ce soit « naturellement », j’ai essayé Ok Cupid. 

J’aurais mieux fait de manger une amanite tue mouche.

J’ai rencontré un type qui était pas très beau mais très intelligent et assez drôle, à qui j’ai accordé une seconde date, pendant laquelle il a voulu m’impressionner en commandant un burger végétarien. Par réflexe il a précisé « saignant » au moment de la commande et j’ai ri de bon cœur. Son ego ne s’en est visiblement pas remis puisqu’il a passé la soirée à m’expliquer pourquoi et comment ma façon de vivre ma vie était inepte. 

Je suis partie dans le sens inverse de lui en lui faisant un sourire contrit. 

J’ai relancé l’appli.

Le deuxième mec rencontré était un psychopathe. Non, vraiment. Genre… vraiment. Il m’a raconté l’euthanasie « maison » de sa grand-mère comme un fermier te raconte qu’il a noyé une portée de chatons (ce qui n’est déjà PAS BIEN). 

J’ai rerelancé l’appli. 

Le type était pas à mon goût mais il avait fait le tour du monde, avait un job passionnant et on avait pas mal de points communs. Malgré son odeur corporelle (c’était l’été, il était venu en RER, j’ai décidé de fermer les narines et de penser à la France), je lui accorde un deuxième verre. Je constate qu’il passe son temps à dire qu’il est bête, qu’il n’a jamais rien lu, qu’il ne connait rien à rien, mais aussi à me reprendre à chaque imprécision et à me dire ouvertement qu’il a double booké avant un autre rendez-vous au cas où. 

J’ai décidé que mes standards n’étaient pas si bas. Et j’ai relancé l’appli en me disant « cette fois, c’est la dernière. »

J’hébergeais un pote sur mon canap, c’était la canicule, le sommeil était introuvable. Je me suis mise à parler à ce type qui maniait bien les mots, mystérieux mais pas sombre, drôle, cultivé, pas très dispo à cause de son boulot mais qui me proposait son unique soirée parisienne. Je me suis sentie flattée. J’ai sorti le grand jeu. Ma plus belle robe. Un vrai maquillage chiadé. Des talons. Je suis allée au point de rendez-vous le cœur battant et j’ai attendu. 

Fort, fort longtemps.

Au bout de 30 minutes, j’ai fini par demander au type s’il s’était perdu, il m’a répondu que « oui il était perdu dans les méandres du célibat parisien et dans ses émois existentiels de mec qui se la touche un peu trop » (il se peut que j’ai rajouté ce dernier élément circonstanciel). Je suis alors partie.

50 mètres après, les épaules baissées, le cœur en berne et l’estime de moi en charpie, j’ai regardé mon téléphone. Un message de lui qui me décrivait, où il me disait me regarder m’en aller avec une formule poétique à la con. J’ai compris qu’il était là depuis le début et qu’il avait pris un malin plaisir à m’observer.

J’ai désinstallé l’appli.

Cette fois, j’ai compris qu’un truc clochait sérieusement au royaume du genre masculin.

Je me suis tenue loin d’eux, en tout cas des hétéros.

J’ai bossé mes amitiés, je me suis concentrée sur le nouveau job qui se profilait et qui est, d’ailleurs, l’actuel. J’avais un petit chaton trop mignon et je comptais bien passer tout mon temps avec lui. 

J’ai sans doute un peu trop traîné à l’appartement. Mon manque d’affection s’est alors entêté à prendre pour cible mon coloc du moment. Ce qui n’était ni une riche idée, ni un truc réaliste. On s’aimait beaucoup mais on n’avait rien en commun et lui voulait avant tout une fille au physique parfait pour impressionner les copains, pas quelqu’un qui lit des livres.

De fil en aiguille je me suis mise à le détester cordialement lui et ses poils de barbe dans le lavabo de la salle de bain, lui qui passait jamais l’aspi, lui qui ramenait des prostituées à l’appart à n’importe quelle heure de la nuit (alors que moi j’étais gratuite et à 2 mètres de lui, c’était vexant). 

Moi et ma manie de chercher de l’amour au mauvais endroit toujours, et de ne pas le voir là où il est, jamais.

On a atteint des sommets cette fois là, alors j’ai décidé d’assainir tout ça. De me mettre en jachère. 

J’ai pris une coloc fille (c’est plus sûr).

J’ai passé une nuit avec mes rockstars préférées et me suis fait une nouvelle amie, j’en suis ressortie avec l’impression tenace que rien n’était impossible.

J’avais un nouveau groupe d’amis qui aimait plus que tout célébrer la vie avec du bon boire, du bon manger, des amis charmants et des endroits chanmés. J’ai alors passé toutes mes soirées avec eux, en tout bien tout honneur, en rencontrant des gens intéressants pour qui je n’avais aucun penchants. C’était relaxant. Et encore une fois je touchais du doigt cette stabilité fabuleuse dont j’avais toujours rêvé. Au moment où je commençais à enfiler les perles du mot B.O.N.H… 

Un grand métis asiat a fait une blague raciste anti blancs au moment de me saluer et a emporté mon cœur, mon corps et tout mon temps de cerveau disponible.

J’ai lutté fort. J’ai lutté avec raison. Je voulais le coincer dans la case d’ « ami mâle hétéro » que j’avais tant de mal à remplir jusqu’ici. 

J’ai bataillé contre moi-même, et j’ai fini par accepter, avec une sérénité folle, que ce type était de toute façon beaucoup trop courtisé. La moitié des meufs de ce bar voulaient lui passer dessus et pour une fois j’allais prendre la bonne décision : celle de ne pas m’amouracher de l’instable torturé de service incapable de me donner ce dont j’ai vraiment besoin.

Et pendant un temps ça a marché. Sûrement un peu trop bien. Alors le destin s’est réintéressé à mon cas. 

Et un soir, cet être de fucking exception m’a pécho comme on m’avait jamais pécho de ma vie. 

J’ai vécu avec lui ce que je ne croyais possible que dans les romans à l’eau de rose.

Les PUTAINS de FUCKING papillons dans le ventre.

CE CON de cœur DE MERDE qui bat à tout rompre.

CES FIEFFES mots qui veulent MOTHERFUCKING plus s’aligner correctement dans ma bouche.

C’était plus fort que tout ce que j’avais jamais vécu.

Le lendemain matin, j’ai quand même décidé que j’allais faire comme s’il s’était rien passé, parce qu’on change pas une équipe qui veut surtout pas gagner.

Et là, l’être de lumière m’a proposé d’annuler son week-end pour moi.

J’ai failli lui hurler « VADE RETRO AMOUR POSSIBLEMENT RECIPROQUE ». Je l’ai poussé vers son avion en croisant les doigts pour que ça n’ait aucune conséquence sur ma vie bien rangée qui me plaisait au plus haut point telle qu’elle était.

La fois d’après, quand on s’est revus, on était deux potes, tout ce qu’il y a de plus potes. Bien sûr je palpitais comme une folle, mais j’avais des années d’entraînement à ne rien laisser paraître. Je pensais que ça passerait. 

Et puis l’alcool aidant. Son indifférence a fini par faire craquer mes bonnes résolutions.

J’ai décidé d’aller l’oublier en me tapant le barman qui avait l’air très très pour.

Sauf que forcément, il avait tout un historique dont j’ignorais tout de rivalité pleine de testostérone avec le-dit barman.

Alors sans le vouloir, je l’ai rendu jaloux, et il m’a repécho. 

C’était aussi bien que la première fois. C’est là que j’ai compris que j’étais vraiment dans la merde. Jusqu’au cou du géant vert.

Ca a commencé à se voir. Nos amis en commun s’en sont mêlés. Ils nous ont poussé l’un vers l’autre, et j’ai fini par céder.

C’était impossible d’ignorer un truc aussi fort. C’était logique. C’était naturel. Ca dévastait tout sur son passage.

Alors je lui ai proposé qu’on se voit que tous les deux.

Il m’a esquivé.

Mes amis ont continué à m’assurer que pourtant il leur disait que c’était réciproque. 

J’ai un peu insisté, toujours dans l’esprit « cette fois on laisse pas passer le truc, parce que nondedieu quel truc ! » (ceci n’est pas une allusion grivoise, remballez vos sourires pervers)

J’ai eu droit au message de « ouiménon » le moins clair de l’histoire.

J’ai compris que j’avais en face de moi… une sorte de moi. Qui était tout à fait partant pour initier les choses mais qui se sauvait dès que ça devenait quoi que ce soit.

Alors je l’ai confronté, pour avoir au moins des réponses.

Après 8h de discussions, d’évitements, d’alcools, de drogues (pour sa part) et de ramassage de son meilleur ami au bord du coma éthylique (pour ma part), j’ai fini par le ramener chez moi en espérant me le sortir de la peau par la méthode que j’avais toujours connue : tu couches avec et tu le vire de chez toi. 

Sauf que non. 

A la place il a choisi de prendre mon cœur et de s’en servir comme d’une balle antistress.

Il était amoureux d’une autre, et c’était impossible avec elle, il pensait que je comprendrais et bla et bla et bla.

Le mec avait à cœur l’importance d’être inconstant et à peine la porte de chez moi passée il m’a sautée dessus en me couvrant de compliments, de bisous dans le cou et en ronronnant presque. 

De mon côté, la décision était prise. J’allais trancher, bébé. 

Au petit matin, je lui ai fait récapituler sobre toutes les révélations de la veille, puis je lui ai expliqué calmement, et en détails pourquoi il allait devoir sortir de ma vie et ne pas se retourner.

Il a subi toutes les étapes du deuil les unes après les autres devant moi. Se rendant compte qu’il avait bien tout cassé son jouet avant d’en avoir totalement fait le tour et que maintenant il se retrouvait les bras chargés de regrets.

Ca fait jamais plaisir. 

C’est là qu’il a choisi de me donner le coup de grâce et de lâcher l’ignominieux : « le pire, c’est que ça aurait pu marcher entre nous. »

C’était en décembre 2014.

Depuis la France n’est plus tout à fait la même. 

Mon cœur n’a pas repoussé.

Mes illusions encore moins.

Bien sûr, je continue de fricoter.

J’ai eu ma slut-phase post novembre 2015, où j’ai dû me taper la moitié de Paris et de la petite couronne, juste pour essayer de retrouver un sens à la vie. Sur le tas, il a fallu que je rentre dans les statistiques et que j’ajoute le badge « viol » à celui de « meuf battue » et « harcelée ». 

J’ai eu un plan cul régulier fonctionnel, et c’était chouette, mais plus rare encore qu’un amour pur et réciproque, il s’est avéré. 

J’ai aussi connu le pire coup de ma vie, pourtant glorieusement pécho pendant un after avec mon groupe préféré, la veille de commencer un nouveau boulot. 

J’ai même basculé du côté obscur du « zob in job », et : les enfants, écoutez vos parents quand ils vous disent qu’il faut pas le faire : IL FAUT PAS LE FAIRE. C’est beaucoup trop d’emmerdes pour ce que ça apporte. Tout Paris est au courant et transforme l’histoire pour qu’elle devienne bien machiste et, forcément, le rôle de celle qui voulait une vraie relation en mode desperate m’est incombé PARCE QUE C’EST BIEN LA LE ROLE D’UNE FILLE.

J’ai toujours détesté les filles, c’était naturel chez moi. J’ai toujours foutu les mecs sur un putain de piédestal. Je leur ai trop pardonné. Trop aimés.

Détester les hommes est désormais un acquis, un réflexe, une seconde nature.

Les filles ont relevé le défi muet que je leur lancé et m’ont prouvé ô combien elles pouvaient être formidables, et aimantes, et bienveillantes. Les hommes ont systématiquement tout piétiné et gâché. 

Les hommes ont fait que maintenant, je vais toujours un peu les détester.









jeudi 20 juillet 2017

Hey there, what you got to hide?



Je me soigne. Je mange mieux. J'ai trouvé quoi faire pour régler mes différents problèmes d'instabilité. Un nouvel avenir s'offre à moi à la rentrée.

J'ai même rangé ma cave ET mon garage. (Oui parce que j'ai une cave et un garage.)

Et cette semaine je me suis attaquée au tri du contenu du vieux sac en plastique ramené de chez ma Mémé il y a quelques années. Il est rempli d'affaires me concernant lui ayant appartenu. 
Il y a donc plein de photos de moi très petite dont je ne me souvenais pas.

Sur toutes, il doit y en avoir 2/3 où je souris franchement, mais la plupart du temps je tire une tronche de huit pieds de long. Il y a une tristesse totale dans mon regard et une lassitude dans ma posture, même à 4 ans. Même à 6. Même à 8.

Il y a peu de photos de ma période ingrate, car l'adolescence a vraiment été sans pitié. 

Je me souviens que c'était une tannée pour moi les séances photo. On n'arrêtait pas de me répéter : "Prends exemples sur tes cousins, eux ils savent prendre la pose !" C'est surtout que leur papa travaillait dans une des plus grandes entreprises de pellicule photo et qu'il avait un super appareil avant tout le monde.

Je ruminais et je puisais en moi un sourire forcé et on me rétorquait que "ça fait pas naturel". 

Bah non. Parce que j'ai pas envie de sourire. Vous me donnez pas envie de sourire. Le photographe de l'école lui il nous sort des blagues, pas des reproches, et surtout les photos de classe d'avant le collège, j'ai toujours un sourire lumineux.

Il a quand même fallu 6 mois et 4 spécialistes différents pour que je réalise que ce qui merde profondément dans ma vie ce n'est pas moi mais eux. Ma "famille" biologique.

Qu'on obtient pas un câlin d'un enfant en le faisant culpabiliser de pas assez en faire, mais en étant genre, sympa avec lui. Aimant ?

Qu'on ne peut pas s'attendre à produire un être humain équilibré quand on lui répète sans cesse qu'on n'aurait jamais dû lui donner vie. 

Qu'on n'encourage pas l'échange et la communication en utilisant le "tais-toi" à tout bout de champ. 

Et autres joyeusetés.

Alors oui, j'avais bien remarqué que chaque fois que j'allais en Normandie, je déprimais pendant 15 jours en revenant. Mais je pensais que c'était moi la fautive, moi le problème - après tout, c'est ce qu'on m'a répété à longueur de journées, à la maison puis au collège. 

Quand je m'en suis ouverte à ma vraie "famille", celle reconstituée à partir des survivors de ma vie aka mes Amies, j'ai eu droit à des lèvres pincées et des haussements d'épaules : "Bah en fait Johnson, c'était un mystère que pour toi, hein."

J'ai compris par la même occasion à quel point je devais être un boulet pour ces précieux quelques êtres élus qui m'entourent. Parce que dès lors que j'ai perdu tout amour inconditionnel avec la disparition de ma grand-mère, tout est retombé sur leurs graciles épaules. Pour n'aider personne, j'ai toujours été malchanceuse en amour et n'ai jamais pu compter sur cette "source" pour combler mon vide affectif. 

Etre amie avec moi c'est subir H24 ma terreur d'être abandonnée, ma paranoia toute puissante que parce qu'on me donne pas signe de vie, c'est qu'on a réalisé à quel point j'étais indésirable et méprisable. Bref, c'est pas easy peasy lemon squeezy.

La vie m'a pas trop trop aidé en m'enlevant le substitut d'amour maternel que j'avais trouvé auprès de la mentor dans l'un de mes anciens jobs.
Puis en m'enlevant la cellule familiale que j'avais tenté de construire avec un petit chat noir très touffu et amateur gustatif de souris en plastique. 

Mais bon, j'ai 29 ans, j'ai encore le temps de rectifier les choses. D'être moins relou avec celles qui ne méritent pas ça. D'être plus relou avec ceux qui ont été moins que rien avec moi. D'être enfin un être équilibré, qui mange bio et que range sa chambre.

Même si, sur ce dernier point, on n'y croit pas trop... 

mercredi 21 juin 2017

You go to my head, and you linger like a haunting refrain



Il a l'accent grec. (+1000 points) 
J'ai toujours eu un faible pour les grecs, de mon premier crush pour Demetrios, le serveur de notre croisière dans les cyclades quand j'étais en 4e, à Yannis Philippakis, que je ne vous présente plus.

Il ressemble à mon pépé (+ ∞ de points)

Il m'a fait attendre pendant une heure sous 45° dans sa salle d'attente aux chaises en plastique sous les toits alors qu'en vrai j'attends ce rdv déjà depuis 6 putain de mois  (- une tonne de points s'il s'avère être décevant).

Mais je m'efforce de ne plus m'énerver. (Ca augmente la température corporelle)

"Alors pourquoi vous êtes là ?"

"Euh..."

Il rit, je ris.

"...Disons que c'est un tout ? Une sorte de trop plein ?"

En décembre dernier, je n'avais plus un sous en poche, j'étais au fin fond de ma dépression et mes amis me poussaient à consulter, alors je me suis renseignée et je suis passée par un CMP (gratuit, donc), qui m'a renvoyé vers une psychiatre, qui elle-même m'a renvoyé vers le big boss de la psychiatrie qui se trouve devant moi. (Et qui a son propre article wikipédia.)

J'ai traversé une gigantesque prise de sang, des atermoiements multiples et des kilomètres de chassés croisés dans Paris pour que BigBoss me reçoive et me valide.

S'il dit "ok banco", je serai suivie par un psy, gratuitement, toutes les semaines.

Rien ne se met entre Johnson et ses objectifs, pas même 6 mois de pulsions suicidaires plus ou moins fortes, pas même le challenge des anti-dépresseurs, alors un entretien d'une heure, tu penses... 

Du coup, vous l'aurez deviné, j'ai passé la journée en pleine crise d'angoisse. Sous 35°. Would not recommend. 

Mais BigBoss est là, avec son accent chantant et son ventilo et je commence à déblatérer.
C'est quand lui prend la parole que je me raidis. 

"Mais pourquoi vous voulez être prise en charge ?"
"Bah..."
Je sèche rarement quand je veux obtenir quelque chose. J'ai du répondant. De la repartie. Et je suis même régulièrement taxée d'insolence.
"Non parce que ce que vous me décrivez là, c'est une situation plutôt satisfaisante, non ? Vous voulez changer quelque chose à votre vie ?"
"Euh... non."
"Alors vous n'avez pas de problème, si ?"
"Non. Enfin, les autres pensent que si, donc bon."
Il ferme les yeux comme un vieux petit chat et souris.
"Et vous avez un compagnon ?"
"Mmmnn. Gnnn. Gr-Non."
"Et vous en rêvez ?"
"Oulah Jean-Michel Périclès on va se calmer tout de suite, on avait dit pas les habits et pas les histoires de coeur."
(En vrai j'ai eu l'air interloquée et il a détaillé sa question:) 
"Vous voulez vivre avec quelqu'un, construire une famille ?"
"Euh... non. Enfin... Est-ce que partir en vacances avec quelqu'un ça compte ? Parce que ça j'aimerais bien."
Apparemment ça comptait pas.

Pour la première fois depuis le début de notre entretien le sosie athénien de mon Pépé a l'air chaffouin. Alors, en bonne élève, je m'empresse de rajouter :

"Mais j'ai une vie sexuelle hein !"

Il relève la tête, très satisfait de ma petite éructation, en me disant "Donc c'est un choix : une vie sexuelle, pas d'amour, et vous êtes bien comme ça ?"
"Bahoui."
"C'est très positif ça."
"Ah d'accord."
(Je perds tout sens de la repartie quand on me félicite ou me complimente)

"Et vous vivez seule alors ?"
"Non en coloc pour avoir un appartement assez grand pour avoir un chat *rire de François Hollande*"

Au mot "chat" les yeux du Ménélas de la psychiatrie s'illuminent et je comprends que j'ai affaire à un semblable. Le mec doit avoir 12 félins chez lui et se retient fort de me demander une photo de ma cha... de Molly Brown.

Je lui raconte les mésaventures de Chat-Marlowe, le trauma, le retour des idées noires et des pulsions suicidaires. On fait l'historique de ces dernières :
Les pulsions suicidaires sont autant un réconfort qu'un stimulant, pas forcément négatives, et j'ai du mal à faire comprendre ça à mon entourage.
Très rarement elles sont liées à du désespoir. La plupart du temps, elles représentent un échappatoire possible et un soulagement éventuel, si jamais.

"Mais pourquoi vous voulez changer ça ? Elles font parties de vous."

Je suis bien d'accord.

Je souris fort à Jean-Marc Péloponèse en lui expliquant qu'en l'état, je fais du mal aux autres et que c'est ça que je veux changer, même si en vrai je suis d'accord avec lui que je suis plutôt bad-ass et que mes cicatrices sont croquinounettes et que les imperfections sont le sel de la vie.

Il hoche la tête et me dit en une phrase que j'ai réussi son challenge. Que j'aurai un psy àmoi à la rentrée. Mais que j'ai quand même un gros souci de complexe d'abandon.

Ahahah ! Le mec il a déduit ça d'un rêve que je lui ai raconté et aussi du fait qu'en vrai c'est mes grands-parents qui m'ont élevée et que ma mère a passé son temps à me répéter qu'elle aurait jamais dû me faire et que le plus gros secret de la famille est lié au jour de ma naissance...




To be continued...

jeudi 15 juin 2017

Driving at ninety down those country lanes


[Quand j'ai vu ça, ça m'a fait une sorte de... fussoir.]

Il fait 12 000 degrés à 8h30 du mat' quand je pars avec une heure d'avance pour une des réunions les plus importantes de mon job.
Réunions auxquelles je ne vais qu'une fois tous les 6 mois quand personne d'autre n'est dispo et qu'il faut bien désigner quelqu'un.

J'ai préparé un itinéraire, j'ai pris un petit déjeuner équilibré, choisi mes fringues en mode mi-présentable mi-confortable. 
Je prends ma correspondance easy - je m'assois dans le RER. J'ai 3/4 d'heure devant moi. Je suis large.

Ca fait des semaines que j'essaye de me mettre moins en colère. De respirer. De prendre les choses plus calmement. Pour l'instant ça fonctionne plutôt bien (merci Nintendo de m'avoir fourni une application aussi absurde que celle sur Magicarpe, vous faites beaucoup de bien à mon mental).

Mon arrêt approche. Je me lève. Je lisse ma robe. Je me mets devant les portes, prête à dévorer le bitume en quelques pas graciles quand... ce putain de RER C de merde ne marque pas mon arrêt.

Ni le suivant. Ni celui d'après.

C'est la boule dans la gorge et les yeux humides que j'envoie un désolé et désolant message de retard à ma boss. 

Je me retrouve à Choisy-le-Roi (ouais, toi-même tu sais pas). Qui a la particularité de n'avoir AUCUN taxi à proposer à une jeune fille désespérée à 9h du mat'.
Je sors mon portable teigneux acheté d'occaz, qui a toujours refusé de se montrer coopératif, surtout pour les questions de géolocalisation et qui s'était levé du pied gauche, si tant est qu'on puisse imaginer un Samsung anthropomorphique.

Je finis par repérer un Uber pas trop loin. J'en ai pour 15 balles mais je m'en fous, je peux ENCORE le faire. Je clique pour confirmer.

Ma carte est refusée.

Ah bah oui.
J'imagine que si des caméras me suivaient, je serais déjà millionnaire en abonnés Youtube. 

Je respire fort et je retourne m'engouffrer dans la bouche de l'enfer AKA la gare RER. Je me trompe d'automate. Je finis par trouver celui qui voudra bien me délivrer le précieux sésame pour la gare qui m'intéresse.

Je cours dans la prochaine rame passant à ma portée. Celle-ci dessert bien sûr toutes les gares sauf celle qui m'intéresse.

Retour à Paris.

J'hésite 2 secondes à abandonner, mais rien ne se met entre Johnson et ses objectifs, encore moins quand il s'agit d'un engagement. 

J'ai vaguement le souvenir qu'un bus passe dans le coin qui m'intéresse depuis ce quartier.
Je pars à sa recherche... tout comme une quarantaine de parisiens en goguette qui semblent grogner contre la ligne qui fait n'importe quoi ce matin.

Je ne m'énerve toujours pas. J'attends mon tour. Je me serre contre un mec en costume, je n'ai pas le choix, lui a le cul posé sur la seule barre à laquelle je pourrais me tenir [insérer ici blague grasse et libidineuse]. 
J'essaye de canaliser mon équilibre intérieur tandis qu'au 3e feu rouge je vois qu'il est l'heure du début de la réunion.

Pas mal de gens sortent au prochain arrêt. Je peux enfin respirer. Me tenir. Me recentrer. Le temps de lire un sms de déception de ma boss et de grimacer. Puis le chauffeur annonce bien avant mon stop que c'est mon terminus, parce que LoL. 

Je sors au milieu de la 6 voies, en sandales d'été pas du tout adaptées à ma marche rapide. Je lance google maps qui dit n'importe quoi. Je trottine presque en touchant au but.

J'arrive en sueur dans le bâtiment. Le mec de l'accueil m'indique l'étage, l'ascenseur, le bureau et le numéro complémentaire de là où je dois me rendre. Le temps de mémoriser tout ça, je me recoiffe dans l'ascenseur. J'arrive. La standardiste est au téléphone. Je lui fais des grands signes essoufflés à base de "...réunion ... en retard... LET ME IN."

Elle raccroche, me sourit, et m'annonce patiemment que "C'est à côté". Comprendre : LE PUTAIN DE BATIMENT D’À COTÉ. 

A l'intérieur, je me décompose comme un zombie corporate.
Je cavale jusque dans la prochaine étape labyrinthique de mon périple. 

Aucun accueil. Je zigzague entre les gens. Je comprends qu'on m'a indiqué la mauvaise salle.
Je finis par trouver mon graal. 

J'ai une demi heure de retard. Je titube, le feu aux joues, jusqu'à me trouver une place. 
Plus tard ma boss rira de bon coeur en disant "mais qu'est-ce que tu faisais à Choisy-Le-Roi, t'étais chez un de tes petits copains ?"

J'ai failli lui répondre que non, j'ai le chic pour sortir avec des mecs qui vivent encore chez leurs parents (et bizarrement, pas seulement ceux qui sont en âge de passer le bac aujourd'hui) et puis je me suis dit que j'allais juste rire en tentant de paraître crédible et de lâcher un "Oh la la, j'aurais préféré !"

Il était 11 heures du matin, j'étais déjà au bout de ma vie et la journée ne faisait que commencer.

mardi 30 mai 2017

Simply being alive has been rough



Je frémis en la voyant aligner les lignes et réciter à voix haute "oh et puis on va vérifier ça et puis ça aussi."
Je pâlis, beaucoup, mais je suis déjà translucide, alors j'imagine que ça se voit pas tant.
Elle me regarde avec un grand sourire, comme si écrire des ordonnances était sa plus grande passion, et me dit "Il y a autre chose que vous voudriez ajouter aux analyses ?"
J'écarquille les yeux et me demande si elle me confond avec une de ses patientes qui aurait fait médecine. Devant mon mutisme, elle ajoute : "Comme... la sérologie, par exemple ?"

"Oh. Oh bah. Oh bah oui. C'est pas co... C'est pas mal comme idée."
Elle voit mon regard vague et mon sourire contrit, je sens que je vais me faire cuisiner sur ma vie sexuelle à notre prochain rendez-vous.

Je sors en la remerciant. Je lutte entre bouffée d'angoisse à l'idée de la prise de sang et soulagement d'être enfin au pied du mur pour aller faire ce putain de test.

Faut dire que je n'ai pas été aidée par la vie : à chaque fois que j'avais attendu assez longtemps pour que le test soit fiable, un autre irresponsable me faisait prendre des risques à l'insu de mon plein gré et on repartait pour 2 à 3 mois d'attente avant de passer sous l'aiguille.

J'entre dans la première pharmacie que je croise pour aller chercher les anti-dépresseurs pour lesquels je dois justement faire cette prise de sang en premier lieu.

La fille à la caisse me regarde de travers puis tousse et va attraper sa chef par le coude. Elle lui montre l'écran. La chef se saisit discrètement de ma carte vitale et la met hors de portée avant de me lancer d'un ton dédaigneux : "Vous l'avez perdue votre carte ?" J'ai envie de lui répondre que Non, à l'évidence. Mais je dois juste sortir un "Bah non", avec ma verve habituelle quand il s'agit de discourir avec des inconnus. 

"Parce qu'elle est sur la liste d'opposition là." 
"Ah bah je sais pas quoi vous dire."
"Bah vous allez devoir payer."
"Bah oui."
"Bah ça fera 7€"
"Bah voilà."

Les deux sont étonnées que je sorte l'argent sans discuter, du coup elles me filent quand même une feuille de soin. Je sors dans la rue en me disant que je suis pas aidée, quand même. 

24h d'angoisse plus tard, je me réveille et titube jusqu'au Labo, parce que j'ai pas mangé depuis 15h.
Là-bas, j'entre sans qu'on me salue, je prends un ticket et vais m'asseoir. L'attente est longue, je semble invisible. Dans ces moments là, ma conscience s'impose à moi. En l'occurrence, la question qui me frappe de plein fouet c'est "Comment t'en es arrivée là ?"

Et les images défilent.

Le malotru qui ne m'a pas signalé le problème technique rencontré avec le préservatif.
Celui qui m'a violée.
Et, enfin, celui qui a décidé unilatéralement de pas en mettre.

Trois prises de risque. Une prise de sang. 6 tubes à essai. 
La réminiscence de cette infirmière bazooka, dans ma prime jeunesse, qui m'a défoncé le bras et traumatisée à vie.

L'infirmière d'aujourd'hui me reçoit, me questionne. Elle est sympa d'abord, puis je lui explique qu'on veut vérifier que mes reins vont bien avant de commencer le traitement. Au mot "anti-dépresseurs" son visage se ferme, son air se durcit et elle devient plus brusque. 
Je la préviens que je suis chiante et que je préfère qu'on me pique dans la main. Hashtag trauma.
Elle me dit que c'est la meilleure façon pour qu'elle me rate et là je comprends qu'on n'est plus copines.

Elle me rate en effet deux fois avant de laisser tomber et d'appeler une collègue. 
Une infirmière plus âgée, au visage apaisant et rieur entre alors. On s'explique et elle me dit "la prochaine fois dites à l'accueil que vous êtes difficile, hein, ils vous enverront quelqu'un comme moi".
Je sais plus trop quoi dire. Elle me fait le garrot, positionne ma main.... et c'est fini en un clin d'oeil. 
Je n'ai rien senti ou presque.
Je pourrais l'embrasser et lui sortir tout le bien que je pense des infirmières mais elle me houspille dehors.

Je zigzague jusqu'à l'appartement, m'écroule sur le canapé. Molly Brown vient renifler les odeurs de désinfectant sur ma main et s'apprête à me nettoyer. Je la blottis contre moi et je lance une série quelconque en attendant de retrouver des forces.

2h après je reçois un mail : vos analyses sont disponibles.

Je fais défiler les résultats. J'ai rarement eu un carnet de note aussi brillant. A part la vitesse de sédimentation : je checke vite fait ce que ça veut dire sur Doctissimo (Tumeur, Cancer, Diabète, Peste Bubonique) puis me ravise et vais sur PasseportSanté (Infection légère, Anémie, grossesse)

J'annonce le résultat aux copines, qui se mettent à choisir le prénom de mes jumeaux (parce que deux, c'est mieux, et qu'au pire si c'est une tumeur, je pourrais la baptiser aussi), je regarde la boîte de médocs qui me nargue, je vérifie une dernière fois l'ultime ligne :

"VIH : négatif."

mardi 16 mai 2017

Let it rain till it's pouring



J'ai pas envie que ce soit l'été.
Les deux derniers ont été cuisants, dans les deux sens du terme.
En tant que sans-dents, je ne prends pas mes vacances en même temps que tout le monde. Du coup je fais partie de ces parisiens qui se disent "chouette, je vais profiter de la ville !" et qui se retrouvent le nez devant des successions de rideaux baissés.
Alors je rejoins la horde de zombie préposés à maintenir un minimum d'activité dans notre corporation. 
L'année dernière mes tentatives de socialisation ont été très très vaines de ce côté là. 
Alors je scrolle les photos de vacances des autres en me disant que l'ordinateur va sûrement imploser de surchauffe.
Dans l'idéal, cet été, j'aimerais lire. Beaucoup. Et peut-être retrouver l'inspiration perdue il y a 7 ans, quand j'ai commencé à travailler. 
Ca me frappe quand je vois les fichiers laissés pour mort sur ma clef usb "dernière modification : 2010". 
Depuis cet été là, beaucoup de choses ont changées. Je suis devenue une grande fille émotionnellement – déjà, je ne tombe plus amoureuse. Et ça change tout. 
Les gens de ma vie, eux, datent pour la plupart d'avant, et pensent que je suis toujours la jouvencelle naïve qui tombait amoureuse comme elle tombait de vélo (copyright), mais j'ai beau chercher, je ne trouve plus aucune ressource de ce côté là, à l'intérieur.
Non pas qu'il faudrait.
Oh non.
Ce n'est clairement pas le moment. Ce n'est clairement pas l'endroit. Et les derniers garçons de ma vie ont tous un défaut rédhibitoire.
Celui qui est quasiment marié m'a envoyé le texto le plus romantique jamais reçu.
J'ai poussé un cri de frustration mêlé à de la joie, de la surprise et de la colère, en l'ouvrant. C'était inédit.  
J'avais envie de lui répondre "tu n'as pas le droit de penser à moi !" et "Oh la la mais ça ne va pas de penser à moi ?" et encore "Je suis on ne peut plus touchée que tu penses à moi", oui, les trois en même temps.
A la place, j'envoie quelque chose de très cynique, quelques heures après.
Moi qui dit toujours ce que je pense et qui dégaine mes reparties plus vite que mon ombre.
Danger, danger
C'est le mauvais candidat pour une éventuelle création de poste "relation longue durée" dans la start-up Johnson INC, mais si je regarde la vérité en face : c'est le seul candidat crédible qui m'ait jamais montré de l'intérêt.
J'ai pas envie que ce soit l'été.
De vivre la nuit. 
De boire sur les quais du mauvais vin, en ayant mal aux fesses et pas de toilettes à l'horizon. 
De hanter mon cimetière plein de touristes qui osent me poser des questions malgré mon tirage de gueule en mode "Beware of the queen bitch".
J'ai pas envie que ce soit l'été parce que d'habitude il atteint son apogée avec Rock en Seine, et que cette année, rien ne me dit. C'est peut-être parce que l'année dernière ça a coïncidé avec la plus grande CATastrophe de ma vie.

J'ai pas envie que ce soit l'été, de sentir la solitude s'immiscer, parce que d'un coup, je ne serai plus entourée par ma simili famille. De voir les amies éparpillées et d'être livrée à moi même.
Soumise à mes tentations. Des plus roses aux plus noires.

J'ai pas envie que ce soit l'été.



I've spent all summer days driving
I'm tired of holidays ruined
No more take-away's, expired food
I need a real day
Time runs faster when you're loaded
Bright lights blind me all weak
Living in the city, I'm a high-speed drill
I need a full day diving
Tons of heavyweight food
Roosters from the sister islands too
I'd better get working
I'm bored with all that brainwashing
Let's break all separate rooms
Changing's no fun if you don't want to

mardi 9 mai 2017

Yellow lorry slow, nowhere to go




"C'est bientôt votre tour, vous êtes 3e sur la liste"

Je hoche la tête, mais je suis au téléphone. Alors je sors un "oh, bon, bah, merci, hein, bonnejournéeaurevoir".

Certaines personnes sont couvertes de cicatrices. C'était le cas de MySorryEverAfter. Hiver comme été, il passait ses jours et ses nuits très peu couvert, et ce généralement dans mon lit. Notre relation avait beau être des plus platoniques, nous étions toujours peau contre peau. Et comme il dormait plus que moi, je passais de longues heures à le détailler. 
Il faisait partie de ces casse-cou à l'épiderme en dégradé de rose. Incise rouge vif datant du week-end dernier. Ovale blanc pâle d'une égratignure d'enfant. 
Quand il se réveillait, parfois, il daignait répondre à mes questions. Alors il me racontait leur histoire et ça se terminait souvent par "et mon père m'a recousu sans anesthésie sur la table de la cuisine."

Je me suis alors fait la réflexion que mes blessures à moi étaient injustes. Que mes cicatrices à moi étaient partout à l'intérieur. Hors de portée.
Personne n'irait me demander leur histoire. Personne ne les verrait jamais.
Etait-ce une chance, au fond ? Au moins, mon aspect extérieur porte un semblant de normalité. La plupart des gens superficiels ne s'arrêtent pas sur mon passage si je garde le silence.

Le souci, c'est que les séquelles se voient quand même. Je me trahis toute seule.
Quand j'ai le réflexe de me protéger dès que quelqu'un a un geste brusque. Quand j'hyperventile quand on s'approche trop près de moi. Quand je ne peux pas soutenir le regard de quelqu'un. Quand les nerfs lâchent quand on hausse la voix. 

Alors à un moment, j'ai arrêté de les cacher. De m'excuser de ces réactions. On a si peu d'énergie, pourquoi en perdre pour dissimuler les choses ? 
J'ai commencé à me livrer dans la vie comme sur ce blog. A expliquer pourquoi.
Pourquoi il me faut 3 jours de récupération après toute une soirée à devoir parler à des étrangers dans un contexte professionnel.
Pourquoi l'irritabilité et les sautes d'humeur. 
Pourquoi ça m'insupporte qu'on m'appelle stressée, déprimée et asociale. 
Pourquoi il vaut mieux dire "anxiété", "dépression" et "introversion". 

J'ai vécu des événements extrêmement traumatisants. J'ai survécu. Mais comme quelqu'un après un accident, je n'en suis pas sortie indemne. Alors ça s'est ajouté à certaines tendances naturelles, oui. Je suis le résultat de tout ça. Et c'est peut-être pas joli à voir, mais c'est comme ça.
Pour vous faire un tableau : imaginez qu'à l'intérieur de moi, ça ressemble au visage de Ribéry.

Et imaginez qu'autour, toute la journée, des gens - pas tous, mais la majorité - me lancent des variations de "Mais veux-tu bien cacher toute cette souffrance, impudente !"

Auxquelles je réponds pas, souvent, parce qu'ils m'ont déjà coupé la parole pour m'asséner leurs vérités. Mais après lesquelles je pense : "Nope."

Je n'ai jamais enterré les problèmes, je les ai toujours exposés. Je n'ai jamais caché la vérité, même quand ça m'a coûté. Je ne peux décemment pas être Happy Shiny Johnson H24, parce que oui, je porte en moi des troubles sociaux, une hypersensibilité et des traumas dont les déclencheurs sont partout et donc inévitables. 
Mieux : je ne veux pas l'être.

Je veux que ça arrête d'être inacceptable. Je veux que les gens malheureux arrêtent d'être traités en pestiférés. Personne ne veut être malheureux. Et ce n'est certainement pas en niant un malêtre que vous allez aider quelqu'un à aller mieux. Et qui vous demande d'aider ? Non. Contentez-vous de ne pas faire empirer les choses. De respecter la personne dans son entièreté, avec ses zones d'ombres, et pas seulement les aspects qui vous paraissent "socialement acceptables".

Il y a des professionnels pour aider les petites âmes noires, ceux qui se trimballent leur nuage gris en permanence au-dessus de la tête. Des professionnels qui vous mettent sur liste d'attente pendant des mois. Jusqu'à ce qu'un jour on vous dise "C'est bientôt votre tour, vous êtes 3e sur la liste".



mardi 25 avril 2017

Your mom says I'm a bad boy



Ca casse les couilles franchement.
De prendre toujours les "bonnes" décisions, je veux dire.

De pas se vautrer dans la torpeur d'un corps chaud en se disant "rien à foutre qu'il me respecte pas, je suis trop bien là" parce qu'on sait que c'est mal

De pas se lancer dans un truc qui pourrait être formidable parce que le mec est déjà pris, et que c'est mal. 

De pas rappeler son dernier plan cul, même si c'est le printemps et que c'était plutôt sympa avec lui en fait, parce que c'est MAL.



Ca casse les couilles de voter dans le seul but de mettre une branlée au FN.

Ca fait grave chier d'aller chez cette psy qui a tellement de dossiers qu'elle pense que je suis prof et en thérapie depuis 8 ans. 

C'est comme la vulgarité, franchement ça me troue le cul.

Si j'avais fait tous les mauvais choix, j'aurais un mec, des best sellers putassiers, des copines pour combler tous les soirs de ma semaine – et sûrement une condamnation pour meurtre sur le dos, mais c'est une autre histoire. 

Mais comme dirait Elphaba, "no good deed goes unpunished"

Du coup je me retrouve seule comme une conne avec ma conscience qui me tapote la tête en me susurrant "Good girl".

Parfois, c'est être moi-même qui me casse les couilles.