vendredi 18 décembre 2015

Winters Kiss




Comment ne pas commencer ce récapitulatif de 2015 à l'envers ?

Le 12 novembre 2015, j'étais à un concert imprévu. Il m'a fait un putain de bien. J'y ai découvert ces chatons :


[Tom Ogden = potentiel Alex Turnerien, I dare say]

Le lendemain, Paris déraillait et je les écoutais en boucle, sautillant sur des titres comme Blow, You pulled a gun on me ou Cut me and I'll Bleed.
L'ironie de la situation ne m'échappait pas, mais je continuais à me balancer de gauche à droite, parce que la musique.

Je voulais vous en parler plus tôt, mais j'ai eu un contretemps fâcheux.
Mais ça va, je suis allée essuyer les larmes qui n'ont pas réussi à couler sur des blousons de cuir.

Il y eu eux :


Ash (le groupe de mon adolescence) et We are Scientists (le groupe de ma VIE) et pour la première fois de mon histoire avec eux, et parce qu'on est toujours plus fort à deux, j'ai sorti les doigts de mon séant et j'ai réussi à parler à Keith Murray, et genre il y a compris, et répondu. Avec ses yeux bleus.

Parce quoi moi, de la rockstar, je te la nourris, je te lui ébouriffe la tête et je te l'emmène faire du tourisme à Paris easy. Mais là on parle d'une idole. C'était pas gagné.
C'est aussi la soirée où j'ai reçu le deuxième meilleur hug de ma vie. C'est pas rien.

Je pensais que l'année était finie, et puis le père-noël, sous les traits d'une copine de concert ayant le permis et beaucoup plus d'abnégation que moi m'a inscrite sur la guest-list du show de mes absinth friends à Anvers.


[Eux, encore et toujours, qui reviennent comme le loup blanc les cool cats qu'ils sont.]

Le temps de se demander quel est le fuck de Floflo&TheMachine, de boire du champagne, et des bières et de la vodka, de recevoir un hug de Chilli, de donner un cadeau de noël à Will, un cours de français à Pete et de froncer les sourcils en sermonnant Sam quand il fait des blagues se terminant par "It means it's time to split-up".

Ils savent pas, ni W.A.S, ni eux, ni les Citizens! - et le cadeau prophétique qu'est Tom Burke -, ils n'ont aucune idée de la dose d'eux dont j'avais besoin à cet instant, à cet instant précis.



J'ai foutu le paquet niveau musique pour ensevelir le fait que ce récap annuel et tant attendu par vous trois, mes lecteurs, sera anarchique et bigarré, mais pas très charmant.
J'ai passé un an de rien à digérer le garçon avec qui "il n'est s'est rien passé" et, avec lui, toute illusion.

Car 2015 a été l'année de la rupture mentale, le point de non retour au niveau de mon équilibre et de ma santé, et surtout, 2015 a été l'année où j'ai fait le deuil de l'amour.



Une année où je regardais à ma droite vers le joli garçon tout nu et où je pensais en serrant les dents : mais quand est-ce qu'il se casse ?
2015 a été l'année où j'ai le plus été full-on connasse. Full-mode puma, cette demi cougar qu'on est quand on n'a pas encore trente ans.



L'été m'a extirpé des rires de joker quand la vie s'est évertuée à vouloir m'arracher la seule chose à laquelle j'avais eu l'outrecuidance de m'attacher.


Mais, en août, alors que Marlowe semblait tiré d'affaire, Kasabian et Noel Fielding et Interpol et Daniel Kessler m'ont chopée par les entrailles pour me secouer et me rappeler à la réalité : c'est la musique l'important.


Puis ce fut à Londres de me réconforter.

Alors je suis partie pour un automne parisien le coeur léger, et là, la vie m'a rappelé que personne n'est à l'abri, de rien, et qu'on a vécu 60 ans d'un calme qui n'avait rien de normal. Que ce calme, il est terminé, et qu'alors que mes ami(e)s paniquent, parce qu'ils/elles avaient prévu de faire tout plein de marmots dans ce monde de paix, de brunchs et de culture érigée en monarque absolue, tout à coup ça va plus être la même.

Quelque part le monde vers lequel on se dirige me ressemble pluss. Il est dark et moody et incohérent et insoluble. Mais ça ne me réjouit pas pour autant. Je savais quelque part qu'on était partis pour ça, ma rage adolescente et mes idées noires et mon pessimisme et ma vista, j'aurais préféré me tromper.


J'ai encore plus envie de protéger tout le monde, de prendre les gens sauvables de ma vie et de les enrouler dans un papier bulle d'alcool, de fêtes et de musique forte.


Le Karma sait me récompenser à sa façon, quand il s'amuse à me faire rencontrer trois fois de suite Carl Barât dans des toilettes, quand une des idoles qui m'a accompagné toute ma vie s'est saisi de ma main à l'arrière d'un taxi, quand une stage door dont j'ignorais l'existence s'ouvre sur mon passage sur un garçon dont on ne peut décemment pas ignorer l'existence (et les jolis cheveux).

'Cause I'm in love so old
Put your flowers down, it's too cold
Fuck your romance, I wanna pretend
That Jenny Lee Lindberg is my girlfriend

With the sun on my back it's a nice day
I will never choose any other way
With the sun on my back it's a nice day
I will never choose any other way









mardi 24 novembre 2015

Tried, hide, cried, died




Vivre un drame à l'intérieur d'un drame, c'est bien ma veine.
Le genre de truc auquel tu t'attends pas, tu te dis pas toi.

Il a l'air inoffensif, il a des jolis yeux. Tu es bien saoule mais ses potes disent que c'est un mec bien, en plus lui il a pas de copine, pas comme les derniers que t'as ramené chez toi. C'est déjà un progrès. 

Jusqu'au bout tu es consentante.
Ou presque. Parce que beaucoup d'alcool quand même. 

Tu l'avais senti un peu pressent quand vous vous êtes retrouvés tous les deux, du coup t'avais un peu les nerfs. Mais au final, t'es bien contente de pas être seule.

Sauf que ça va trop vite. Qu'avant même que tu aies pu en placer une sur le fait que tu prends pas la pilule et qu'en plus vous vous connaissez pas et qu'il faudrait vraiment se protéger là, c'est trop tard. Il est déjà partout sur toi, en toi. Et le joli garçon fluet pèse désormais trop lourd pour tes petits bras. 

Alors tu lui dis "Non, arrête" plusieurs fois, mais ça ne s'arrête pas. Tu le pousses, mais c'est impossible, pas dans cette position. Il ne bouge pas. C'est comme s'il n'entendait pas. Tu finis par crier. 

Tu te souviens que ta coloc est là, à deux portes, et que c'est une meuf et qu'elle va comprendre et qu'elle va venir. Mais tu cries et tu paniques et tu bouges mais rien n'y fait. 
Alors en désespoir de cause, tu griffes et tu tires ses cheveux. 
Là, il a un mouvement de recul, un mouvement de réflexe. 
Tu en profites pour gueuler plus fort, et te dégager. Il a l'air hébété. Tu sais qu'il n'est pas méchant, mais il a quand même fait ça. 

Tu t'enfuies dans la salle de bain où tu t'enfermes et tu pleures, en te disant que merde t'avais bien envie de le revoir, éventuellement, celui-là, à la base.
Beau, drôle, intelligent. Tu l'as pas fait des tas de fois, mais tu as déjà ramené des garçons, et jamais, jamais, tu n'aurais imaginé ça. Pas avec lui, pas chez toi. 
Ca n'arrive qu'aux autres.

Depuis, il y a le vide et le froid. 
Tu as bien essayé de le localiser. Mais, après avoir quand même dormi chez toi, il a bien pris soin de vérifier que tu n'avais aucun moyen de contacter qui que ce soit de son groupe d'amis, et il est parti. 

Il ne te reste qu'un prénom, une vague occupation, et beaucoup de trous noirs.

Le vide et le froid, tu dois les gérer seule. Parce que tu es toute seule. Parce que ta coloc t'a laissé gérer toute seule. Parce que la pote avec qui t'étais en soirée t'a laissée toute seule et que pour te consoler tu t'es laissée attendrir par lui
Parce qu'à force d'être seule, tu deviens folle. Tu sors, tu bois, et ça te réchauffe un peu de savoir que tu plais autant. Qu'ok on te claque la porte au nez dès que tu ouvres un peu ton coeur, mais au moins y a plein de bras qui veulent bien de toi. 
Que t'as besoin de personne.

Ce soir, j'ai besoin de plein de gens. Je sais pas comment le dire, je sais pas comment faire. Parce que ça tombe mal cette histoire. Ca tombe quand plein de gens ont besoin de plein de gens. 
Plein de gens avec des drames différents, mais autrement plus importants. De ceux dont on ne se remet pas.

Alors pardonnez-moi de ne pas avoir été assez forte pour décrocher mon téléphone et vous appeler et vous le dire, mais c'est ici que s'inscrivent mes drames, et c'est ici qu'ils continueront à s'amonceler. 
C'est ici que je me sens moins seule.
J'avais besoin de passer par là. 

lundi 16 novembre 2015

Flu



D'abord il y a des mots qui sortent de ma bouche, trois, les mêmes. "Non." "Non !" "Non !!!".
Puis il y a le scroll du dernier espoir. Twitter, dis moi que c'est pas ce que je crois. 
C'est ce que je crois. 
Je sais juste pas à quel point. On ne le saura pas avant une poignée d'heures encore.
Je me lève. Je me rassois.
Je regarde avec défiance ma télévision éteinte. Combien de temps vais-je tenir avant de l'allumer et de revivre les meilleures heures de janvier dernier ?
Je me dis que ça peut attendre. Je reprends le pouls de Twitter.
Je vois le mot "Bataclan".
Puis encore.
Et à nouveau.
Je comprends. Je dessaoule direct.
Je checke le site, je vérifie le groupe.
J'envoie un premier message, à mon amie qui est de tous les concerts. 
Elle répond aussitôt. Non, elle n'y était pas, mais elle est à Saint-Denis et elle a entendu des explosions. 
Alors c'est vrai.
Mais mon esprit revient à la salle de concert. Je la connais. Si c'est encore en cours... je sais que ce sera une boucherie. 
Je n'ai pas eu beaucoup de date dans ma vie, mais j'en ai eu une au Bataclan.
Je fais le tour mental de mes amis susceptibles d'être à ce concert. Ceux qui bossent de près ou de loin dans la musique. 
La deuxième personne à qui je pense, et le premier garçon, et celui qui reviendra inlassablement dans mes pensées à chaque temps de répit, c'est aussi le dernier à m'avoir brisé le coeur. 
Pourquoi lui ? Les mystères du cerveau. J'étais pourtant sûre d'avoir exorcisé un truc en couchant avec son sosie (en plus jeune < 3 )
Bon. Non. 
Alors je passe aux autres. Je dis même pas ce qui se passe, je vais à l'essentiel "t'es où ?" et "rentre chez toi". J'explique après. 
Je m'aperçois que j'avais un appel en absence, je me dis qu'on s'inquiète pour moi. Je rappelle, je tombe sur le répondeur, je dis de pas s'inquiéter, que si c'est à cause de ce qui se passe : je suis chez moi, je suis safe.
Safe. Le mot qui reviendra miraculeusement s'apposer sur tous les visages de mes proches. De mes gens au premier degré. 
Les uns après les autres.
On me rappelle : "De quoi tu parles Johnson ? Ton message m'a foutu la trouille !" 
C'est vrai que j'ai la réputation d’exagérer, tout, tout le temps. Mais là non. Et j'aurais préféré.
Me voici dans le rôle de celle qui doit annoncer à son amie que le resto dans lequel on aime manger a été touché, que le bar dans lequel on se pinte régulièrement, aussi, que la rue de la Fontaine au Roi, que... Elle sanglote. Elle essaye de répéter aux gens autour d'elle. Mais elle est en province et ils s'en foutent.
Ils se rendent pas compte.
Nous, parisiens, en 2/3 mots clefs, on a tous saisi.
On a compris qu'on était leur cible. Que si Charlie, c'était le symbole, on était la chair à canon. 
Parce que quand Paris m'a adoptée, c'est pas dans mes minuscules apparts que je me sentais en sécurité. Mais à la Flèche d'or, au Truskel, à la Cigale et au Bataclan.
A la Maroquinerie, à la Bellevilloise, à l'Olympia et au Trabendo. 
Au Zèbre, au Pop in, à la Caravane. 
Ce n'est que le lendemain que je me souviendrai que j'étais au Carillon, il y a encore deux semaines, pour l'anniversaire d'un pote. De la gentillesse du barman. Que je fume pas, mais que j'étais sur cette terrasse, parce que j'ai suivi le groupe.
Les rapprochements, je ne les fais pas vite. 
Une fois que les proches sont "safe", il s'agit de faire le tour des proches de proches. Ceux qui sont sortis de ma vie, ceux qui s'en sont éloignés. Les gens importants pour mes gens importants.
Dans un coin de ma tête, il y a toujours les miens injoignables. Ceux dont je n'ai pas le numéro. Ceux dont je n'ai pas le nom. Ceux qui sont derrière des bars, inamovibles, et que je n'ai jamais jugé bon d'archiver autrement dans ma vie. 
J'envoie des mails. Des bouteilles. 
Je me ressers un verre, en me souvenant que j'ai dessaoulé et que c'est vraiment pas le moment. 
Les rapprochements, je ne les fais pas tout court.
Je suis sur le cul d'être passée entre les mailles du filet. Je reste persuadée que ça va taper proche. Que ça va finir par m'éclater à la gueule, personnellement.
Je garde cette idée dans un coin de ma tête. Toujours maintenant.
Mais, jusque là, ça n'est pas arrivé. Les morts sont des amis de connaissances ou des troisièmes degrés de relation, il y a une barrière de protection entre eux et moi. 
Je bosse dans le même immeuble que l'une des victimes. Je réalise ça peu après avoir appris que mon coloc de bureau faisait partie des otages.
Tellement tard. Tellement après la bataille.
La bataille, je l'ai menée sans le calculer. Samedi soir. En sortant boire une bière.
J'ai fait une peur de tous les diables à un type qui se croyait seul dans ma rue. Un malabar. 
On m'a appelé en détresse "t'es sûre que c'est une bonne idée ?". Deux fois.
C'est toujours une bonne idée de sortir aller boire une bière, damnit
Je rejoins la confrérie de la résistance houblonnée. 
Y a tellement personne qu'on a un canapé pour nous. Récompense.
Sauf que je suis Johnson et que j'ai un sens de l'orientation de merde. Mais alors vraiment. Et qu'avant de rejoindre les visages amicaux. Les hugs. Les quatre bières... Je suis descendue à Oberkampf.
Je suis pas gourde. J'ai un cerveau assez rapide d'habitude. Je suis capable de me débrouiller dans la vie de tous les jours.
Mais je suis descendue à Oberkampf.
C'est un réflexe, que voulez-vous, je prends le métro le moins possible, je voulais pas faire de changement, et ce n'est que quand je me suis fait dévisager par les gens de la station que j'ai compris où je foutais les pieds.
En grimpant les marches, j'ai été éblouie par des dizaines de projos. Des journaleux qui pédalaient dans la semoule à faire du remplissage avec du rien. Des badauds qui prenaient des putains de selfie.
Les flics, à cran. 
Fuckfuckfuck que je suis conne
Forcément les "bonnes" rues sont barrées. Je sais pas comment m'exfiltrer, alors je tourne dans le quartier, et je m'enfonce dans un pèlerinage involontaire de plus en plus morbide. 
Je finis par trouver un chemin. Mon chemin.
Je rejoins les autres. En sueur, en tremblant. 
La soirée sera émaillée de mini blackouts. 
Je pense à mon collègue, je pense aux barmens, je pense à lui, puis d'un coup je pense plus.
"Ca va, Johnson ?"
"Comme tout le monde..."
Parce que pour une putain de fois, on s'aime. On est pareil. Tous égaux dans la lose. 
Tous pervers. Tous abominables. 
Je suis une putain d'idolâtre.
Une putain d'idolâtre qui aime beaucoup trop le mot "putain".

Je finis ce message lundi matin. Au bureau. 
Entourée de "Ca tient à quoi." de "Tes proches ?" de "Ca aurait pu.". Les demi-sourires gourds. Les regards qui fuient. Les mains qui tremblotent. 
Mais au moins le silence est terminé.
Le bruit des photocopies, des machines à café, du téléphone. Le bruit de la vie de tous les jours. 
Quelques blagues, même. 
On sent, on sait que cette envie de tous se prendre dans les bras va nous passer bien vite. 
Quelque part ça nous manquera, quelque part bien sûr que pas du tout.

Maintenant, on doit réparer Paris.



mardi 10 novembre 2015

Be the man that gets them up on their feet



Les semaines passent comme des tempêtes parce qu'elles sont remplies à ras bord.
Je n'aspire qu'à une chose, vivre mes quelques moments de répit un énorme casque sur les oreilles, The 1975 à fond, me faire un sandwich, et le mâchouiller devant la mine frustrée de Marlou, en regardant mon plafond, encore et toujours.

J'ai changé plusieurs fois de plafond, hein, mais c'est toujours chimériquement le même. 
Je mâchouille seulement avec de moins en moins de conviction.
Puisque ma conviction, ma force et ma ténacité m'ont quitté il y a à peu près un an, quand tout a basculé.

Quand une poignée d'inconséquents ont fait joujou avec mon coeur just because. Quand ils ont évacué ça les mois suivants avec un "bah on se rendait pas compte".

Bah non.

Puisque les gens ne se rendent jamais compte, à quoi bon les inclure ?

J'ai parcouru mon blog à la même date, il y a un an. Et fuck j'étais heureuse. Comme jamais. 
A quoi ça tient.

Depuis, le sourire franc a disparu tout à fait. Me reste le smirk. Ce sourire en coin qui ne monte pas assez fort et n'atteint jamais les yeux. Ne gonfle pas la poitrine.

Je me roule dans mon canapé ouvert, comme l'année dernière. En commémoration fortuite. Je souffle pour moi.

Une année débile vient de s'écouler. Gâchée comme beaucoup dans ma vie par un "On s'en rendait pas compte". 

La vengeance ne m'effleure même pas, parce qu'il y avait trop d'amour à la base. 
On ne se venge pas d'un fruit appétissant acheté au marché pour son parfum unique et qu'on découvre pourri en le déballant une fois chez soi. 
On le jette.
Et on constate qu'on a perdu une poignée d'euros. 
Voilà. 

Des tapes dans le dos et des encouragements de "T'es hyper forte !" "T'as fait ce qu'il fallait !" d'il y a un an ne restent que des haussements d'épaule et des "Putain, lui je lui claquerais bien la gueule, en toute amitié pour toi Johnson." ou des "Ce mal qu'il a fait en si peu de temps".

Alors j'écarquille les yeux, je réalise une parcelle de plus de la vérité de tout ça, puis je me ressaisis et je leur démontre en deux trois phrases qu'il avait pas un mauvais fond. Pas lui en tout cas.

Je me rends compte dans ces moments là de ce qu'il a infligé à mes proches. Le fait de récupérer la Johnson de 16 ans et demi, avec ses cernes, son dégoût de l'Homme et ses certitudes que toutes ces conneries de sentiments, c'est pas pour elle. 

Le bond en arrière dans ma vie, dans la gueule de mes amis. Le découragement que je lis derrière leurs yeux compatissants, que je croise de plus en plus rarement, parce que je suis une oeuvre de charité désormais, dont on s'occupe comme de ses papiers, parce qu'il le faut bien.

Ca me tue. Ca me ronge. 
Ce sont mes amis l'important, pas ces choses extérieures sur lesquelles je n'ai aucune prise, mais qui me foutent pourtant à genoux. Impropre à la fréquentation. 

Bitch, what have you done... 

I loved you first.



Je tourne les pages électroniquement. Ca fait clic-clic-clic, parce que j'ai dû rendre ma liseuse top notch, et tous les auteurs découverts avec, à la boîte qui m'a rendu ma liberté. Et comme après j'étais libre mais pauvre, je me suis acheté la version antérieure antique. 
Clic-clic-clic donc. Marlowe me juge vaguement, mais reste plus endormi qu'alerte.
Après un paragraphe particulièrement prenant, je siffle entre mes dents.
Il ouvre les yeux puis fronce les vibrisses. 
"Sorry, Marlowe".
Il laisse échapper un "Oomph" miséricordieux et repose sa tête sur ses pattes.
Je poursuis la lecture et n'en puis plus. La pression monte. Je me tends, je me tords. Je laisse échapper un "NAN MAIS C'EST PAS POSSIBLE." auquel échoincide un "Meow!" outragé.

Il a raison. Ca fait 1 an trois quart qu'on vit ensemble et il ne m'avait jamais vue faire autant de simagrées pendant que je lisais. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'il s'était laissé aller à un sommeil réparateur contre ma cuisse (chaleur humaine) sous l'ordinateur (chaleur pas humaine) et la lampe de chevet (parce que la liseuse est de première génération et n'est donc pas rétro-éclairée).
Bordel à cul qu'il s'attendait pas à ce que je trépigne comme une dinde épileptique en poussant des jurons étouffés.

J'ai un peu tué une des seules choses qui me rendait heureuse en devenant éditrice. Les livres ça ne me fait plus cet effet, car lire = boulot, généralement en anglais, généralement en biais parce que pas le temps, généralement caca parce que c'est le travail d'un chercheur d'or.

Bref, Marl était loin de se douter que j'allais faillir à mon habitude statufication marbresque. 
Et moi aussi.

Je souffle. Je fais autre chose. Je présente mes excuses une dixième fois après avoir réveillé El Marlito pour la onzième fois. Je lui gratouille le sommet du crâne. Je procrastine.
Pour ne pas cliquer une page de plus. Parce que je n'en puis plus.

Parce que depuis le début de ce bouquin, je lis mon histoire, mon ressenti. Le condensé de 11 ans de blog en quelques pages vives, efficaces et terriblement annihilantes pour ma stabilité. 
C'est comme si je me découvrais sous un nouveau jour, comme vraisemblablement certains gens me voient.
Ca n'est ni un drame, ni une satire, ni un truc glauque.
C'est drôle, enlevé, il y a un fond de drame, certes, mais ce n'est pas à ça que je m'identifie.
Non, c'est une putain de romance
Et Dieu sait que j'en ai lu des tonnes grâce à E.L. James (pour les noobs, sachez que si un livre devient un best seller, on ne lira, nous éditeurs, que ça dans les 5 années à venir, même s'il s'agit de la vie d'une branche de brocoli. Imaginez 1000 bouquins sur des brocolis. Et non, me dites pas "bahoui", ce que vous voyez en librairie c'est la pointe de l'iceberg, et surtout vous avez pas à vous les tartiner tous sans tri et sans exception "PARCE QUE C'EST CE QUI VEND."). 
Bref, ce n'est pas un problème de genre. C'est juste que les répliques, le passé, les émotions, les systèmes de défense pourtant uniques (aka : pas lus ailleurs) de l'héroïne sont les miens. 
Dans les premières pages elle évoque même MON homme idéal. 
Du coup, forcément, j'ai lu la suite au premier degré, l'identification marchait complètement, au point que, j'ai commencé à avoir les mêmes réactions à sa vie qu'à la mienne.
Et j'ai compris tout un tas de choses sur pourquoi je merdais. 
Je ne voulais pas qu'elle ait le garçon. J'avais peur comme elle, pour elle. Et j'étais ravie qu'elle se barre à gauche quand l'évidence était à droite.
Je devais faire des pauses, tellement j'hyperventilais. Tellement d'une page à l'autre, je courais le risque de réaliser que j'avais eu tort, toute ma vie. 
Et puis j'ai tourné quand même une page, un nouveau chapitre. Et j'ai découvert l'intrusion du point de vue de son intérêt romantique. Il devenait narrateur pour la première fois, à plus de la moitié du bouquin. 
Et j'ai souffert fort. Parce que ça n'avait rien à foutre là. Réfléxe d'éditeuse. Que c'était la première maladresse vraiment gênante de tout le bouquin et que j'espérais plus que tout qu'il se tienne de bout en bout. 
Et puis, le pro mis à part, je ne voulais surtout pas savoir. Pas savoir ce qu'il pensait. Pas savoir qu'il pouvait éventuellement être un total connard, oui. Mais surtout pas savoir qu'il pouvait être un mec bien.
Parce que savoir que quelque chose est possible, ça entrouvre Pandora's box. Tous les feels inside te sautent à la gorge et ils se remettent en place. 
C'était peine perdue.
J'ai mentalement, sans pouvoir lutter contre, passé en revue tous les hommes de ma vie. Enfin, ceux qui ont compté, vraiment. Qui, en fait ne sont pas ceux avec qui je suis sortie, ou avec qui j'ai couché, parce que ma vie est mal faite. 
Je me suis vraiment mise dans leur point de vue. Je n'ai rien faussé avec le mien. Je n'ai pas voulu me donner raison ou tort, ou me torturer. J'ai juste pris la position de l'héroïne dans ma propre vie tout d'un coup propulsée comme vue par les yeux du héros. 
C'était instructif. C'était bien.
Et puis rien n'allait plus.
Car ça se tenait ce choix narratif, ça s'est justifié. Et donc c'est pas le côté pro, qui a fait complètement flancher mon sourire et qui m'a fait sortir de la torpeur provoquée par ce roman. 
Ce qui m'a refroidie et m'a expulsée loin, et c'est terrifiant à dire, ce qui m'a sortie violemment de ce petit nid, c'est le happy-end.

Parce que comme quand mes ami(e)s parlent de leurs familles aimantes, et de leur bonheur conjugal et de leurs envies d'enfants, mon esprit vagabonde. Parce qu'il n'a rien à dire sur ces sujets là. Parce qu'il n'y connait fichtrement rien. Parce qu'il ne peut entendre ces arguments. 

Généralement, dans ces cas-là je bois ou je me goinfre. Parce que c'est socialement admis, de pas parler parce qu'on a la bouche pleine. Puis j'enchaîne avec un sujet que je maîtrise dès que je sens le vent tourner.

On peut pas faire ça avec un bouquin. J'ai beau arrêter ma lecture ou la ralentir, je dois aller jusqu'au bout. Aussi bien professionnellement, que personnellement, je dois me fader ce putain de bonheur. Eclater Pandora's box et confronter mon pire ennemi qui fait son grand comeback : l'espoir. 



mardi 3 novembre 2015

Beneath the sheets of paper lies my truth





La dernière fois que j'ai voulu écrire ici, j'ai commencé par "La dernière fois que j'ai dormi avec un garçon,..." et puis la vie m'a interrompue et la note n'a jamais été terminée/publiée. 

Depuis cette tentative, cette première phrase n'est plus vraie. 

Les compteurs sont remis à zéro.

J'ai l'impression, ces jours ci, de vivre dans Alias sans qu'on m'ait tellement briefée. Comme si j'étais un Time Lord au lendemain de sa régénération. 

Je glisse de palace de la rue la plus chère du Monopoly, en Sorbonne - mais sur l'estrade cette fois, en bras de jeune homme qui croit que j'ai 22 ans, moi aussi, de grand rassemblement de l'internationale hipster, en salle de cours où j'étudie aux côtés du producteur le plus en vue du moment, et même que quand j'en parle, dans un restaurant, les inconnus voisins m'interrompent et s'immiscent, comme si je faisais partie d'un tout. 

Je n'ai plus 22 ans depuis 5 ans, mais j'ai par contre un syndrome d'imposture toujours fermement chevillé au corps. Auquel s'ajoute un syndrome post-traumatique, depuis peu. Et un chauffe-eau en rade.

Je suis au bord de la crise de nerf tandis que les chiffres de vente de mes livres explosent. La pression s'intensifie, aussi. La perfidie prend de l'ampleur, et j'incarne le défouloir parfait, plus que jamais. 

Depuis que je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas de place pour un significant other dans ma vie, j'ai du mal à cerner ce qu'il me reste à accomplir ici-bas. Tout l'intérêt de mon existence repose sur une masse de 5 kilos de poils noirs mi-longs qui mordillent ou ronronnent au choix, selon l'humeur. Cet été m'a prouvé que je pouvais tout perdre très rapidement. 

Plus d'illusions. Rien de très excitant, en perspective. En venir à la conclusion que pour s'en prendre le moins possible dans la gueule, il fallait éviter de bouger. Ne pas lever le petit doigt. Ne pas sourciller.

C'est dans ma nature profonde, pourtant, de me révolter et de faire bouger les choses. On m'a rappelé il y a peu qui j'étais, avant. 
Avant que la vie et ceux qui la parsèment s'emploient à me faire comprendre à grands coup de tacles à la gorge que ça ne fonctionnait pas comme ça. Que les gens comme moi ne gagnaient jamais, ou alors pas très longtemps. 

Je suis ce que je déteste : blasée, immobile et au bord de la compromission. 
Ca me saoule tellement qu'on s'intéresse à moi, qu'on me fasse raconter mes journées, qu'on mette la focale sur ma petite vie, que j'en deviens ronchon. Si je fréquente les autres, c'est pour me changer les idées, être rassurée sur le monde et tenter de leur apporter une aide quelconque. D'améliorer leur vie. 
Le projecteur est trop aveuglant quand il est braqué sur moi. Ca me transforme en animal sauvage. 

J'ai démissionné de la vie il y a un moment. 
Il n'y a pas grand-chose à savoir sur mes journées : je meuble, je m'efforce de me divertir, de penser à autre chose qu'au vide car tout le monde sait combien j'ai le vertige. 
A croire que ma vocation réelle était en fait de devenir ange gardien. Mais j'ai vérifié, il n' a pas d'annonces de ce genre chez Pôle Emploi.

Avant, je passais ma vie à attendre, quelque chose, quelqu'un, pour moi.
Maintenant que j'ai compris que j'étais coincée ici - à cause des autres -, j'attends l'opportunité d'être utile à quelqu'un, à quelque chose. 

Je suis à dispo et non plus dispo. 


mardi 20 octobre 2015

I keep falling, maybe half the time


[But it's all the rage back home]


Je crois que c'est de l'ordre de la Pensée magique. Vous savez, comme quand l'Amélie Poulain du pauvre était persuadée que si elle marchait sur toutes les lignes, par terre, son fiancé reviendrait de la guerre. 
Et bien je crains d'être affectée.

C'est simple, dès lors que je me laisse avoir un sentiment de reconnaissance sincère, dès que les derniers doutes s'envolent et que ma confiance est acquise, dès que je formule cet amour... PAF ! La personne me trahit, d'une façon ou d'une autre.

Je me souviens qu'avant cet été cauchemardesque, j'étais très proche d'une personne qui m'avait été fidèle au plus profond de ma semaine de l'horreur de 2013, où tout s'était écroulé. Elle faisait partie de ces connaissances professionnelles qui se révèlent être quand le personnel ravage tout. 
Quand quelqu'un est présent quand il n'y a vraiment rien à espérer de vous, vous pouvez vous dire qu'il n'est pas là par intérêt. 
J'ai baissé ma garde. 
Et j'ai été sacrifiée sans savoir ce qui me tombait dessus, parce que je lui ai fait confiance les yeux fermés. 
J'ai bossé durant 6 mois, mis beaucoup de forces dans la bataille, je me suis engagée personnellement, moi et ma réputation reconstruite, celle qu'on avait reconstruite à deux, je lui ai donné tout ça. Et, sans explications, le château de carte s'est effondré. Ca m'a mis sur la paille, m'a fait repartir de zéro sur beaucoup de plans, et naviguer de jobs alimentaires en double plein-temps. J'y suis encore, dans cette ornière, plus que jamais. Et je n'ai eu aucune explication. Rien.

C'est une règle, dans nos sociétés, de ne jamais justifier. D'évacuer les choses par la petite porte et de ne rien expliquer. 
Je déteste ne pas comprendre. 

Alors depuis, je m'efforce de vivre avec ce couteau planté entre les deux épaules, qui a rejoint le reste de ma collection.
Celui-ci me fait particulièrement mal, parce qu'il remet en cause les fondations, les critères de ceux à qui j'accorde ma confiance. J'ai une grande tristesse devant ce côté que j'aime pourtant bien chez moi : celui de m'emballer fort, vite, pour les choses. L'espace d'un instant, je me suis dit qu'avec des gens comme ça, je pouvais aller partout, ça m'a rassuré à l'échelle de l'Humanité. Alors me prendre dans la gueule l'exact contraire a fini de me faire vaciller. 

Je suis une ombre depuis quelques mois, avec l'impression tenace de me balader entourée d'un cube en plexiglas. Que quoi que je fasse, où que j'aille, rien n'y fera, je n'arrive pas à atteindre et on ne m'atteint pas. 

Souvent, je pense à des choses mais ne les dis plus. Je ne m'impose plus dans la vie des autres. Je ravale mes envies de sociabilisation, car tout le monde saute sur l'occasion de ne pas passer du temps avec moi. 

Hier, j'ai revu quelqu'un de mon passé. Quelqu'un qui m'a surprise, parce qu'elle n'avait aucune raison de me le dire, mais m'a fait part de la reconnaissance qu'elle éprouvait à mon encontre car à un moment donné j'ai pris le temps, sans rien attendre, de lui filer un coup de main. Parce que j'ai partagé un peu de mon savoir pour l'armer, pour ne pas qu'il lui arrive tout ce que j'avais éprouvé.
Ca m'a presque donné envie de pleurer. A force d'être persona non grata, on en oublie qu'on a forcément, à un moment, eut un impact positif dans la vie de quelqu'un.

A force d'être seule, on en oublie qu'on n'est pas un fils de pute.

mardi 22 septembre 2015

You'll never fumigate the demons



J'ai toujours rêvé d'être un vampire, mais pas pour les raisons qui paraîtraient évidentes.

Parce que, quelque part, je me suis toujours reconnue dans ces gens au teint translucide qui ne sourient jamais. Sauf que chez eux, c'était plutôt bien accepté. 

J'ai toujours rêvé d'avoir une vraie bonne raison de raser les murs, fuir le peuple et ne sortir que la nuit. J'ai toujours kiffé les petits vieux, alors une personne super âgée dans le corps d'un éphèbe, c'est un peu le combo parfait, à mes yeux. 

J'ai pas envie de vivre éternellement (j'ai déjà du mal à remplir mon quota terrestre), pas envie d'avoir plus de pouvoir que j'en ai déjà, pas envie de tuer des animaux pour me nourrir (et encore moins des gens). 

Mais j'aimerais bien rencontrer d'autres gens pâles aux yeux injectés de sang qui aiment s'habiller en couleur sombre et avoir l'air d'en savoir beaucoup plus qu'ils n'en disent.

J'ai toujours rêvé d'avoir une raison valable de me sentir seule.

La transition n'est pas évidente, mais il y a une raison si Quelques mots d'amour me parle autant. 

Il y a du bruit et des gens autour de moi. Si j'appelle quelqu'un, il accepte de me voir. Je peux remplir mes soirées et alterner phases de solitude et sorties.

Pourtant... Pourtant, non. Ce n'est pas parce que je suis en compagnie de quelqu'un que je me sens moins seule. Peu de personnes sont capables de me comprendre (et j'ai bien conscience du côté prétentieux de cette phrase), et parmi ces quelques élus, peu font l'effort de chercher à me comprendre vraiment.

Car ce sont les efforts qu'on fait pour une personne dont on veut partager la vie sentimentale, pas amicale. 

Mais j'ai trop de mal à vivre en me limitant à la surface. 
 Et c'est difficile d'accepter que ma volonté de comprendre tout et tout le monde n'est pas, ou infinitésimalement, partagée. 

En ce moment, lors de mes phases d'endormissement et de réveil, défilent les images de rejets et d'échecs sociaux qui ont parsemé ma vie. Je suis assez lucide pour savoir que si une telle guigne me poursuit, c'est aussi parce que quelque chose cloche. Longtemps, ça a été chez moi. Beaucoup, ça a été chez les autres.

Je n'arrive pas à ne pas être exigeante, à me contenter de peu. A me dire "bon, c'est déjà pas si mal". Même si j'y suis contrainte, car sinon je deviendrai folle pour de bon. 

Virer les gens malveillants a été l'étape 1, les gens malhonnêtes, l'étape 2, je faisais un charter avec les profiteurs et je suis passée à l'étape 3 : éliminer les lâches.

Quand je l'ai annoncé à une connaissance, elle m'a répondu "Et bah, il doit pas de rester grand monde". 
Non. En effet.
Mais en même temps, j'aime pas les gens, et ceux qui restent sont forcément au top. 

On m'a aussi dit "Tu te plains tout le temps d'être seule mais quand on vient à tes soirées on doit asseoir les gens par terre et en plus c'est plein de personnes super intéressantes."

Ouais, mais pour le coup, c'est mon travail de sélection qui est super, pas ma personnalité. Les gens viennent parce qu'ils savent que je prévois toujours trois fois trop de bouffe et d'alcool et aussi parce qu'il y a toujours d'autres supers personnes. Pour autant, pas grand monde ne m'adresse la parole.

La grande parabole de cet anniversaire de CE2 où toute la classe était venue dans mon jardin, mais où personne ne voulait jouer avec moi. 

Si je n'attire pas la lumière à moi, si je ne provoque pas les choses, personne ne pense à le faire. A prendre les devants. A faire assez de place pour passer un moment privilégié en ma compagnie. 

Je me sens toujours un peu corvée quand on me dit "oh et j'ai invité bidule et bidule, parce que j'ai pas le temps en ce moment." comprendre : du coup je vous cale tous le même soir et je suis libre pour les choses que j'ai vraiment envie de faire.
Comme ces amis qui coupent court à la soirée pour rejoindre la personne qu'ils ont vraiment envie de voir.
Je suis obligée de me plier à ces coutumes sociales, mais ça n'en est pas moins acceptable pour autant.

C'est parce que je suis extrêmement sensible à tout cela, que je ne me sens bien que lorsque je perçois clairement que la personne a vraiment envie de me voir, que ça lui fait plaisir d'échanger avec moi, que je préfère généralement rester seule. 

Car, soyons sérieux 5 minutes, qui, de nos jours, a encore du temps à consacrer pleinement à qui que ce soit ?


mardi 15 septembre 2015

Here's a story about the rules of death and glory



J'ai beaucoup trop foi en l'humanité. Oui, moi
Une des personnes que j'admirais le plus est devenue un gros beauf. Je le vois à travers les quelques images qui me parviennent de sa vie sur les réseaux sociaux. Alcool, blondes à gros einss et monde la finance. Joie. 
Ca a toujours été un grand sportif, et puis il a déménagé aux USA et il est devenu le stéréotype du Jock (aka l'athlète dont la popularité est inversement proportionnelle à la matière grise).

On dit que les voyages forment le caractère, mais ça n'est pas forcément positif. Je retrouve généralement mes amis avec les mauvais traits accentués lorsqu'ils reviennent de leurs expatriations.
Comme si se barrer permettait tout, et qu'en étant libre, on devient con.

Ce n'est pas le cas de tout le monde. Parfois ça n'est pas la connerie qui est amplifiée. Par exemple, moi, quand je suis revenue de mon trip à New York, c'est mon côté reine du mystère/sphinx sans secret qui a été renforcé, les voyages me renferment sur moi-même et mon mon intérieur, me ramènent à cette grosse tendance viscérale que j'ai à l'évitement des autres.

Alors j'ai été sans doute la moins surprise de mon entourage quand on s'est tous aperçus que cet autre ami, qui fut l'un de mes plus proches, m'évitait d'une manière qu'il doit sans doute estimer habile (mais en fait claire comme de la vodka). Beaucoup de gens me demandent de réagir aux news brûlantes de son actualité vitale et je hausse les épaules en pinçant les lèvres, car comment serais-je au courant ? 
Je ne me bats plus contre ça. Je suis quelqu'un qui dit les choses et à qui on peut tout dire, alors si malgré cela on préfère entreprendre une telle mascarade aussi maladroite que ridicule et surtout complètement cramée pour me tenir à l'écart : je m'assois dans mon canapé et je fais péter les pop-corns. Et je passe à quelqu'un d'autre une fois que le spectacle est fini.

C'est une réflexion que je me fais souvent : je suis beaucoup plus relax avec mes amis mecs, et ils me déçoivent à chaque fois, si bien que je n'ai plus, moi, que des amies filles à l'heure actuelle.

Je suis d'une exigence totale avec mes potes meufs, ça confine à la misogynie, vu de l'extérieur. En vrai, je crois être à l'extrême inverse (pas forcément mieux) : une fille est fondamentalement capable de relever de tels défis car tout représente un défi quand on nait avec un utérus. Bien sûr, il y a des courges à qui je dis "ne fais pas ça c'est un tue-l'amitié pour moi, je préfère te prévenir" et qui vont faire.cette.exacte.chose.à.répétition. Ce sont généralement le genre à revenir la bouche en cul de poule vérifier que j'aurais pas choppé un Alzheimer précoce et s'il serait possible de se réintroduire dans ma vie ? 1) je vois pas en quoi faire partie de mes ami(e)s en vaut tellement le coup, 2) ça me confirme que la personne me connait vraiment, mais vraiment mal, et cela me conforte encore plus dans ma décision. 

Le coup de l'amnésie "il ne s'est rien passé, tout est comme avant" m'insupporte car cela insulte mon principe vital d'honnêteté, et tu peux le faire avec qui ça te chante mais bon dieu de bois, réfléchis deux secondes avant de te comporter comme ça avec moi. C'est l'équivalent de jeter un jerrycan d'essence sur le brasier de ma colère.

Pour que les comptes soient tous réglés (ça a saigné pas mal dans cette note, hein ?), j'ajouterai que ça fait bientôt un an que je vis avec de la bile au bord des prémolaires à cause d'une poignée de gens qui ont décidé que ce serait rigolol de manipuler ma vie amoureuse et mes sentiments. Un an relationnel foutu en l'air parce que des putains d'égoïstes inavoués ont décidé sans me concerter de ce qui serait bon pour ma vie sentimentale. Un peu moins d'un an après, donc, le trauma est bien là. Les réminiscences du garçon de l'époque sont toujours trop nombreuses pour que je puisse passer à autre chose, et le léger problème de confiance en l'autre que j'avais déjà à l'époque est désormais un mur avec barbelés digne de la frontière austro-hongroise.  

Pro tip : avant d'agir "pour le bonheur" de quelqu'un, assurez-vous d'être heureux d'abord, oh et stables aussi. Genre mentalement. C'est une bonne idée non ?


That's all folks!

PS : le reste d'entre vous, qui avez assez de respect pour moi pour vous adapter à mon principe d'honnêteté, je vous remercie de me prouver tous les jours que c'est possible. Et n'ayez surtout pas peur de partir en voyage hein, je vous aimerai toujours en revenant. Normalement.


jeudi 10 septembre 2015

You knew it all along, didn't you?




Oh my freaking god. C'est l'intérieur de sa tête ça ?
– Huh-huh.
– Mais c'est Versailles qui aurait fait un bébé au Louvre et fauté avec Orsay.
– Faut dire qu'avec le temps qu'elle a passé seule, elle a pu super bosser la déco.
– Combien de gens vivent ici ?
– Une vingtaine de personnes, et une poignée de concepts fumeux.
– C'est... C'est Alexandre le Grand que je vois là-bas ?
– Celui qui joue à la crapette avec Antinoüs et Hadrien ? On dirait bien ouais.
– C'est quand même très très violet tout ça.
– C'est un des points communs qu'elle partage avec ses obsessions, du coup tout le monde est content. Sauf le bon goût, éventuellement.
– Et là-bas c'est quoi ?
– Le pub.
– Genre... avec du bois, de la bière et du gras ?
– Genre, ouais.
– Et il y a qui ?
– Jetons un coup d'oeil, mais généralement Oscar Wilde y fait la cour à Kit Marlowe.
– C'est pas un peu dégueulasse ?
– Ah non. Dans sa tête l'établissement a reçu 5/5 pour l'hygiène. 
– Je veux dire Oscar et...
– Oh. Bah voyons. Être fermé à ce point lors d'une journée porte ouverte de l'esprit, c'est pas joli joli.
– MAIS C'EST CONTRE NATURE.
– Mon petit, je ferais gaffe si j'étais toi, tu es en infériorité numérique, ici.
– MAIS... UN IRLANDAIS ET... ET... ET... UN...
– Élisabéthain ?
– C'est pas un chat Marlowe ?
– Si, et un détective privé, mais en l’occurrence c'est un espion/dramaturge/épicurien dont on ne se souvient plus que grâce à Shakespeare in love.
– Oh. Ca va alors.
– On passe à côté ? Je crois que c'est l'heure où Messire Patrocle défie Arthur Cravan à la boxe à mains nues. Il ne faut pas rater ça.
– C'est pas un peu dangereux ?
– Moins que le sous-sol. Énormément de vampires. Pas tous très bien élevés avec ça.
– Et à l'étage ?
– Il est un peu trop tôt pour que Monsieur Morrison soit réveillé, je le crains. Mais avec de la chance on peut croiser Sid Vicious faisant un karaoké avec Freddy Mercury, ils aiment bien faire ça, le samedi.
– Chanmé. Mais un peu perdu d'avance comme combat non ?
– C'est Marc Bolan qui décide à la fin.
– On n'est donc pas en démocratie ?
– Plutôt en anarchie partiale et subjective. Si jamais il y a des embrouilles, on appelle Stefan Zweig et il arrange tout à coup de biographies. Ne jamais sous-estimer les carressages d'égo, avec une telle troupe.
– Et, pardon hein, mais il n'y a pas de... meufs ?
– Si. Si si. Miss Aaliyah loge dans la penthouse. Amedeo est en train de faire son portrait.
– Et dans le jardin ?
– N'ouvrez surtout pas la porte. On ne peut pas les mélanger, sinon tout le monde perd la tête.
– Woah. Qu'est-ce que Dorian Gray fout sur une barricade ?
– Voilà le problème, ce sont les personnages de fiction et ils ne peuvent rencontrer leurs créateurs sinon problème de faille spatio temporelle ou truc dans le genre. Trou noir. Décadence et fin du monde. Enfin, quelque chose de non souhaitable, même à moyen terme.
– Mais vous m'aviez pas dit que les vampires vivaient au sous-sol ?
– Si.
– Mais... pourquoi ils sont pas dans le jardin ?
– Le soleil.
– Ah ouais, forcément.
– Et la petite pièce là ?
– C'est... c'est là où elle met tous ceux qui ont disparu récemment et dont l'aura commence déjà à faiblir.
– C'est pas le démon et l'autre démon d'Angel qui sont entrain de tout repeindre en vert ?
– CQFD. Glenn Quinn et Andy Hallett, plus exactement.
– Damn. Et elle se trimballe avec tout ce petit monde à l'intérieur, tout le temps ?
– Voilà.
– C'est un peu triste.
– C'est aussi très riche.
– Et dans l'hémisphère droit, il y a l'équivalent avec les gens du futur ? Genre ses rêves et aspirations ?
– Non. Plus depuis un moment. Disons que ça n'a pas connu le succès escompté. Slapette INC s'est donc replié petit à petit sur ses valeurs sûres.
– Je vois. Et il reste de la place, si on veut s'établir ici ?
– La plupart des sièges vacants sont déjà réservés, j'en ai peur. Mais tentez votre chance. Ca réveillera peut-être l'hémisphère droit.
– Mais du coup je suis obligé de devenir un talentueux visionnaire mégalo qui aime les hommes ?
– Je le crains.
– Bon bah. Je vais m'y mettre. Merci pour le tour euh... comment vous avez-dit que c'était votre nom déjà ?
– On m'appelle Johnson, je vis entre le sous-sol, le jardin et l'hémisphère droit.

mardi 8 septembre 2015

Remember, whatever



C'est pas que Paris est devenu trop petit pour moi.
C'est pas ça.

C'est juste que là-bas, je me sens mieux que nulle part ailleurs. Je crois que ça a toujours été. Même la première fois, quand j'y ai passé une poignée d'heures.
Je me sens à Londres comme assise au sein d'une famille aimante (c'est du moins l'idée que je m'en fais, puisque la nature ne m'a point pourvue des masses à ce niveau).
Je me sens toute la journée comme auprès d'un feu réconfortant.

Alors oui c'est le pire moment, car je n'ai pas un sou en poche, que j'ai un chat faiblard qui ne supporte pas de passer 20 minutes dans un transport en commun et que je commence une formation à Paris... mais c'est comme si une partie de moi, celle que je ne peux dédire, avait déjà décidé.

Je suis bloquée ici. Rien n'avance, ou trop lentement, ou de manière bancale - pas à mon rythme en tout cas.

Je n'ai aucun ami là-bas, pas encore, rien qui m'attendrait si je partais demain mais, soyons honnêtes : qu'ai-je de plus ici ?

Une soirée de temps en temps avec des amis qui ont chacun leurs vies, leurs projets et trouvent du temps à m'accorder au prix de grands efforts.

Mon appart est cool, mais pourrait toujours être sous-loué, une bonne garantie au cas où...

Là-bas, j'ai d'aussi jolis fantômes qu'en France. Là-bas il y a Oscar à chaque coins de rue, et pas juste sous une stèle. Là-bas, on se souvient de la plume de Marlowe. Là-bas, les gens s'excusent quand ils te bousculent et boivent de la bière toute la journée.

Là-bas, je me suis remise à lire.
Là-bas, je pourrais explorer.

Là-bas, il y avait un peu trop d'amoureux - mais c'est sans doute qu'il y a encore de la place pour eux ?

Là-bas, j'ai rêvé du grand roux, alors que ça fait un bail maintenant, mais c'était vrai et tangible et juste là. A portée.

Pour une fois, j'aimerais bien me tuer pour me faire renaître ailleurs.
Fate please, give me a hand.

mardi 25 août 2015

Pain's more trouble than love is worth




Je marche à grandes enjambées, mes talons s'enfoncent dans le sol meuble de ce parc de Boulogne. Qu'est-ce que je fous là ? Je ris. Je me prends la plus grande fournée de pluie dans la gueule que j'ai jamais vu.
Et je suis normande. 
Et ça me fait rire. 

Le maquillage de ce premier jour de travail coule et me transforme en Harley Quinn d'un soir. Entre le panier du chat et un parapluie, je devais faire un choix. J'ai pris le partie de me dire que l'appel du véto serait positif et que je m'en foutais des gouttes.

Il est joli, ce soir, l'interne de garde, il a des yeux doux, marrons, en amande, un teint olive, des cheveux brun clairs, soyeux, enfin ils ont l'air. Le vent s'est battu contre moi avec une force de mammouth mais je lui articule quand même que je suis là pour mon "ChatMarlowe". L'autre effet secondaire d'être normande c'est aussi de ne pas mâcher mes phrases, mes mots et mes syllabes. Du coup, quand il s'agit de demander quelque chose à quelqu'un alors que je suis dans un stress palpable, j'éructe. 

Ils me le rendent avec une cicatrice de plus, avec un gros pansement violet et avec des traits de caractères inédits (le ressentiment, la frénésie, la méchanceté et la rétivité). Je me dis que je vais savourer chaque minutes avec lui, mais il s'enfuit loin de moi, se planquer dans des endroits sombres. Gueuler à s'en déchirer la gorge près de la porte pour partir, s'il avait pu, il aurait fabriqué un baluchon.

Mais non. Toujours pas de pouces opposables au programme des chirurgies réparatrices vétérinaires.

Personne n'a su me dire ce qu'il avait. On s'est contenté de le perfuser comme un moteur diesel en le torturant pendant dans 4 jours dans une cage à dormir dans son urine, à manger au même endroit et à boire tout pareil. 

Je ne savoure pas, je tremble. A chaque mouvement. J'ai peur que ça recommence, comme ça recommence toujours. J'aurais dû l'appeler Damoclès.

Je commence à me dire que la prédisposition de son nom et de sa nature noire jouent peut-être en sa défaveur.

Je pense à demain au propre comme au figuré. 

Je suis désormais une mère célibataire dans la dèche qui accepte des petits boulots prostituant son intellect pour trois francs six sous. Je vais vendre mes dents et mes cheveux et chanter à tue-tête I dreamed a dream si ça continue. Et personne ne veut voir ça. 

J'encaisse le commute inter-minable(s). Je serre les dents en me levant comme les vrais gens. En enfilant mes vieux habits de dame. En maquillant les cernes, en cachant les vaisseaux éclatés, mais pas les griffes sur mes bras. 

J'ai lavé mes cheveux, ils flottent au vent. Je suis désormais assise derrière un bureau à m'aliéner. Comme avant. Je suis revenue à un milieu qui m'avait repoussée. Mais eux ont voulu de moi, et sans me rabaisser à des tas de simulacres, de droits d'entrées et de rendez-vous à répétitions. Ils me sous-payent mais ils ne m'humilient pas. L'équipe ne se cache pas derrière des illusions, ça pétarade dans l'open-space, c'est sans fin. 

Je suis fait licencier pour moins que ça. Ca me fait sourire. Ca m'apaise. Mon responsable a des grands yeux bleus et non un air condescendant libino-macho comme tous les précédents. 

On est venu vers moi pour déjeuner. On ne m'a pas pointé du doigt parce que j'arrivais avec un sac à chat. On fait un pas vers moi. Je ne demandais que ça... 

Ca éponge un peu mes dettes provoquées par le chat qui valait trois milliards. 
Il les vaut tellement pour la bonne raison que je n'ai que lui. Quoi qu'on en dise. 

Il est frappé de la malédiction de tous ceux que j'aime : il ne dure pas longtemps. 

Tout est si fragile que je n'ose pas bouger. Sauf sous la pluie, car quitte à éponger, je veux m'en prendre plein la gueule. Je veux que ça soit tonitruant, aussi fort qu'une tempête, et plus insidieux comme un mal qui se cache dans des replis mesquins.

Je veux du vrai et de l'honnêteté et du fort. Du vibrant.


I’m feeling so eternally grateful 
Now I realise 
Like a candle on a vacant table 
Being so denied 
Burning for no one 
I’m burning for no one

mardi 18 août 2015

Burnt out ends of smoky days



Je ne sais pas si c'est parce que j'ai des boobs, deux grands yeux bleus ou parce qu'au bout de mon bras c'est un joli chat aux longs poils lustrés qui pendouille dans son sac de transport. En tout cas moi, le jeune homme en pyjama bleu m'a dit de m'asseoir "mais normalement je devrais vous refuser". J'écarquille mes deux grands yeux bleus, j'ai passé 40 minutes dans les transports surchauffés avec mon chat fiévreux qui s'est fait ouvrir de part en part il y a 10 jours et j'avais bien pris la précaution d'appeler... "Mais au téléphone vous m'aviez dit de passer, qu'il n'y avait aucun problème ?" "Bah oui mais euh...". 

Le petit pouvoir qu'il a le rend tout fier, de manière tout à fait déplacée. Je reste debout, car les gens préfèrent avoir leurs animaux à côté d'eux sur le banc plutôt que les placer sur leurs genoux afin que je puisse, moi, humaine, poser mon séant.

C'est la bousculade générale à l'accueil, ils ne savent plus où donner de la tête : en août, tous les vétos privés se taillent en vacances et l'école véto de Maison Alfort est fermée pendant les congés scolaires, logique. Il y a 6 animaux devant moi, du plus mal en point au plus gaillard, qui se balade librement et sent le cul des gens. Oui, chiens et chats mélangés. Ca se passe plutôt pas mal, pourtant, sauf quand le bébé Berger Allemand vient sentir le nez d'un tabby sortant de consultation, il se prend une baffe, mais bon, il a cherché. #harcélementdechatte

Je prends mon mal en patience, je lis les petites annonces, une dame revend son chat "acheté" à la S.P.A parce qu'il ne s'est jamais entendu avec son siamois. Une autre "vend" son chaton sans race, 70€, il n'y a pas de petit profit, des retraités par poignées offrent leurs services de nounou pour animaux. 

Pyjama bleu me demande de me bouger, il doit lire les petites annonces à une personne intéressée au téléphone. C'est pas comme s'il y avait trois personnes en attente avec des animaux à la langue pendante qui font le poireau en chair et en os devant ton bureau. 
Le mien proteste de temps en temps, alors je lui laisse sentir ma main à travers la grille. Il fait chaud, c'est un grand chat, trop grand pour son panier de transport, mais j'en ai pour 1000€ de factures de santé pour son petit cul alors j'ai pas de quoi racheter ce genre de choses tout de suite.

D'habitude on va à pied chez le véto, une seule route à traverser, 3 minutes montre en main, il a toujours été cool et s'est laissé faire, du thermomètre dans le cucul aux seringues diverses.

Je suis tirée de mes pensées par un nouveau venu qui a son petit Jack Russell à collerette dans les bras. Il pose le chien qui tient à peine sur ses pattes et boîte comme s'il avait eu un AVC. Le mec est grand, gaillard, mais représente tous les signes extérieurs de classe populaire. Il voit le bordel collectif et décide de s'asseoir avec son pauvre chien mal en point. Je réalise qu'une place assise s'était libérée mais trop tard et puis je me dis que moi, ça va, je peux rester debout. 

Je sais que je vais passer bientôt car je leur ai réglé une jolie facture qui comprend les frais post-op. 
Devant pyjama bleu, c'est le défilé de mamies et de bobos qui viennent acheter leurs croquettes à 100 balles, pas du tout effarouchés par le fait de passer devant des animaux en détresse pour faire leur petit marché. Pas du tout au courant qu'ils peuvent acheter ça en ligne sans faire chier le monde, faire des économies au passage et être livrés chez eux. Non, ce serait con de pas être servi en 15 fois par un larbin à qui on demande 15 échantillons différents parce que plus on est riche, plus on est pingre.

Une asiat opportuniste essaye de se glisser entre deux clients mais un véto qui est venu en aide à pyj bleu lui dit que le type au Jack Russell était là avant. Lui, écarquille les yeux, comme s'il pensait qu'on l'oublierait là pendant des jours. Il annonce son problème - enfin, celui de son iench - et là pyjama bleu interrompt : "non mais je peux pas vous accepter."

Le moment où la gorge de ce type se serre est évident. Il a son petit vieux chien dans les bras et il dit la même phrase que moi, quelques temps auparavant "Mais je vous avais téléphoné et vous aviez dit que c'était bon..." "Ah ouais mais non il est midi le mac morning c'est fini on est passé en urgences.", sauf que le type était là depuis une demi heure, qu'il le savait manifestement puisqu'il avait calculé que c'était son tour et qu'il a fait passer les bobo-croquettes avant pour en arriver là.
Parce que le type a pas de boobs, pas de grands yeux bleus, qu'il a l'air franchement pauvre et qu'il a un chien tout miteux et tout cassé qui pourrait jamais passer à la télé pour une pub Royal Canin.

On sent qu'il a même pas le courage de se battre, il fait deux pas vers la sortie, puis il se ravise et je me dis "chouette", parce qu'honnêtement j'étais à deux doigts d'armer mon masque d'Enjolras et de crier "SCANDALE !". "Je peux parler aux docteurs là parce que c'est pas possible." Je me dis c'est cool, le type aurait pu s'énerver, manquer de respect à pyj bleu (qui l'aurait amplement mérité, cette sale race) et basculer dans la liste noire. "AH NON MAIS ON EST EN URGENCES LA.".
Le maître marmonne en regardant son chien "Comme d'hab, on n'est pas prioritaires NOUS."
Le véto d'appoint à l'accueil a fini de vendre ses croquettes et demande ce que le Jack a, enfin. Une grosseur à la gueule qu'il gratte et qui l'empêche de se nourrir, des difficultés à se mouvoir de plus en plus présentes. Je ne suis pas véto, mais je sais reconnaître un animal qui souffre. 

On m'appelle, et je ne saurai jamais le fin mot de l'histoire. Mon véto à moi attend que je lui serve d'assistante parce qu'il n'y a pas assez de personnel, je dois sortir le chat et l'installer sur la table qu'il reconnaît instinctivement en miaulant un "NO FUCKING WAY !" avant de tenter un demi-tour panier de transport.

Je le regarde apprendre la relativité : il y a 10 minutes il aurait tout donné pour sortir du panier et là pour y retourner.

Le docteur le trouve "encore un peu fiévreux", je lui signale qu'il a passé une heure dans ce panier, dans le métro surchauffé du mois d'août puis dans une salle d'attente avec une douzaine de personnes dégageant de la chaleur. 
C'est moi qui doit tenir les pattes avant de Marlowe qui, allongé sur le dos, se fait enlever ses fils de chirurgie. Je lui promets que c'est bientôt fini, ses grands yeux expriment la trahison suprême, car je suis juste au-dessus de lui, me signifiant à peu près "TOI AUSSI, DONNEUSE-DE-MANGER ?!"

Il file dans son panier sans demander son reste, non sans avoir grondé et miaulé de désapprobation. Je me désole à voix haute "Lui qui était si gentil...", véto me dit "ah oui je m'en souviens quand il est arrivé ! Mais bon ça va là il est gérable. Il en a juste marre."
On en a tous marre, j'ai envie de lui répondre. 

Je remballe mon animal, 5 kilos sur une épaule qui m'ont délesté d'une bonne partie de mes économies mais pour qui je pourrais dépenser la lune. 
Le Jack Russell et son maître sont toujours en attente, je prends ça pour un bon signe.

Marlowe est content de rentrer entre ses 4 murs et de retrouver souris en peluche et gamelle, il me fait des câlins que j'interprète comme "LE DEHORS C'EST VILAIN HEIN, ON N'Y VA PLUS HEIN ? LA MAISON C'EST BIEN, HEIN ?" Je caresse les poils qu'il reste autour de son bidon rasé, qu'il me tend pourtant, cicatrice en avant. Je vais avoir besoin de la journée entière pour me remettre de ce bain de gens. De sales gens. Je comprends trop bien la perte d'illusions de mon jeune chat de 18 mois. 

Et je me dis que Marlowe et moi on a plus de points communs que je ne l'aurais pensé.

jeudi 13 août 2015

Trainwreck



[Ezra is everywhere important nowadays]

Il y a cette scène dans Trainwreck où Ezra Miller incarne à la perfection 3 de mes significant other passés. Pour ceux qui ne l'ont pas vu, tant pis, et pour ceux qui l'ont vu, oui Pineapple. 

Je n'avais plus ri comme ça depuis des... mois, années ? Can't remember

Plus important, je suis super reconnaissante envers Judd Appatow d'avoir fait le feel good Johnson movie juste pour moi. C'était hyper sympa de sa part et franchement je suis pas sûre que je pourrai lui rendre la pareille un jour. 

Je dirais pas que ça me redonne espoir, mais ça me fait du bien de voir qu'on peut toujours considérer qu'il y en a out there pour les messed-up kids comme je peux l'être.

Les gens choisissent toujours de ne pas creuser, de préférer l'apparence quand elle est acceptable socialement. Les gens me disent que j'ai l'air d'avoir un job génial (wrong) et que je suis quelqu'un de fort (wrong) et que j'ai eu un parcours impressionnant (wrong) que l'édition c'est fait pour moi (wrong wrong wrong) et que forcément je trouverai quelqu'un.

Non, pas "forcément". J'ai un oncle qui peut vous prouver qu'on peut rester seul 65 ans sans problème sur cette Terre.

"Oui mais bon Johnson, toi tu en as eu des expériences !" AH AH AH. (#Pineapple)(sérieux, rien que pour cette scène, regardez ce flim). 

Vous savez, il y a même certains de mes amis qui ont un complexe d'infériorité par rapport à moi. Alors je vais pas balancer de noms, c'est pas le genre de la maison, mais que je m'entête à m'entourer de têtes d'endives qui sont pas capables de comprendre que je suis my own worst ennemy et qu'il y a pas besoin qu'ils s'y mettent à pieds joints, veut sans doute dire que c'est ptet moi la tête d'endive. 

La meuf ni grosse ni mince, mais plus grosse que mince faut pas déconner, assez intelligente pour faire genre mais pas suffisamment pour faire autre chose, alcoolique que les autres n'assument pas "non mais tu bois pas seule" "si" "non mais t'es pas dépendante" "bah dès que ça va pas j'ai envie de boire" "non mais ça c'est normal" "ah. Vous aussi ?" "ah non. Nous non.", somehow talentueuse mais inexploitée professionnellement ou inexploitable et incapable de garder en vie ne serait-ce qu'un fucking animal de compagnie...
Voilà, Trainwreck is my new middle name. 

Quelque part je sais que ça ne sera jamais vraiment autrement. Il y a un facteur chaos qui me poursuit, et je reste attachante pour une poignée d'humanoïdes parce que je tourne ça si bien en dérision que ça en devient divertissant. Et c'est pas seulement parce que le Tarot m'a dit que l'infortune était ma destinée, c'est parce que j'ai aucune base solide pour la vie et qu'il y a des choses sans lesquelles on ne peut pas voguer à pleines voiles. 

Une vie pleine de gadins dans la dernière ligne droite, pleine de "presque !" et de "Too bad". Une vie meh. Une vie dispersée, éparpillée, sans queue ni tête (mais surtout sans queue à l'heure actuelle), sans personne pour la redresser, pour faire le bâton de berger (pardon avec ces métaphores, je les fais pas toutes exprès).

Parfois, au comble du désespoir, je me console en me répétant que je m'en suis toujours sortie toute seule. Mais la vérité c'est que je ne me suis jamais sortie de rien, car je n'ai jamais fait partie de rien. 
Mes échecs sont tous des rejets après de vaines tentatives d'être un maillon d'un tout, d'autre chose, de quelque chose. 

Merci à Judd donc de laisser croire pendant 2h que mon genre de gens a une possibilité de faire partie d'un tout. D'une boîte. D'une famille. D'un couple. Perso, je n'ai jamais réussi, mais j'étais contente de voir un ersatz de moi en action pour une fois. 
Parce que la vie c'est mieux dans les films. 

mardi 11 août 2015

Save yourself a lot of agony




 [Shake your head
And walk away from me
Go on, do what you do best]


Il paraît que ça fait 10 000 jours aujourd'hui que j'arpente cette Terre.

J'ai vu pas mal de choses, rencontré pas mal de gens. J'ai assez bien géré la phase excitante du début de vie, la course aux diplôme, à l'émancipation, la création d'un entourage amical confortable.

Et maintenant, le vide.

Aucun projet, aucune raison de traîner dans le coin beaucoup plus longtemps.

Je ne sais pas comment ça se passera. Si mon système nerveux lâchera et que je finirai internée. Ou si j'aurai enfin le courage de. Je ne sais pas si, pour plaire aux gens autour de moi, je ne vais pas continuer à faire semblant, à bouger, à brasser des mots et des choses, alors qu'en fait je passerai mes journées sur un canapé à regarder dans le vide. 

Tant que je ne fais pas trop de remous, mes amis continuent leur vie, en estimant que je dois aller. Ils gueulent quand je leur parle de ce qui se passe vraiment, mais ne parviennent pas à trouver d'argument, de solution. C'est trop leur demander que de m'impliquer dans quoi que ce soit, maintenant que tout le monde a défini les grands tracés de sa vie. 

Même mes semblables sont mieux armés. 

En ce 10 000 jour, je réalise le retour en arrière opéré ces derniers mois. Lentement, depuis décembre et ce brisage de coeur insensé et inopiné, je suis repartie dans le mauvais sens. Vers ce que je pensais loin derrière moi.

J'ai plus que rarement le courage de me maquiller. Mes cheveux sont attachés. Mes vêtements amples et choisis par confort et non plus pour plaire ou me faire positivement remarquer. Mon regard est mou et ne parvient plus à soutenir ses congénères plus d'une poignée de secondes. Je ne supporte plus la compagnie des autres, surtout quand ils sont les autres des autres. Je recommence à ne plus m'aimer, je crois.

J'ai fait preuve de ma plus grande lâcheté lors du dernier drame en date. Il faut dire qu'il suffit que j'admette aimer quelqu'un pour que le malheur frappe.

J'ai causé tant de douleurs à un être qui a été une embellie dans ma vie. 
Il se traîne avec sa collerette et son ventre rapiécé, l'ombre de lui même. 

S'il s'en sort, il ne sera plus que l'ombre de lui-même, et dans ses interactions avec moi, il y aura toujours une hésitation, un vague reproche : tu les as laissés me faire ça, tu n'étais pas là. 

Je me suis barrée, une fois de plus. Parce que je crois que cette fois, ma santé mentale y serait restée. J'ai fait le choix "clinique" que tous mes bienveillants me poussent à faire.

J'ai perdu de vue la faculté à faire les choix du coeur. A m'indigner et à me passionner. J'ai perdu ce qui faisait que j'étais moi. Tout glisse, et je hausse les épaules.

Les seuls plaisirs qui m'effleurent sont des répétitions, plus des découvertes. Je n'ai plus ni la tête, ni l'âme à ça.

10 000 jours c'est long.