vendredi 31 décembre 2010

Rain must pour

Ma mère croyait qu'il dormait au milieu de la route, comme d'habitude, alors elle l'a appelé, pour le déloger.

Il n'est pas venu.

Il paraît qu'il y avait un peu de sang et qu'il ne respirait déjà plus.

Moi je ne sais pas, j'étais loin. A Paris, entre 4 murs blancs. Le stress au coeur. Je n'ai rien senti.

Je regardais toujours, pourtant, je surveillais, son flanc qui se soulevait, sa respiration continue. J'étais rassurée, et moi aussi j'allais me coucher.

Dans la famille que je m'étais recomposé il avait la place de mon autre. L'inconditionnel. L'irrationnel. Celui pour qui j'aurais ramé dans tous les cratères du monde. 

Il avait environ 11 ans, et connu toutes les misères du monde avant de tomber sur moi, un jour glacial de décembre.

Il volait la nourriture de son prédécesseur et déguerpissait avant qu'on ne puisse le battre. Sauf que je ne voulais pas le battre.

Le jour de la sainte Lucie - Lucifer. Je suis sortie avec un gros manteau et je l'ai appelé. Patiemment. Longuement. Toute une après-midi, j'étais le petit prince et il était le Renard - Fox. Je l'ai apprivoisé. En me mettant à sa taille, en miaulant comme lui, dans la boue, enfin, il est venu jusqu'à moi et s'est frotté en ronronnant trop content d'avoir regagné foi en l'humanité - en moi. Brinqueballant puisqu'ancien chaton battu, il s'allongea sur le dos et m'offrit son ventre - Caramel.

Tous les soirs où mes parents me laissaient seule à la maison, je faisais entrer ce compagnon inespéré en douce, je lui refilais ce que je pouvais en bonne végétarienne que j'étais, des morceaux de fromage et du popcorn qu'il avalait sans rechigner. Puis mes parents rentraient et vite fait je le virais. Cette cloche restait devant la porte vitrée sans trop savoir ce qui se passait. 

Et puis, et puis, mon grand-père l'a rencontré, l'a qualifié de "vrai chat", et ça voulait tout dire, croyez moi. Et puis mon grand-père est parti, alors Lulu est resté, m'a tenu chaud, m'a rappelé que la vie continuait et qu'il n'allait pas ouvrir ses boîtes tout seul.

Il y a eu la nouvelle maison, sa rencontre avec Théo, le chaton des voisins, son amoureux de quasi-toujours. Il y a eu le jour où je l'ai surpris faisant sa toilette, avec un petit truc rouge qui dépassait et que j'ai compris que ce n'était pas une femelle et que je pouvais me gratter pour avoir une portée de chatons. De mini-Lui. 

Il y avait avant tout sa gentillesse, ses regards désespérés quand les bébés envahissaient la maison et tiraient sur sa queue. Mais jamais de rebiffade. 

Il y a eu ces longs jours d'été, tous les deux naufragés sur les chauffeuses du salon à végéter. Les promenades au soleil couchant, les chasses au grillon et aux herbes folles. Quand tu t'affolais seulement pour Ray Charles et que tu dansais autour de la table basse - mais seulement pour Ray.

Il y a eu les derniers souvenirs, la côte de porc mastiquée posée devant le sapin qui attendait devant la porte de la maison. La découverte de Gustave le bonhomme de neige. Il y a eu la dernière caresse, mais tu dormais déjà. 

Il y a eu ma phrase à ma mère, au téléphone, une fois rentrée à Paris : "Tu prends soin de mon chat, surtout."



[Lucifer Caramel Fox, ? - 29 décembre 2010, le meilleur chat du monde]

jeudi 23 décembre 2010

Ghouls


[...We all recognise that I'm the problem here]

Le dernier noël dont je me souvienne (oui) a été bercé par Beachwood Park des Zombies. Je suis nettement moins quiet cette année, malgré la neige (d'ailleurs, vous avez le droit de m'aider à nommer mon snowman avant qu'il fonde, et non, Rocco n'est pas une proposition valable), j'écoute donc Ghouls et le reste de l'avant-dernier album de We are scientists (même si j'ai arrêté d'écrire le nom de Keith Murray partout, vous l'aurez remarqué avec l'amabilité qui vous qualifie).
Je suis une parisienne, c'est définitif, et c'est ce que j'ai lu dans les yeux de l'ouvrier en véranda des voisins de mes parents, dans la normandie du 7-6 du trouduculdumonde. Me voyant sortir bottes à talons mais surtout aux semelles lisses les premières, mes deux sacs et mon ordinateur en bandoulière, m'entendant pousser des petits ultrasons de cris, il m'a dévisagée comme la parisienne parvenue que je suis, qui revient à la maison où décidément la neige ne fond pas du jour au lendemain.

Encore une preuve pour étayer ma théorie du "tout va toujours plus vite à Paris". Si l'on suit cette logique (décrétée en partie à cause du rythme auquel je fais valser mes amis depuis que je suis implantée dans le XXème) cela fait actuellement 2 ans que je suis au chômage (en réalité : 2 mois quasi tout piles, si tu es directeur/trice de maison d'édition et que tu te sens l'âme charitable en ces temps vilains tout plein, lâche un com' !).

Ce qui ne change pas, à Paris, dans le 7-6 ou ailleurs, c'est que je suis un magnet à champagne. Et pas du mousseux hein. Quoi que je fasse, où que j'aille, je me retrouve toujours appuyée contre un mur (pour pouvoir fuir je m'assois peu en société) une coupe de champagne à la main, puis deux, puis trois. 
Soirées d'éditeurs, anniversaire de la voisine, apéro parental, mariages, divorces. En gros il n'y a que quand une de mes amies les plus proches m'a annoncé qu'elle attendait un mini-elle qu'on a pas trop fêté l'événement alcooliquement. CQFD.

Le champagne est le moindre mal de l'alcoolisme et m'aide concrètement dans mon entreprise de simplification de ma vie, à part des boulets immuables, plus grand-chose ne me prend la tête. Plus grand chose n'a de prise sur moi, consequently.

So let's down another dose; understanding is the last thing I want

Champagne everyone !
Et don't forget : Keith Murray is god.

Shit, rechute.

samedi 11 décembre 2010

1000&1 times

Apparemment je ne suis pas assez bien pour les trois employeurs avec qui j'ai passé des entretiens, je suis la deuxième personne à avoir le plus gâché la vie de ma mère selon ses dires, je suis totalement incapable d'aider la détresse psychologique de ma meilleure amie, la moitié de mes amis m'a pris pour une cold bitch et me détestait avant de m'aimer, et aucun garçon au monde ne semble dépasser ce stade et me considérer comme une terre d'asile envisageable... MAIS, hier, j'ai vu Tahiti80 à Rouen et l'espace d'une soirée, ils ont fait ce qu'ils savent faire de mieux : ils ont mis des parenthèses à tout ce bordel.



Tahiti80 est un groupe Rouennais, à la base, et toujours aujourd'hui où ils ont leurs locaux de répétitions et d'enregistrement. J'ai envie de dire que Tahiti80 est la seule chose dont je suis fière, si les Bretons ont la pluie, l'océan et les crêpes au citron, j'ai le camembert, un cimetière américain & Tahiti80.

Plus sérieusement, lorsqu'ils sont enfin apparus après deux premières parties plutôt plaisantes (Lucy, Lucy et The Bewitched Hands, je développerai un jour si j'ai le temps), j'avais la meilleure place au monde, deuxième rang centre, juste derrière un môme affalé sur la barrière. J'avais vue dégagée sur la nouvelle mise en scène du groupe, plutôt impressionnante. Un jeu sur la hauteur avec des cubes de lumière superposés et le génial Pédro au plus haut. 

Alors que j'étais habituée à les voir comme les boys next door, jean, baskets et cheveux au vent, Xavier porte une chemise cravate (alors que ses parents ne sont même pas dans la salle ^^), un pantalon à la coupe parfaite et des bottes cirées. Ils sont tous d'une classe folle, et c'était un des rares adjectifs mélioratifs que je ne leur avais pas encore attribué. 

Leur show est carré, les efforts ont été mis sur les choeurs qui tombent comme des fleurs, les changements d'instruments sont autant d'happenings doucement intégrés dans le fil de la soirée. Les nouvelles chansons sont des bombes, et les réorchestrations légères des anciennes font très plaisir. Le concert dure très longtemps, je ne sais pas combien (parce qu'on était hors du temps, suivez un peu) mais je me souviens que sur le tas j'aurais aimé entendre Matter of time et Here comes... mais ce n'est que partie remise (j'espère !). 

Alors oui le public était un peu mou du genou, mais tellement multigénérationnel et éclectique que ça m'a fait plaisir quand même. Des gosses donc (leur présence nous coûtant l'absence d'alcool dans le bar du 106)(damn you little f*ckers !), des vieux, des riches, des pauvres, des nous. Des meilleur-ami-de-moi & moi (des gays, des blondes, des rouquines habillées en violet, donc). Des vieilles connaissances, et ceux qui ne pouvaient pas être là l'étaient en esprit, oh so much.

Les lumières et les images étaient parfaites, kitsch ce qu'il faut, au bord du cheesy un temps puis immédiatement géniales pour équilibrer. Je suis très cliente vous l'aurez compris. Pas du genre "ils pourraient faire la danse des canards que j'applaudirais des deux mains en jetant mon soutif" mais du genre genuinely happy, du genre je veux que tout le monde sache que je suis bien quand je les écoute. Que la voix de Xavier est peut-être aussi unique que celles de mes Jared Followil, John Stargasm et autres reconnaissables d'entre mille. Que leur son est lui aussi original et bien à eux, que tous ces changements n'ont pas touché au coeur du truc, que leur progression est évidente et intelligente, qu'ils n'ont pas pris la grosse tête, que Pedro a toujours un déhanché à faire pâlir de la ménagère et que s'il manque quelque chose à tout ça, c'est, et ça restera : un panda.

Alors oui, there are zombies in my head, mais il y a aussi The Zombies, découverts grâce à Xavier, et leur  musique, comme celle de Tahiti 80 : un refuge immarcescible.

PS : et merci d'avoir joué Heartbeat en dernier car j'ai pu sortir la phrase suivante d'un air détaché : "tiens, je l'ai chantée dans un karaoké à Tokyo"

mercredi 8 décembre 2010

samedi 4 décembre 2010

Fall in Live #18 : Robert Francis, The Wizzard, This is the end, toussa toussa.

Dimanche, l’International nous accueillait à nouveau pour une soirée Soup Session un peu foutraque au niveau de la prog’. Toli Nameless, surprenante multi instrumentiste américaine, débarque avec son trombone par l'arrière de la cave (et du public, donc). Sur scène, on a l'impression que rien n'est écrit, rien n'est planifié, mais cela fonctionne quand même. Parce que cette femme a une voix puissante et démente et qu'elle tient son public dans le creux de sa main, lui faisant faire à peu près ce qu'elle veut. Moment à part dans Fall in Live où Hélo et moi ne savons pas si nous devons partir en courant ou applaudir le génie. Une reprise d'Alanis Morissette (You oughta know) et 5 autres chansons plus tard, elle laissait sa place à un individu qui, pour le coup, nous a fait prendre nos jambes à notre cou.



Lundi, nous finissions Fall in Live avec un concert prévu de longue date et un artiste que je chéris tout particulièrement : Robert « the Wizzard » Francis. Robert Francis, pour les retardataires est un jeune californien tout brun, adepte de la chemise de bucheron trouée et amateur de vieilles voitures qui se trouve être un génie de la guitare. Comme les fées devaient être particulièrement généreuses le jour de sa naissance, elles l’ont également doté d’une voix extraordinaire (la légende dit qu’il la tiendrait plutôt d’une grave maladie pulmonaire, mais euh, c’est bien moins charmant).
Robert est un jeune homme perturbé, qui a un passé lourd, et qui a besoin d’une grosse psychothérapie, mais, au lieu de se ruiner, il a décidé d’en faire des chansons et de gagner de l’argent avec, à la place. Ca marchait moyen moyen au début, et puis… et puis est venue la France. La France l’a découvert à Taratata pour la plupart, dans un live assez ahurissant. La France a propulsé Junebug en number ouane. La France a fait découvrir Robert au reste de l’Europe, et le phénomène touche maintenant les US.
Robert est donc très reconnaissant et nous le répète régulièrement. Il avait d’ailleurs fait un concert au Trabendo pour nous exprimer sa gratitude. Un petit concert presque intimiste où le garçon paraissait beaucoup plus à l’aise que devant cette foule furieuse de la Cigale.

Car à la Cigale, Robert nous sert des discours interminables variant de 5 à 10 minutes sur des variations autour de "hum y'know" "I'm such a terrible talker" "when I was seventeen, y'know" "my dog y'know" "so much beer bottles". On n'a pas compris grand chose mais le running gag de son incapacité à aligner deux phrases cohérentes a fini par provoquer un fou rire salvateur juste avant les rappels.

Robert nous a donc gratifié de la plupart des chansons de son dernier album, mais aussi de trois chansons inédites, dont un single, en rappel, dont vous me direz des nouvelles, d'ici février. Robert a aussi tiré l'as de sa manche en interprétant seul sur scène et guitare acoustique aidant, Little Girl, chef-d'oeuvre indétrônable et pourtant première chanson écrite (en état de choc, de dents qui baignent et de lumière trop lumineuse, un matin alors qu'il attendait, agonisant, que le soleil se lève au-dessus des rouleaux du pacifique).

Robert est comme un vieux pote qui me fait autant rire, et pourtant ça fait même pas un an que je l'ai rencontré artistiquement. Il ne me déçoit jamais. J'oublie toujours que je l'assume au moment où il me rebalance sont talent à la figure.

Robert Francis était la conclusion parfaite à Fall in Live, mais quelque chose me dit que ce n'est pas la dernière fois qu'il me collera de façon irrésistible un sourire sur les lèvres.


jeudi 2 décembre 2010

Fall in Live #17 : Call me Senor + Sourya + Neïmo à La Flèche d'Or


Samedi dernier, Hélo et moi étions à la Flèche d’or, salle dont les murs tremblent encore du week-end Jimmy Eat World / We are Scientists, être meilleur que ça, c’était impossible.

Call me Senor attaque, à deux sur scène + un mac ils ressemblent furieusement à un Curry&Coco sans dresscode particulier. Je suis peu convaincue, notamment parce que j’ai l’impression tenace d’avoir déjà vu ça 100 fois dans des premières parties de premières parties. Le public, néanmoins, a l’air de répondre. Ils ne doivent pas connaitre les artistes qui font la même chose en un peu mieux. Mon gros souci reste les problèmes (gros problèmes) de justesse du chanteur. Les petits groupes parisiens ont un peu tendance à oublier qu’on ne s’improvise pas (ou peu) chanteur ou musicien et qu’à moins d’avoir McLaren comme manager ce n’est pas en déraillant régulièrement qu’on perce et qu’on s’installe durablement.

Même problème avec Sourya, ou, si la justesse est là la plupart du temps, c’est son manque d’originalité qui me fait tiquer parce que l’originalité est là partout ailleurs, dans l’omniprésence des claviers, les boîtes à rythme. Parce que question rythmique c’était parfait. Et puis je trouvais que jusqu’ici Fall in Live manquait cruellement d’Electro et avec eux c’était chose faite. Je pense qu’il leur manque un tube, une chanson qui accroche bien et qui se démarque du lot pour faire sortir leur set de la monotonie.

Enfin arrive le groupe que j’attendais, Neïmo. Je les suis depuis un peu plus de 3 ans maintenant. Rencontrés sur cette même scène de la Flèche d’or à son apogée, j’ai été assez ravie pour m’empresser d’acheter leurs disques qui n’ont plus tellement quitté mon lecteur mp3 depuis.

Neïmo c’est un groupe de rock à tendance glam’ qui dispose d’un frontman en forme de statue grecque au look extravagant qui n’hésite pas à jouer sur l’androgynie et l’érotisme pour attiser les foules. Je me souviens d’un concert au Showcase un jour de fête de la musique où, filles comme garçons, le public était bouche bée devant le torse du monsieur. Ce qui s’avère être un problème. Puisque c’est assez hypnotique, on ne fait plus très très attention à la musique. Là où Neïmo pèche c’est justement parce qu’ils sont un peu trop dans l’image, et samedi dernier, la présence d’un photographe directement sur scène le prouvait un peu plus. Ce qui rebute la plupart des gens au premier abord sont les poses et le too much, mais, si ça peut agacer lors des premières minutes des shows, ça devient un plus par la suite. A l’heure actuelle il reste peu de showman qui poussent aussi loin leur interprétation, leur jeu avec le public et qui osent se livrer autant. Le reste du groupe se distingue par des personnalités qui semblent très différentes. Notamment un guitariste très doué, plus effacé, mais au charisme tout aussi indéniable et un batteur débordant d’énergie communicative. Ils ont réussi le tour de force de baser leur set sur une bonne moitié de nouvelles chansons (le nouvel album ne devrait pas tarder…), sans lasser. Sans ennuyer. Si, lors de la première chanson on sent les effets d’une trop longue pause dans les live, ceux-ci s’effacent vite. Quelques valeurs sûres, Lines, Johny 5, Echoing Pixels et, bien entendu, Hot Girl en rappel, plus tard, je me rends compte que le groupe a l’embarras du choix dans ses incontournables. La déception est palpable, pourtant, dans l’assistance, de n’avoir pas entendu plus du premier album, mais je ne suis pas passéiste et j’ai beaucoup apprécié de pouvoir découvrir en avant première les nouveautés à la place.
Le concert a été fortement desservi par des fans du groupe un peu encombrants et en majorité… masculins. Des petits et des vieux cons qui font comme si le premier rang c’est leur mère et s’incrustent en plein set pour pogoter comme des cons, seuls, sur place. Du débile mental qui filme tout le concert en te foutant des coups de coude au zombie drogué qui pue le shit et se croit tout permis au nom de son amour du « rock&roll », il y a presque eu une révolte des filles au milieu de tout ça. J’ai même lancé mon regard qui tue et lâché un « ta gueule » profond et sonore, sortant du plus profond de mon mutisme de pendant les concerts.

Le public con restera la plaie de ce Fall in Live. Ca et les gens du public qui se croient assez doués pour prendre un instrument et se la péter sans raison.