mardi 30 décembre 2014

[Diex Aïe ! - Part III] Solitary Bizness



[Won't you dig a little deeper / And overcome the pain in your bleeding fingers? / Who knows, you might find some treasure / Or something strange that belongs to none other ]

On avait une sorte d'arrangement avec ma grand-mère : l'école maternelle n'était pas obligatoire, je le savais, elle le savait, et si jamais ça n'allait pas, elle était à 10 minutes de marche et pouvait revenir me chercher. Mais on avait cet autre pacte aussi, celui du respect extrême qui m'empêcherait d'abuser de ce pouvoir.

Je n'en ai pas abusé. Même si parfois, j'aurais dû.
Mon souvenir de cette jungle de maternelle ont fondamentalement défini qui je suis aujourd'hui, à un point qui m'essouffle. 

J'arrivais aux aurores, souvent dans les premiers de la classe, puis j'étais rejointe par V. qui ressemblait à un petit hérisson et que j'aimais d'amour, ensemble on comptait jusqu'à 1000 (pour voir s'il y avait autre chose après) et on chantait des chansons de William Sheller. Puis les autres arrivaient et il allait systématiquement avec eux, me laissant toute seule à ruminer.

Un jour, il a déménagé, mais j'ai continué d'aller m'asseoir sur notre banc et à le faire vivre, dans ma tête. J'avais une peur intense : celle de l'oublier. 

Les gardes chiourmes me forçaient alors à ingurgiter un verre de lait. Je voyais pas l'intérêt. Ca m'a vite fait chier. J'ai donc utilisé mon énorme cerveau pour trouver toutes les cachettes disponibles pour planquer le verre plein dès qu'elles avaient le dos tourné. 
J'étais bien vite dénoncée, mais elles allaient bientôt s'apercevoir que si j'ai décidé de ne pas manger quelque chose, personne ne peut me forcer à l'avaler. 

L'art, aussi. Je n'aimais rien de plus que ces grandes feuilles blanches et la peinture à disposition, alors quand on m'a forcé à m'asseoir sur les petites chaises pendant des heures pour suivre des consignes et dessiner ce qu'ELLES avaient décidé qu'on dessinerait, forcément ça n'est pas passé.

J'étais déjà une rebelle têtue aux idées très arrêtées qui ne supportait pas qu'on empiète sur sa liberté d'expression ou qu'on jugule sa créativité.

Je menais ma barque, mais en solitaire. C'est à dire qu'en dehors de plaire à mes grands-parents et de récolter les louanges des vagues amis de mes parents devant qui on m'envoyait faire le singe savant, rien n'importait au niveau social. 

J'avais déjà compris que les profs étaient des imposteurs qui savaient généralement, en ayant potassé, moins de choses que moi intuitivement. 

Et puis il y avait les autres, masse grouillante, des petites choses qui ne semblaient pas avoir deux neurones de connectés. Je regardais parfois ces goules au nez coulant en tentant de leur soutirer des mots qui voudraient dire quelque chose. Un truc autre que ces borborygmes animaux. 
Mais non. Des petits normands, il y en avait beaucoup de cabossés, qui partaient pas avec les mêmes chances dans la vie. 

J'ai eu la chance de me retrouver en moyen-grand l'année d'après, et de pouvoir fréquenter des esprits plus développés. N'empêche, les vieilles matrones voulaient toujours me traiter comme un enfant et me forcer à faire la sieste, par exemple. Elles n'ont pas été déçues : j'ai bien retourné tout le dortoir et je me suis fait virer. Condamnée à attendre sur les tapis de jeu de la pièce adjacente en compagnie des autres repris de justice. Dont le gamin qui m'avait mordue jusqu'au sang parce que je l'avais regardé de travers.

J'ai connu le mitard. A 4 ans. Parce que j'avais déjà des soucis pour dormir sur commande. Une impossibilité à me détendre et à mettre mon cerveau sur pause.

Alors j'ai retourné la salle de jeux, et on a finalement annoncé à ma mère que "c'était plus possible". 

Et c'est ainsi qu'au lieu d'aller en grande section, tout le monde s'est mis d'accord : j'irai direct en CP, les gardes chiourmes se débarrassaient de moi, et ma mère pouvait se vanter d'avoir un petit singe vraiment très savant.

Win/win. Sauf pour moi. 

Déjà que j'étais une attardée au niveau des relations sociales - même si j'avais appris à manipuler mes comparses pour leur faire faire ce dont j'avais envie MOI, même si j'avais développé l'art du mensonge et de l'invention grotesque déclamée avec une intention redoutable, même si j'étais à deux doigts de maîtriser la pyromanie avec une grande et de foutre le feu à la maternelle après trois semaines d'entraînement - maintenant j'allais être en décalage permanent. 

Surtout qu'ils ont eu l'idée du siècle de me foutre trois ans dans la classe d'une prof un peu spéciale ; ma mère. Chose qui allait fausser mes relations aux autres et détraquer mon rapport à la cellule parentale, désormais assimilée à la tyrannie adulte des gardes de maternelle. 

Mais c'est une autre histoire.  



lundi 29 décembre 2014

[Diex Aïe ! - Part II] Easy



[I'm sorry, I'm just different from you /
I can't give you more than you want me to / 
My life is near the end, you know it too]


J'ai l'impression d'avoir beaucoup de souvenirs très lointains. Les connards de service vont rappliquer avec leur bouche pincée en mode "Enfin : des recréations de l'esprit à partir de ce qu'on t'a raconté sur ton enfance." => Non, connard de service, des souvenirs où je suis toute seule et dont personne n'a été témoin. 
Et d'ailleurs, si je devais me fier aux paroles de mon entourage, j'aurais une image de moi enfant encore plus pathétique qu'elle ne l'est déjà.

Donc oui, dans mes premiers souvenirs, il y a surtout des sensations. Les réveils de sieste chez ma grand-mère, qui m'a élevée et ce avec tout l'amour du monde, ce qui manque cruellement, une fois que tu ne l'as plus au quotidien et ensuite quand tu ne l'as plus du tout et qui explique beaucoup de ma solitude actuelle.

Le reste de ma famille s'étonne du fait que j'ai des souvenirs où elle m'engueulait, d'après eux, ça n'arrivait jamais. Mais si. C'est juste qu'elle le faisait entre quatre z'yeux, pas devant eux, pas dans le but de m'humilier, avec à coeur que je comprenne la leçon, et sans aucune punition, car notre relation était telle que les décevoir, elle et mon grand-père, était plus que je ne pouvais supporter.

D'ailleurs, il n'y a pas plus grande fêlure dans mon enfance que leur fierté irrépressible quand ils parlaient de mes cousins "sportifs EUX". Car je savais que ça, jamais je ne le serai, que je ne l'étais fondamentalement pas, et que du coup, ils ne m'aimeraient jamais totalement. Que ma place de favorite était en jeu. Heureusement, j'ai des cousins parfaits mais qui vivent très très loin. La proximité, mon ancrage forcé en Normandie me laissait l'avantage.

Jusqu'à mes trois ans, effectivement, c'est un vide, quelques flash me reviennent quand je retombe sur des jouets, des tenues, des endroits plus fréquentés depuis lors. 

Mais tout commence à 3 ans. Quand Mémé, toujours, me ravissait de steaks saignants et me filait en plus la moitié de celui de mon grand-père quand je n'en avais pas assez. Je consultais d'ailleurs avec avidité un livre sur la ferme et les animaux. J'étais déjà un peu pétée du casque à ce niveau là. Terrifiée de ma faculté à pouvoir écraser un escargot et, en même temps, lui offrir un logis confortable et de la nourriture à profusion. Beaucoup de responsabilités pour une seule personne, pensai-je. 
C'est alors que j'ai eu mon Eurêka!, mon éclair de lucidité, que si la viande était saignante, c'était parce qu'elle venait de quelque chose de vivant. Comme un. Comme un... Comme un humain. Mémé s'est récriée que bien sûr que non ça n'était pas de l'humain, mais que c'était du boeuf. 

Comme le mari de la vache ?
Bahoui.
Oh.

Johnson trois ans d'âge a donc décidé de ne plus laisser passer ni viande ni poisson par son organisme. Nombreux sont ceux qui me disent "mais à cet âge là on ne peut pas prendre de telles décisions !" et bien si. On peut prendre surtout cette décision là. A cet âge là, on te fait faire tout et n'importe quoi, on te fait croire en des trucs impensables, mais il y a une chose qu'on ne peut pas forcer et qui vous met bien dans la merde car vous ne pouvez pas le faire à notre place : manger.
J'ai arrêté de manger. 

Alors bien sûr, ça a pris du temps. On m'a eu sur plein de trucs jusqu'à ce que je sache lire. Je crois d'ailleurs que ça a précipité mon envie de lire et d'en découdre avec les ingrédients des boîtes de conserve. 

A quatre ans, je disais à qui voulait bien l'entendre que j'arrêterai mes études après le CP, une fois que j'aurai appris à lire correctement et à compter à peu près. Après, à mon sens, c'était une perte de temps. 

A quatre ans, je vivais déjà la vie comme un CDD, me donnant rendez-vous dans un futur moyen proche et renversant la table de ce qu'on avait prévu pour moi.

A cinq ans et demi j'entrai au CP en sachant déjà lire, en ayant appris toute seule sur des vieux livres scolaires traînant chez ma grand mère. 

Mais avant ça, il y a eu la maternelle. 

#tobecontinued

mercredi 24 décembre 2014

[Diex Aïe ! - Part I] Better days will come



Je change beaucoup de sujet quand on me demande d'où je viens. 
Parce que ça pique, beaucoup. Que je m'en suis extirpée avec le moins d'envie du monde d'y revenir et que je fais encore des cauchemars où toute ma vie n'a été qu'un rêve et qu'il faut tout recommencer.
Des cauchemars où je suis toujours coincée là-bas.

C'est difficile à comprendre, puisque j'esquive les questions, et les gens finissent par se dire que j'exagère mon enfance et son horreur, la torture qu'a été grandir dans ces conditions. Il y a les gens qui sont team "des petits enfants meurent de faim t'sais" pour qui il n'y a qu'une forme de malheur dans le monde, et les team "OH MON DIEU JOHNSON TU TIENS TES ROUGON MACQUART LA !!!", qui ne font pas dans la dentelle. 
Et puis il y a moi, au milieu, et les quelques "Tu devrais ptet en parler à un psy non ?" 
"Mais... Mais moi les psy je les fais pleurer."
"En vrai ?"
"En vrai...."

Mais ça aussi ça appartient à "LE PASSÉ" et tout est entreposé dans un carton, bien rangé, mais bien présent, même si j'ai un peu oublié les contours de ce qu'il a dedans. J'ai pas envie de remuer, mais parfois je sors un truc rigolo et je le balance. A partir du moment où les gens n'essaient pas de gratter autour, de tirer sur les fils, tout va bien. Je reste la reine de l'anecdotique à qui il est arrivé des choses incroyables.
Ne contextualisons pas. C'est comme dévoiler les coulisses ou l'arrière-cuisine.  

Oui je dis tout, et non je ne dis rien. 

Voilà pourquoi je vais tenter d'en dire un peu plus. Ca commence ici, je ne sais pas quand ça finit. 
Let's see. 

Let's see what's behind "Roh tu sais... La Normandie...".

jeudi 18 décembre 2014

The dreams in which I'm dying are the best I ever had



C'est terrible, d'être heureuse pour tous mes amis joliment en couples, sincèrement, et de m'éloigner, pour rentrer chez moi, les mains dans mon trench, en m'enfonçant dans mon malheur à chaque pas. J'aimerais avoir dépassé ce stade. J'aimerais être assez forte pour faire la part des choses.
Pour me dire que si je suis la seule à être différente, c'est juste par malchance. 
Parce que les astres ne se sont pas alignés.

But I know better.

J'ai toujours vu plus loin, perçu plus juste que les autres. Et je ne peux pas leur faire confiance pour cette exacte raison.
Et plus d'un gens m'a perdu à cause d'une main posée sur le poignet et d'un regard coulant accompagnant un "Fais moi confiance : tu trouveras quelqu'un.". If you knew me... If you wanted to know me, you'd know it's the exact WRONG line.

Non. Jusqu'à preuve du contraire, et malgré tous mes efforts, et tous mes improvements, je reste la fille non-aimable.
Jusqu'à maintenant, je suis le rejet.

J'en ai pleinement confiance, et ça me différencie des autres, qui acceptent sans doute de manière douce amère cet état de fait.

Je le confronte. Et je tente de comprendre l'indicible. Ce qui fait d'Heights Johnson ce truc repoussoir.

Le pire comme le meilleur, le résultat est le même.
Le ressenti, surtout, est aussi puissant que lors de mes 16, 17, 18 ans. 
Je pense que cette note est la même que celle que j'écrivais à l'époque, avec moins de fautes, moins d'à peu près stylistiques.
Le fond, lui, n'a jamais changé.

C'est désespérant. Et le désespoir... jamais.
Comme puis-je accepter de vivre quand rien que je puisse faire ne change ma situation ? Quand donner le meilleur de moi-même ne suffira jamais ? 

Dans le même miroir de ce même restaurant, je vois une histoire loupée de plus à travers trois rides supplémentaires qui me barrent le front, et quatre cheveux blancs, dans le châtain de mes cheveux.

Please don't see / Just a girl caught up in dreams and fantasies 
Please see me / Reaching out for someone I can't see 
Take my hand, let's see where we wake up tomorrow 
Best laid plans sometimes are just a one night stand 
I'll be damned, / Cupid's demanding back his arrow 
So let's get drunk on our tears


dimanche 14 décembre 2014

Tomorrow is your lucky day

Mon année 2014 a été meilleure que 2013 car elle ne pouvait pas vraiment être pire. 


J’ai l’impression, comme ça, qu’il ne s’est rien passé, parce que je ne suis pas allée à une succession d’enterrements, parce que je n’ai pas failli être à la rue du jour au lendemain, parce que personne ne m’a harcelée moralement et parce que je n’ai pas perdu mon job dans des circonstances catastrophiques.


Ce sont tout de même sur les cendres de ces événements que janvier a débarqué. Je n’ai jamais été si broke. Enfermée tout le mois à compter les centimes ayant glissé derrière les meubles. Faisant venir les gens chez moi parce que le moindre ticket de métro était hors budget. 


C’est là que Marlito a débarqué. 

Avec la fougue débile de sa jeunesse. 
J’ai passé une fin d’hiver à le contempler, lui et ses 3 petits mois et déjà plein d’idées à la con. De plans machiavéliques pour me rendre folle. J’ai mis du temps, presque un an en fait, à m’attacher à lui. 


Pour les humains, ça a été l’extrême inverse : à peine rencontrés et déjà amalgamés. Des nouveaux amis d'un coup très proches, et puis... des garçons. 
Et cette éternelle question.


Voilà. Mes cheveux sont pourtant très doux et sentent hyper bon. Je comprends pas.

Déceptions sur déceptions sur déceptions sur... oh oui : humiliations, parce qu'il y a eu beaucoup de ça en 2014.


D'abord il y a eu celui qui était parfait sur le papier mais que tout le monde a détesté. Mais je suis têtue. Et mon petit cœur tout mou encore plus.

[#TeamGeorge]

Ca a bien duré 5 mois, et c'était, je vous l'accorde, beaucoup accorder à un type qui ne méritait rien.

Mais ça ne m'a pas empêché d'explorer, en mars, les limites de mes frontières.



Puis il y a eu mon rayon de soleil d'avril, un cours d'architecture Perret accéléré que je vous recommande chaudement.

[Désolée]

And then, le job qui claque, sur le papier, et qu'on avait pas vu venir, alors là même que c'est ce qu'on voulait faire depuis le début sans jamais percer. Arriver sans l'avoir prévu.


Mais je voulais plus. Et j'étais déterminée à l'obtenir. Appliquer à ma vie sentimentale ce qui faisait toute la réussite de ma vie amicale et professionnelle. 

Ca a été la catastrophe des sites de rencontre, rencontre avec une population mâle vile et mesquine, lâche et faible. La confiance en soi broyée. La force de l'ascension du printemps laminée. 
Si l'été s'est avéré pourri c'est bien ma faute.



Puis il y a eu Londres. Et c'était cool.
Et puis il y a eu Bruxelles et c'était cool.

Et puis il y a eu eux.


Et oulalah.
La révolution Heightsienne : alcool, grand rouquin et rock&roll. La vie comme une fête qui n'en finit plus. De l'empowerment en barre. Des concerts à la pelle, puis des bières, puis des nouveaux gens, et cette boucle vertueuse qui se répète, et se répète, et on se prend à espérer que ça durera toute la vie.


Comme eux :

 [FOR EVER]

Mais bientôt garçon numéro 2 a laissé la place à garçon numéro 3 et...



 

Pfiou.


How do you move on? You move on when your heart finally understands that there is no turning back.
—  J.R.R. Tolkien


Ah ok.





Donc mon futur, on va l'imaginer comme ça :




Même si, de manière plus réaliste :



Enfin, tant qu'il y aura ça :



Et eux.


Je repousserai mon excipit.


“Society, as we have constituted it, will have no place for me, has none to offer; but Nature, whose sweet rains fall on unjust and just alike, will have clefts in the rocks where I may hide, and secret valleys in whose silence I may weep undisturbed. She will hang the night with stars so that I may walk abroad in the darkness without stumbling, and send the wind over my footprints so that none may track me to my hurt: she will cleanse me in great waters, and with bitter herbs make me whole.”

jeudi 11 décembre 2014

It should be easy




Pendant mes nombreuses insomnies des deux semaines écoulées, je me suis posée une question sémantique.
C'est bien, pour se rendormir. Ou pour s'énerver d'un coup toute seule au milieu de la nuit et s'engueuler avec son chat qui miaule en t'empêchant d'aller jusqu'au bout de ton train d'idées.

Il y a quelques phrases inacceptables qui me restent de mes relations passées, qui tournent encore dans mon crâne au milieu du silence.

"Il ne s'est rien passé." va sûrement faire partie de mon top ten. 

"Il ne s'est rien passé." est une phrase de mafieux qui s'adresse au témoin gênant. 
C'est la police qui vient de faire une bavure. 
Les men in black avec leur stylo magique.
Terminator qui se trompe de porte.
C'est l'unilatéralisme arrogant. Le "Je" prédominant qui décide que sa version des événements prévaut. La lâcheté de ne pas assumer, alors même qu'on a provoqué la situation. L'équivalent du "nononononon" infantile.

Le "rien" qui annihile et ne laisse pas la place à la réplique, à la parole, à l'échange. 
Quand on me l'a sorti, j'ai eu la meilleure réaction du monde : lister tout ce qui s'était passé de manière factuelle, chronologique et détaillée. 
En tout cas, ça a bien fait rire le chauffeur de taxi sur le moment.

Non, à l'évidence il ne s'était pas "rien" passé. Il ne se passe jamais "rien". 
Mais c'est l'arbre et la forêt. Si personne ne le sait, ça n'a pas existé. 
L'absurdité de cette technique de l'autruche dans la situation a été facile à contourner. C'était un cas de première année de plaidoirie. 

Mais mon Dieu, qu'est-ce que ça prouve sur notre génération ? Qu'on ne pense qu'à sa gueule alors même qu'on est dans les bras de quelqu'un d'autre ? Qu'on se sert en mode libre-service dès lors qu'on présuppose que l'autre est assez open pour ça ?  
L'autre n'existe plus, car cohabiter avec son propre flux de pensées est déjà bien trop complexe.
On va pas s'emmerder à penser aux conséquences de ses propres actes sur l'existence d'un individu jetable. Échangeable. Oubliable.

Le degré zéro de la vie en société, la consommation. Quand bien même on est entre adultes éclairés et qu'un simple "J'étais en manque affectif et saoul, tu étais à portée de main, il ne se passera plus rien." suffirait, clair, net et précis. Informatif. Neutre. Un simple "Pour moi," avant le "Il ne s'est rien passé." change tellement la donne, car il appelle un "Et pour toi ?", mais encore faudrait-il que l'avis de l'autre importe. Et si on ne sait pas, où est le mal à dire "Je ne sais pas." ?

Malheureusement pour les garçons qui croisent ma route, il se trouve que je donne mon avis surtout quand on ne veut pas l'entendre. Donc un "Il ne s'est rien passé." lapidaire ne fera que me mettre en rogne et déclencher en moi une avalanche de phrases assassines en retour. 

Quand je raye de ma vie ces gens qui ne m'ont laissé aucune place dans leur décision, qui n'ont même pas pris la peine de m'informer que pour eux c'était plié - ou alors en dernier, pour faire les choses bien. Comme s'il s'agissait d'une tâche administrative à évacuer qu'on repousserait de jours en jours. 
Quand je raye ces gens, donc, ils sont toujours surpris. Parfois tristes. Souvent irrespectueux de ma décision, essayant de revenir par la fenêtre quand je les ai mis à la porte. Mais c'est pourtant l'évidence même : si je suis cantonnée au statut de spectatrice dans une relation, quand bien même j'aurais une place au premier rang, je ne peux dire que "non merci monsieur.". Car s' "il ne s'est rien passé", tout ce que je pourrai faire ne voudra jamais rien dire non plus. "Il ne s'est rien passé." = "Tu n'existes pas." ("...ou alors pas assez pour avoir quelconque impact dans ma vie à moi"). 

Je suis la première à entamer et terminer des relations en quelques heures, une nuit, trois jours, mais jamais il ne me viendrait à l'idée de laisser un blanc, un vide, pire : une non réponse. J'agis toujours en considérant l'être humain sensible en face. En calculant mon impact. En prévoyant les dégâts que je pourrais causer histoire d'arrêter les frais à temps si jamais. 
Je crois que ça s'appelle le respect. Ou juste être humain.
Mais parfois, je ne sais plus. 

J'ai l'impression harassante d'être la dernière de mon espèce à penser ainsi, que les autres régressent au stade primate en mode "fuck it, on va quand même pas perdre de temps à faire les choses bien. J'ai d'autres rien à faire avec d'autres coquilles vides sans pensée propre". 

La lâcheté c'est comme le caca des pigeons : c'est caca, faut pas manger.

mardi 9 décembre 2014

Nothing arrived


[I waited for nothing, and nothing arrived]

J'ai claqué un cinquième de mon salaire dans du parfum.
Bon, si vous saviez combien je suis payée, cette phrase serait déjà vachement moins impressionnante.
A l'évidence, je vais passer pas mal de temps toute seule, alors autant sentir bon.

Hier, sans vraiment le voir venir, je me suis reprise en main : j'ai replié le canapé lit, ce qui veut dire que j'ai arrêté de camper au milieu de mon salon. J'ai aussi cessé d'avoir les cheveux perpendiculaires à mon crâne. Je me nourris désormais de choses solides. Je ne m'endors plus les bras autour de mon dernier cadavre de bière en date. Je ne me lève plus à 17h. Je ne pleure plus (au téléphone).

Le déclencheur de tout cela est aussi simple qu'une phrase qu'on m'a sorti dernièrement :
"Il ne s'est rien passé."

Je suis entourée d'autruches de compétition alors je me dis, pourquoi pas moi ?
Une poignée de semaines, ça ne doit pas être si difficile à éradiquer. 

Le défilé à mon appart' s'est peu à peu arrêté. Les proches qui venaient s'asseoir à l'autre bout du lit en me regardant avec la tête penchée. Les phrases de "La, la. Ca va aller. Un jour. Peut-être. Sûrement. J'en sais rien en fait, mais moi je suis là.".
Je ne pouvais plus vivre perfusée. 

Une phrase de réconfort m'a plus frappée que toutes les autres. Celle d'une amie qui a survécu à 5 ans de ma vie. Qui peut dire ça ? 2 ou 3 personnes. Pas plus. 
"Tu peux dire beaucoup de choses, mais pas que tu n'as pas avancé. Regard où tu étais il y a 4 ans, regarde où tu es maintenant."

C'est vrai. 
Il y a 4 ans, j'étais rarement saoule parce que je n'osais pas adresser la parole au barman. Demander les choses était une torture, même quand je payais pour ça.
Maintenant, non seulement je commande, mais je repars assez régulièrement avec les coordonnées du dit barman. 

Il y a 4 ans, quand un type me soufflait le chaud et le froid, me disait d'une part qu'il n'y avait rien entre nous et m'empêchant d'avancer d'autre part, je le gardais si proche et si longtemps qu'il finissait par emménager chez moi et devenir mon générateur #1 d'hématomes. 
Maintenant, non seulement l'histoire est expédiée en 3 semaines, mais en plus, pas de dégâts collatéraux. 

Il y a 4 ans, j'étais un foetus tout faible, avec beaucoup d'attentes de la vie, beaucoup d'espoirs et une forte envie d'en découdre.
A présent, je suis un nouveau-né un peu maladroit, qui n'attend plus grand-chose (le nouvel album des Libertines, oui), qui n'a plus d'espoir (à part celui d'obtenir cette putain d'augmentation) et qui a une forte envie qu'on arrête de la prendre pour une conne.
Autre constat, mathématique, de cette semaine passée : je rencontre un garçon qui me plait (beaucoup) tous les 2 ans. J'ai donc 1 an et 10 mois à occuper avant la prochaine apocalypse. Mais vous ai-je précisé que je n'avais aucune patience ? 
Techniquement, si j'oublie ce qui s'est passé le mois dernier, y a moyen que ce tour ci soit pas encore perdu. Non ?