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C'était un compte à rebours sans chiffre.
A chaque quinte, je savais que des points de vie s'envolaient, sans savoir combien il en restait.
J'ai toujours été nulle avec les chiffres.
Je n'ai spécialement pas aimé entendre "pronostic de 3 à 6 mois". On était en septembre, alors j'ai vite calculé et j'ai été franche avec lui.
Je lui ai dit qu'il pouvait partir quand il voulait, que si c'était maintenant, c'était maintenant et que c'était OK. Mais que s'il voulait rester encore un peu, j'allais tout faire pour que ce soit DisneyCat tous les jours pour lui.
Pâté chaton, câlins non-stop, pédale de frein niveau boulot pour passer un max de temps avec lui.
Le deal c'était que s'il restait, il restait au moins pendant les fêtes, histoire de pas 1) ruiner l'esprit de Noël avec une mort inopinée au pied du sapin 2) que les vétos soient ouverts.
Le plus difficile à gérer, ça n'a pas été lui et sa maigreur toujours plus marquée alors qu'il mangeait comme un goinfre, ça a été moi et ma batterie de troubles psys, tous plus ou moins liés à l'abandon.
C'est pour ça qu'on s'était trouvés, lui, et moi. Un chat de la casse passé de familles en familles, par la rue, par un refuge tout pourri, par des visites d'adoption où les gens le jugeaient "trop moche"
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C'était moi, sa dernière famille d'accueil. J'essayais de pas trop m'attacher. Toutes mes potes pariaient que j'allais pas pouvoir m'en séparer mais j'étais déterminée à lui trouver la meilleure solution, ce qui était pas forcément de cohabiter avec moi et un gigantesque Maine Coon, on ne peut plus judgemental et non partageur.
Mais lui, ça le gênait pas. Il l'adorait, même, au début. Il a essayé de la séduire, de l'amadouer et quand il a vu que c'était peine perdue, il s'est juste contenté de live and let live.
Il était comme ça, Poupou.
Pacifiste au plus profond de son âme pure. Le regard un peu dans le vague de ses yeux en amande, jamais en colère, jamais agressif. Parfois un peu déçu ou contrarié. Genre, quand j'avais l'audace de le déplacer à 100 mètres de chez nous pour aller le faire vacciner.
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Un chat aussi facile à vivre, aussi cabossé déjà à la base, cache toujours mieux ses souffrances. Molly et ses allures de lynx donnent une impression d'invincibilité qui n'est qu'une façade. Poupou, c'était le vrai battant, qui s'accrochait comme il pouvait et ne voulait surtout pas gêner.
Il n'y a pas un cœur qu'il n'ait pas fait fondre sur son passage. Et les âmes pures se reconnaissaient en lui.
Il y avait sa petite tâche blanche, sur le dos, son tatouage à l'oreille - comme on n'en fait plus, ses moustaches blanches, son eye-liner, ses papattes aux griffes qui poussaient toujours plus vite que son ombre, ses dents de vampire et puis plus de dents du tout.
Il y avait surtout son regard d'adoration, juste pour moi, comme si j'étais la meilleure personne au monde, alors que c'était lui.
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Il avait d'ailleurs la position la plus haute sur l'arbre à chat, pas vraiment pour surveiller, surtout pour que je le vois moi. Que je veille sur lui. Que je le couve du regard.
Il aimait ses peluches, la pâté au saumon en sauce, dormir sur mon visage, lécher des trucs improbables (comme mon masque à oxygène), hurler à la lune dans la cour en pleine nuit par les plus chaudes nuits d'été.
Quand j'ai compris qu'il ne serait nulle part plus heureux que chez nous, je me le suis offert pour Noël 2021. Pour la vie.
J'aurais résisté 6 mois à ne pas l'adopter pour toujours.
En tout cas jusqu'à lundi.
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Jusqu'à ce moment doux et dur à la fois, où enveloppé dans sa couverture, tout contre moi, dans la salle d'attente chez le vétérinaire, je lui ai chanté pour la dernière fois sa chanson ridicule à l'oreille, celle que j'avais inventée rien que pour lui et qui le faisait ronronner à chaque fois.
La douleur était trop présente pour qu'il ronronne cette fois, mais je lui ai promis que c'était bientôt fini. Je le souhaitais aussi, à cet instant précis.
Et puis, il y a eu ce moment suspendu où le véto lui a donné un calmant pour cheval (littéralement), avant la piqûre finale. Cet instant de calme, où je lui ai passé sa chanson (moins ridicule que la mienne) When I close my eyes, de Tom Odell, et où il a enfin soufflé.
La douleur a reflué et il a posé sa tête sur ses pattes croisées. J'étais au niveau de ses yeux, il ne me lâchait pas. Comme si j'allais partir maintenant... Jusqu'au bout, il a eu peur qu'on l'abandonne encore, mais ça lui a sans doute évité de réaliser que c'était lui, qui était sur le point de me quitter.
Alors oui, c'était le moment, et il n'y a aucun regret, aucun remord, juste une douleur qu'il va falloir amadouer, à laquelle il va falloir faire une place à côté des autres. Il y a sa photo, près de mon ordinateur, où il me regarde, mi dans le vague, mi en adoration, tellement lui, la tête posée sur une peluche licorne rose. Il ne pourra jamais vraiment me quitter. Déjà, parce que jamais je le laisserai.
Et puis parce qu'il serait impossible à oublier.







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