Si on était dans la série précédemment connue sous le nom d'Entretien avec un vampire, et du point de vue de Lestat, je ne saurais pas par où commencer. Alors je commencerais n'importe où. Et tout serait à la discrétion du lecteur - de la lectrice, arrondissons.
Il se trouve que moi aussi je suis pauvre, ou disons : précaire. J'ai eu des privilèges comme des coups durs financiers, si bien qu'au jour le jour, je suis un écureuil qui compte chaque euro et ne s'autorise un petit plaisir que lorsqu'elle vient d'envahir la Pologne sans les mains.
Par contre, je crois être généreuse avec les autres. Donc le fait que V. me suive dans ce voyage et que je puisse partager le fruit de mon dur labeur avec quelqu'un qui en vaut le coup ET que je reçoive pour la première fois des droits d'auteurs supplémentaires sur les ventes d'un livre que j'ai traduit juste avant le départ allaient être déterminants.
Déjà, parce que j'ai acheté du champagne pour fêter ça, et que c'est avec une immense gueule de bois que j'ai popé un Xanax dans le terminal 2 d'Orly, en regardant le tarmac désespérément vide, une heure trente après notre décollage prévu, alors que le panneau affichait un ravi : "A L'HEURE ! :) :) :)"
Dans la nuit - chaude mais pas trop - après avoir trinqué à une rupture dans un bar cool mais moite, après avoir parlé de nos vies sexuelles avec K. le magnifique (serveur de mon cœur, voisin adoré, grand mamamouchi de la patate au fromage) puis avoir visionné Chasing Liberty (romcom sous-cotée s'il en est), je m'étais endormie pour la dernière fois avant un bail entre mes chats, V. quelque part sur le parquet, mon sac à dos rose prêt pour l'aventure.
Spoiler : on a eu l'avion, on a réussi à check-in dans un hôtel dont la réception était fermée depuis belle lurette, on a posé nos sacs, on a traversé un parc au crépuscule, rencontré des canards, fait des courses dans un supermarché où tout était en Zglurb*, mangé une succulente pizza (on va pas en Tchéquie pour sa gastronomie) et rebroussé chemin vers notre chambre avec un sunday MacDo à la main en nous faisant bouffer par les moustiques COMME IL SE DOIT.
J'ai mis un réveil. J'ai mis des paillettes sur ma face, sur la face de V., sur mes lunettes, sur ma casquette, sur mon sac (celui qui a connu les plus belles heures du Rock dans tous ses états d'Evreux et qui a survécu jusque-là)(pour ces trois derniers items, les paillettes, c'était pas vraiment voulu) et j'ai entrainé la malheureuse dans la banlieue résidentielle pépère de Prague, sans grand charme mais sans mocheté non plus. On a croisé des good doggos, traversé un pont autoroutier et finalement on est arrivées.*Le Zglurb désigne toute langue non maitrisée par Yours Truly**.
**Pour les gens pour qui l'anglais est du Zglurb : "Yours Truly", c'est moi.














