samedi 15 octobre 2022
[Nola - I] The House of the rising Sun
lundi 3 octobre 2022
I walk myself clean through 70 dreams
jeudi 11 août 2022
There is no water, there is no sound
[Will you come around? Will you come around?]
Dans le camp de Buchenwald se dressait l'arbre de Goethe. Un chêne qui aurait abrité le poète pendant ses compositions - ou ses siestes, l'histoire ne le dit pas.
Ce qu'elle dit, par contre, c'est que tant que cet arbre resterait debout, alors le Reich, lui aussi, serait fier et fort comme une tour de cathédrale. Les nazis ont donc gardé ce symbole humaniste au milieu de leur barbarie, par fétichisme sans doute.
Bref, un jour de 1944, une bombe américaine a explosé la gueule de ce pauvre arbre qui n'avait sans doute rien demandé à personne. La suite, on la connait.
Nombreux furent les survivants des camps à revenir avec un peu d'écorce de cette légende en poche.
Moi, je suis une fille qui aime bien la déconne et la franche rigolade, alors comme il faisait seulement 27°, j'ai mis mon nez dehors pour aller voir un des derniers lieux de sépulture que je n'avais pas encore visité dans la capitale. Les Invalides aka le mausolée de Napoléon 1er.
Je n'ai pas de sympathie particulière pour Napo. Juste une tendresse particulière pour le jeune Sorel qui gardait une photo de l'empereur sous son oreiller, comme une midinette. Mais je connais maintenant assez Paris pour pouvoir compter sur les doigts d'une main les must-see qui m'échappent encore.
Aux Invalides, il y a le musée de l'Ordre de la Libération, soit la bande de joyeux lurons affiliés à Charlie De Gaule, et on peut y voir des morceaux du vieux chêne à Johann.
On retient ce qu'on peut d'un musée à la gloire des prémices de nos services secrets (coucou, vous !) et de l'armée en général, moi, j'ai retenu le Chêne de Goethe et les peintures de Robert Marchand, planquées dans un couloir minuscule, parce qu'il ne faudrait pas que la culture empiète sur les gros fusils et les dagues turgescentes de l'endroit.
Je me suis posée boire une orange pressée en lisant le 59ème ours de Sylvia Plath, une nouvelle "all men must die" comme on les aime, et j'ai réfléchi à mes arbres fétiches à moi.
A cet autre chêne où l'ami Oscar pavoisait à Oxford, au Magdalen college (où j'ai laissé une part de mon coeur à un vendeur de scones des environs, mais c'est une autre histoire), ou à ce prunier, aux abords d'Hampstead, à Londres, où le forever young Keats a composé Ode to the nightingale.
Il y a des arbres plus anonymes que j'aime férocement. Parfois on me les arrache. Comme ceux devant la tombe d'Oscar "pour faire de la place" ou comme le seul cerisier japonais du Père-Lachaise, tout pile entre Jim et Héloïse et Abélard.
Il y a mon arbre à câlins du domaine de Saint-Cloud, contre lequel j'ai passé des Rock en Seine enlacée.
Il y a les poiriers de mon enfance, dans le jardin de Pépé et Mémé.
Pourtant, je n'ai pas encore trouvé "L'arbre de Johnson", celui devant lesquels les gens passeront, dans 5 siècles (lol) et diront "c'est là qu'elle écrivait, la gourgandine"
Non.
Moi j'écris dans une cour où ne poussent guère que des fraisiers et des rosiers de petite dimension. Cet été, tout brûle, de toute façon.
Et quand je prose, c'est le plus souvent à l'ombre de mon orchidée, une survivor qui est morte plus de fois que tous les chats du quartier réunis et qui a éclot, sous mes applaudissements joviaux, de 5 fleurs blanches, au dessus de ma douche. (Je l'y ai perchée pour ne pas que les chats la croquent, depuis, elle vit sa meilleure vie).
Au moins, j'ai une réponse à donner, maintenant, quand on me demandera ce que je fais dans la vie : je suis en quête de mon arbre.
*Philippe Cognée, musée des beaux-arts de Nantes.
lundi 16 mai 2022
What breaks this in?
Je me replonge dans les photos d'un moi plus beau, plus souriant. Il y a un an, déjà, l'arrivée d'un deuxième chat.
Ce soir, un rendez-vous avec Yannis au-nom-trop-long, frontman de mon groupe préféré, rendez-vous repoussé trois fois, pour cause de ce-que-vous-savez.
Je devrais être au top. Après quelques jours au vert, dans une maison perdue dans les bois, où j'ai joué à la famille normale ou presque. Après quelques jours avec ma nièce, de la famille biologico-nucléaire, cette fois, qui m'a dit tellement de trucs qui résonnent que j'aurais dû être folle de joie - je veux dire, quelle chance, déjà, de trouver quelqu'un avec qui on a une autoroute de connexion comme ça, mais en plus quand c'est quelqu'un avec qui on est lié de fait, et qu'on a connu toute sa vie, avec qui on a tant en commun en plus, c'est dément, dans le bon sens. C'est fou. Et ça devrait me propulser aux anges.
Mais les médicaments bloquent tout excès, trop bas, mais aussi trop haut.
Mais moi je les aime, mes trop-hauts.
Mes montées sur les bars, les tables, mes nuits à regarder la lune, allongée au milieu d'une route, dans un pays de l'Est quelconque, mes virées dans mes plans foireux, pour aller visiter un cimetière miteux au bout d'une ligne de bus fréquentée seulement par des autochtones peu ravis qu'on les gentrifie, mes dépenses éhontées, à acheter des shots pour toute une tablée quand j'avais pas de quoi joindre les deux bouts.
J'aime mes hauts. Sans eux, je ne suis pas sûre que la vie vaille d'être vécue. Mais en ce moment, ils ne sont pas les bienvenus, parce que si on leur laisse la place, alors le vide me pend au nez, et mes pieds dans le vide, mon cou autour d'une corde (ou l'inverse) tout le monde se ligue pour me dire non, nein, no thanks.
Mais qui suis-je, si je ne suis pas la Johnson des exubérations ? Celle qui parle trop fort, qui boit trop, qui raconte des anecdotes qu'on doit garder pour soi, celle qui n'hésite pas à dire sur les réseaux sociaux que son collègue est un gros macho qui pense savoir ce qu'est une "vraie femme" (et une fausse, j'imagine, aussi), et se fait virer après, sans regrets, avec quelques larmes pour ses auteurs, seulement.
La semaine dernière, j'ai vécu un peu la même chose. On avait trouvé un accord qui était win-win pour ma sortie de l'entreprise, pour eux, pour moi, pour le pape B., bref pour le monde mondial de l'édition résumé à ma petite collection merdique que personne ne lit et dont tout l'univers se fout. Il a fallu que le destin, sous la forme d'un gay particulièrement agacé dès que lui parlait de mon handicap, se fasse mesquin, petit, cruel (ça tombe bien, c'est l'étymologie de mon vrai prénom, le saviez-tu ?). Pourquoi je précise qu'il est gay ? Parce que je suis arrivée dans l'entretien avec un bon a priori, parce que je connaissais que la partie sympathique du bonhomme et qu'en plus je savais qu'il n'allait pas se montrer homophobe comme beaucoup de gens l'ont fait au cours de mon séjour entre ces quatre murs. Eh bien, j'ai encore été naïve, parce que non seulement il m'a rien laissé alors qu'il n'avait rien à gagner, mais en plus il a assuré que ma collection, qui est un des seuls oasis pour les minorités de notre groupe éditorial, soit complètement démembrée après mon départ, alors que le plan, c'était quelque chose de propre et bien bordé et, encore une fois, de bénéficiaire pour l'entreprise et pour ma gueule.
Il y a des injustices qui tombent, et souvent, elles tombent sur moi.
Vous savez, comme ces types qui se prennent dix fois la foudre ?
Voilà.
Alors je pars les poches vides, je laisse un champ de guerre derrière moi, alors que j'imaginais un beau champ d'olivier et peut-être même le chant des partisans, (mais faut pas trop en demander dans le groupe B.)
Je suis passée en mode rapide par tous les stades du deuil, j'ai versé au total 6 larmes et demi, j'ai bu du rosé dessus, et me voilà rendu aujourd'hui, alors que je pensais avoir fait le tour de la question de manière brillante, rapide et sans trop de dommages, à contempler la démission du dit représentant du groupe B. Il m'a donc fait la misère, just because.
Ca n'aura aidé ni à son avancement, ni au groupe, ni à moi, ni à rien. C'était être méchant (petit, mesquin, cruel, étymologie de moi, toussa) pour que dalle.
C'était donc plus un homme blanc médiocre à qui on a filé trop de pouvoir qu'un adelphe minoritaire dont j'aurais espéré qu'il soutienne en sous-main mes efforts à faire de la littérature un endroit plus représentatif.
La bonne nouvelle là-dedans ? C'est que si j'ai encore des illusions perdues, ça veut dire que j'en ai des trouvées.
Et ce soir, j'ai rendez-vous avec Yannis.






































