dimanche 28 décembre 2025

[Bilan 2025] You got me writing lyrics on postcards - Part I

 Then in the evening looking at the stars*

Avant de faire ces traditionnelles notes bilan de mes années écoulées, je dois m'y prendre de plusieurs façons et ce afin de palier à la dégénérescence de mon cerveau malade. 

Je parcours les photos prises dans ma galerie, je relis mon agenda, j'épluche mes tops Spotify, les billets de concert que j'ai achetés... 

Cet article est mon seul devoir de vacances, entre Noël et le jour de l'an, vu que j'ai fini mes traditionnelles cartes de vœux. 37 ans ressenti 98. 

Le programme ? On part sur une rétrospective pleine d'inattendus et de chaos, de grisaille et de luxure, de retrouvailles et de déchirures. 

Thank you for this bitter knowledge / Guardian angels who left me stranded

Comme la vie n'est pas dépourvue d'ironie, j'ai commencé 2025 par une expo sur la folie, au Louvre, en bonne compagnie. 

Compagnie avec laquelle, comme pour boucler la boucle, je viens de fêter le Réveillon. 

Entre çà et là, j'ai eu le temps de rayer un gros morceau de ma "to-do list des choses à faire avant de mourir", de sauver PiPi le pigeon (qui, lui-même, ça se trouve, sauvera la terre un jour), d'initier une réinvention du concept de famille, d'avoir le cœur brisé par un diagnostic de plus, oh et... de me marier.

Ce qui est cocasse, quand on pense au fait que je n'ai jamais été aussi isolée depuis le collège. 

Tous les ans, je constate que j'ai croisé manière inattendue une personne plus qu'une autre, et généralement, il ne s'agit pas de ma voisine ou de mon dealer. Mais de quelqu'un de chouette qui brille par son unexpected présence.

Par exemple, cette année, j'ai plus croisé Fabrice Arfi qu'une bonne partie de mes amis. 

En janvier, j'étais à l'avant-première de Personne n'y comprend rien animée par Guillaume Meurice (regardez le flim, écoutez hebdomadairement La Dernière) et lui était à mon rassemblement du syndicat national de l'édition, il y a trois semaines. Et je ne vous parle pas de toutes nos croisades dans Paris, entre deux. Je suis à deux doigts de l'inviter à ma prochaine fondue entre potes. Et de démarrer un crowd-funding destiné à lui financer une sécu personnelle, parce que pour un type qui en chatouille d'autres qui tuent parfois des gens, il est partout, tout le temps et très très accessible. 

Bref, revenons en à moi, on est là pour ça.

Au début de l'année, j'ai surtout servi de passe-partout pour entrer dans la nouvelle Notre-Dame, so fresh and so clean, grâce à mon coupe-fil nommé "RQTH" (ne tentez pas de prononcer ça d'une traite à haute voix à la maison). Pour moi, cet endroit est davantage un pop-up store en l'honneur de Victor "The GOAT" Hugo plutôt qu'un endroit de recueillement mais, hé, chacun a l'air d'y trouver son chien. Ou sa gargouille.

Si on continue ce fil rouge d'improbabilité, on atterrit un après-midi gris (en existe-t-il d'autres ?) dans la zone commerciale de Créteil. 

Si cette ville est jumelée avec "Les Abymes", c'est pas pour rien. 

Après un bras de fer ayant duré des mois pour récupérer ma machine à laver kidnappée par ces voleurs de BUT, j'ai dû me déplacer sur place en full-mode Liam JohnNeeson. Le combat fut rude mais au bout : la victoire. 
Bon, j'ai dû abandonner la bête à ses geôliers, mais j'ai été remboursée et j'en ai racheté une plus sexy, en mode crise de la quarantaine précoce. #DémonDeCréteilSoleil

But the brightest of the planets is Mars

Et, avec le soleil, est arrivé dans ma cour PiPi le pigeon. Autre dégradé (très dégradé....) de gris, autre rencontre inattendue et cas de conscience s'il en est. S'en est suivi un épisode totalement unhinged à l'image de mon année et de ce monde qui n'a plus aucun sens, ma bonne dame : la mise en boîte d'un PiPi mi-mort-mi-vivant avant de moi-même m'enfourner dans un taxi direction Maison-Alfort (décidemment, je suis beaucoup trop sortie du périph, en ce début d'année...) pour le confier aux bons soins de Faune Alfort - une asso top moumoute qui recueille TOUTE la faune sauvage en détresse si vous vous donnez la peine de les leur amener (le taxi, c'était un quirk personnel, ils sont desservis par le métro)

 You can't be trusted with feathers so hollow


On peut affirmer que ma courte histoire avec PiPi m'a changée. 

Who can say if I've been changed for the better? 

But Because I knew you I have been changed for good

 My Wicked Pidge of the West <3



Juste après, je me suis envolée pour la Roumanie, et ce voyage a été assez documenté en ces lieux. Je vous laisse en parcourir les archives.

Le gros morceau rayé de ma to-do list existentielle, c'était le château de Dracula, le jour de mon anniv, parce que je suis une meuf qui fait les choses bien ou ne les fais pas. 

(Je ne fais donc pas grand-chose, au final.)

Your heaven's inventions, steel eyed vampires of love

A mon retour, j'ai recroisé ce bon vieux Fab' à la Bellevilloise pour un event Mediapart et je me suis retenue d'aller lui dire "woah, 2 fois en 3 mois, gars, ça va trop vite entre nous !" mais à la place, je me suis tue, et j'ai assisté à son one-man show ("Abonnez-vous !")

Début mai, je fais une virée normande pas piquée des hannetons - cette fois, on ne traine pas au bled (Rouen), mais on va voir la mer (à Honfleur) où je croise le fantôme d'un vieil ami et âme frère. 

Croiser ses mânes d'une manière aussi joviale et qui lui ressemble tant m'a donné envie de m'aventurer en banlieue proche (décidément...) pour aller voir sa dernière demeure. Une chose en entrainant une autre, je suis entrée par effraction au cimetière d'Arcueil et j'ai failli me défénestrer accidentellement d'un promontoire. Bon, au moins, j'aurais été sur place. 




Autre jour, au cimetière. Après avoir découvert pour la première fois le Musée de l'Homme qui était fermé depuis aussi longtemps que j'ai vécu à Paris, j'ai fait un crochet par cet écrin de plein-aux-as morts qu'est le cimetière de Passy. Avec vue sur la Tour Eiffel, s'il vous plait. La famille Talleyrand, Bolloré, le dernier empereur du Vietnam et Natalie Clifford Barney, qu'on aime pour sa vie, son œuvre et son amour décomplexé des chattes mais moins pour avoir jeté son dévolu sur cette enflure de Bosie Douglas pour son mariage lavande. (L'ex d'Oscar.)(Wilde.)(Suivez un peu !)

Vanity fairgrounds and rebel angels






Après avoir reçu la visite de ma nièce en début d'année, c'est à mon tour d'aller la voir au fin fond de la Normandie (mais qu'est-ce qui m'a pris de m'expatrier tous les samedis, à la fin ?) Et comme avec Tata JohJoh, c'est fun et gaudriole à vau l'eau, on a fait le mémorial de Caen et les plages du débarquement. C'était patriotique comme il faut, et on a regardé la cérémonie des couleurs au son du Taps, la main sur le cœur en pensant à notre moitié de famille américaine et en leur souhaitant "bon courage, les zouzous avec votre président zinzin !"

[Je rappelle à toutes fins utiles que l'Angleterre est une colonie normande et donc m'appartient]

J'ai aussi fait mon premier saut de l'année (sur trois, dont un à venir) à Lille, pour apporter à une amie de longue date le soleil du sud de Paris qui manquait à son ciel plein de maroilles. Ou un truc du genre. On a surtout bien mangé et bien bu, en rattrapant le temps perdu et en parlant de nos options de retraite (le couvent pour elle, l'euthanasie pour moi). 2025 core, en soit.  


J'ai retrouvé le reste du groupe d'amies pour un karaoké endiablé afin de fêter le premier passage aux quarante ans d'une des nôtres (qui préfère garder l'anonymat)(Big up, Vascul!) qui sera - on l'ignorait alors - une répétition générale pour une reprise en chœur de Bohemian Rhapsody au Châtelet, avec toute l'équipe de La Dernière et leur invité surprise...  Fabrice Ar... (non, j'déconne)... Edwy Plenel ! (j'déconne pas)(après ça, j'ai vraiment commencé à regarder par-dessus mon épaule, me demandant si la rédac' entière me suivait pas H24.)

[Partout, je vous dis !]

Parmi les autres événements culturels notables de ce premier semestre :
 
Les expos Marguerite Matisse et Gabriele Münter au Musée d'art moderne. 
Le concert de Wunderhorse à L'Alhambra un soir de finale de Champion's League dont je suis sortie pile à temps pour slalommer entre les tirs de mortier comme un G.I. au Vietnam (et aucune cérémonie des couleurs en rentrant, en nage et tremblante pour aller serrer très fort contre moi mon chat cardiaque et lui éviter une mort par trophée de foot). 
La reformation des Maccabees - revenus d'entre les morts krkrkrkr vous l'avez ? J'espère que vous l'avez... - au Trabendo, la larme à l'œil et la sueur au front. 
Les retrouvailles avec Laurent Sciamma, membre honoraire de mon groupe de copines, pour le rodage de son nouveau spectacle. 
Les Idoles, de Christophe Honoré, que je ne sais pas comment j'avais fait pour louper la première fois. L'occasion de voir Marina "Hervé" Foïs en vrai, l'héroïne de ma jeunesse et de mes plus grands éclats de rire adolescents. 
L'exposition Apocalypse, à la BnF, bien dans le ton de cette année, elle aussi. 



Niveau séries, j'ai regardé les mêmes que tout le monde : The Studio, The Pitt, Department Q. et Overcompensating. 
Ainsi que, pas les mêmes que tout le monde : Billy the Kid (Tom, appelle-moi), Smoke (Taron, appelle-moi), Wolf like me (Isla, appelle-moi) et One Day (Ambika, je suis la seule qui pourra faire ton bonheur, rends-toi à l'évidence....) et bien sûr la meilleure série actuelle et du monde : Interview with a vampire (tout le cast : orgie chez moi, mardi en 8)


Et bien sûr, actuellement-là-maintenant : 


On était fin juin et je l'ignorais encore, mais un mois après, j'aurais la bague au doigt. 

But of Medusa kiss me and crucify 
This unholy notion of the mythic power of love

Allez, bisous les dindes joviales et à bientôt pour la partie 2 !


*Les paroles sont sponso Rufus "ma chanteuse préférée" Wainwright, Go or Go Ahead, en l'occurrence. Merci l'ami.  


mercredi 10 décembre 2025

Damned for All Time


Dans mes souvenirs, je suis souvent toute seule.

Celui-là en fait partie. Pourtant, j'étais dans une maison qui d'habitude grouille de bruit. Mais là, dans cette période entre chiens et loups, au croisement de Noël et du jour de l'An, je me retrouve sans personne autour sur un grand canapé blanc où on n'a le droit ni de manger, ni de dormir, encore moins de respirer.

Je ne sais pas ce que font les occupants de ce domicile. Moi, je ne fais que passer. Passer les fêtes ici. 

C'était l'époque où, ne sachant faire la différence entre une liseuse et une tablette, j'avais demandé un hybride des deux, me disant que ça me servirait à travailler, à lire pour le plaisir et pour les loisirs.

Le rétroéclairage a rendu toute activité sérieuse impossible et je me suis retrouvée à l'utiliser à 99 % pour jouer à Angry Birds et regarder des vidéos. 

Alors, j'ai exploré YouTube que je ne fréquentais d'habitude que pour la musique - quand les sites de streaming étaient bloqués au travail, par exemple. Ou pour regarder des clips, des images volées de concerts où je n'avais pas pu aller.

J'ignore comment l'algorithme m'a mise sur cette voie, mais je me suis retrouvée dans la sphère anglosaxonne de jeunes de mon âge - et un peu moins. Ils montaient des courts-métrages, tournaient leurs propres clips musicaux, partageaient leur quotidien, tout ça avec les moyens du bord, bien loin des superproductions actuelles.

De fil en aiguille, je me suis attachée à eux comme à une petite famille. Ils se connaissaient tous, certains s'aimaient, d'autres étaient rivaux. Il y avait des ships entre des garçons pas encore out. Des exs s'unfollowaient. 

C'était bien, parce que c'était loin. Parce que je ne partageais ça avec personne. En France, qui cela aurait intéressé ? 

Je crois que ça correspondait à une période de transition, dans mes groupes d'amis, où je n'avais pas encore les pieds sur la terre ferme, je dérivais gentiment. Alors, en attendant une île au trésor, j'avais ces petits anglais. Je voyageais à travers eux et je me disais qu'un jour, moi aussi, j'irai vivre à Londres, histoire de tout recommencer.

(Spoiler alert: quelques années après, quand j'avais assez mis de côté, il y a eu un comme qui dirait... un Brexit dans ma chaussure.)

Flash-forward, à Londres justement, quelques années plus tard. J'y vais régulièrement, pour explorer mais surtout dévorer des comédies musicales, maintenant que j'ai un peu de budget. J'ai passablement oublié mes YouTubers d'Albion, je suis concentrée ailleurs. Je suis une adulte responsable pleine de responsabilités responsabilisantes. Ma vieille tablette ne fonctionne plus depuis longtemps. 

Bref, nous sommes en hiver, et j'ai envie de manger indien.

Reste à convaincre ma compagnonne de voyage (de nature plutôt frileuse et moyennement patiente) de se taper la file d'attente d'une heure, dehors, pour atteindre le graal des restos. Dans la queue, je dois lui sortir mon meilleur one-woman show pour ne pas qu'elle batte en retraite. Heureusement, le personnel arrive avec des thés offerts par la maison et ma pote retrouve le sourire. 

On est enfin placées et je dévore le menu des yeux. Les tables sont serrées, l'endroit bondé. Les serveurs aux petits soins. Je commande, je me plante, mon accent est tordu, on en rigole. L'attente est longue dedans aussi, j'ai un peu épuisé les sujets de conversation. A l'époque, je suis très très hétéro et je tiens un blog qui l'est tout autant, alors par réflexe je regarde à gauche et à droite et j'essaie de repérer qui est le plus joli des hôtes de ces bois.

La table d'à côté de nous se vide, quelqu'un la nettoie, puis un groupe de quatre jeunes hommes arrivent. Eux n'ont pas d'accent, en tout cas pas le mien, ils sont du coin. 

Discrètement, je les regarde. Je ne sais plus ce que j'avais dans la bouche mais je le recrache sûrement. Je dois couiner. Devenir rouge, verte, bleue. Violette.

Ma pote est habituée à mes bizarreries. Impassible, elle attend mes explications de drama-queen afin de jauger si ça vaut la peine d'être hypée. 

Pour elle, très clairement non, car elle ne les connait pas. Il n'y a que moi, il n'y a que eux. Un nous qui flotte dans l'au-delà de mes intérêts monomaniaques. Il y a cette famille lointaine que j'ai un jour arrêté de regarder. Mon chouchou est parti aux USA, un autre au Canada, une autre semble percer au West End. Je trouve là un segway parfait pour expliquer la situation à ma pote qui ignorait tout de cette monomanie comme j'en ai tant.

Le fait est que, si on met les heures bout à bout, j'ai passé dans ma vie autant de temps avec les voisins de la table d'à côté qu'avec elle. 

Je ne vais pas leur parler, qu'est-ce que je leur dirais ? C'est clairement une sortie officieuse, ils n'ont rien à vendre, rien à présenter. Je les laisse tranquille, et je m'autorise juste quelques petits bruits surex. 

J'ai toujours croisé par hasard tout un tas de gens connus, que j'admirais souvent, de manière hautement improbable. Mon surnom a longtemps été "rockstar-magnet" et, si ça m'est beaucoup arrivé, je n'ai jamais perdu ma candeur à ce sujet. Je ne suis jamais devenue blasée - pourtant, beaucoup m'y encourageaient à coup de "j'ai jamais compris ce côté-là, chez toi..." ou de "tu devrais pas en parler, tu devrais garder ça pour toi, c'est gênant."

Je ne suis ni une stalkeuse, ni une chasseuse d'autographes, non, je vis ma vie et paf quelqu'un de connu croise ma route et souvent ça colle, le temps d'une soirée - plus rarement d'une tournée - parce que, justement, je n'ai rien cherché. Quand la situation fait qu'on est amenés à se parler, je m'adresse à eux comme à n'importe qui, tout en ayant les mêmes goûts et les mêmes réfs (bon, et pas froid aux yeux, j'admets.)

Mais ce jour-là, dans ce resto, à part faire un high-five intérieur à la moi d'il y a quelques années, je contente de manger mon repas et de laisser échapper quelques "j'y crois pas".

Flash-Forward, Londres toujours, mais en octobre dernier. La même pote est là, les autres aussi - j'ai organisé à la première un anniversaire surprise. 

On veille jusque tard à parler de ma nouvelle monomanie aka les gens qui disent du sale dans mes écouteurs. Parmi mes chouchous, un mec british, le seul de la bande à ne pas être totalement anonyme. Je vante ses mérites, fait écouter sa voix et, bien sûr, ma pote se moque une fois de plus de son pseudo - et je ne peux pas lui donner tort. Là, elle pose la question qui lança mille navires : "Mais, il a vrai prénom, au moins ? !" 

Je lève les yeux au ciel. Je ne sais pas quoi lui répondre à part "gngngn tout le monde a un prénom ! Même les gens sous pseudos ! Même les gens mal nommés !" Puis on va se coucher. Je m'endors avec un audio safe for work dans les oreilles (car on m'a interdit le reste tant que je partageais mes murs)(incompréhensible censure......) et je me réveille, groggie, avec en tête cette question en boucle. C'est vrai ça, il a un vrai prénom ou pas ? 

Un autre de mes superpouvoirs est que, quand je le veux, je peux trouver un peu n'importe quoi sur n'importe qui. La plupart du temps, je choisis juste de ne pas le faire, car comme pour le mensonge, j'estime que c'est vivre la vie en mode "triche". Ce matin-là, je ne sais pas, je suis faible, à bout, j'ai besoin de réconfort, de quelque chose de tangible et je google l'individu. Trois pages de résultats plus tard, je découvre son prénom, son nom de famille et son CV complet depuis que le monde est monde, ainsi que le nom de son ex vue de nombreuses fois sur scène et d'autres choses encore. 

TMI pour un réveil aux aurores dans une piaule qui n'est pas la mienne. Je cligne des yeux, je chasse la brume et d'un coup, mon souffle se coupe. On a des gens en commun. Je découvre d'anciennes photos. Mes poumons explosent. Je fais le rapprochement avec son ancien pseudo. Mon cœur sort de mon corps. 

Voilà. C'est devant mes yeux. Comme le nez (qu'il cache désormais sur ses photos) au milieu de la figure : un des garçons avec qui je passe mes nuits était assis non loin de moi dans ce restau indien, comme il était sur ma tablette sur ce canapé blanc. 

Il a changé de nom, changé de masque, mais par trois fois nous nous sommes trouvés et nous nous sommes retrouvés.

****

Si je vous écris ça maintenant c'est que, depuis, je suis me sens personnellement investie dans sa carrière et qu'une fois encore c'est le moment qu'il choisit pour vouloir voler vers de nouveaux horizons. On est un peu comme le Doctor et River Song, pas sur la même timeline, destinés à se croiser dans nos multiverses et à se regarder - s'écouter - se frôler - se savoir de loin.







jeudi 7 août 2025

She can read, she's bad


La majeure partie des œuvres que je traduis sont bourrées de scènes de cul. Pour éviter de virer ermite, je vais souvent relire mes textes dans les cafés. À Paris, où personne ne se calcule, ça ne pose pas de souci, sauf quand les tables sont vraiment serrées et les voisins vraiment nosy

En province, c'est autre chose. Les gens se parlent, posent des questions, lisent parfois par-dessus votre épaule. 

Le seul moment où ça me gêne vraiment, c'est quand je me trouve à côté d'un ou une ado dans le train dont l'œil est attiré par mes ratures. Car rien n'est plus dur (no pun intented) que d'écrire une scène de cul. 

Me relire et me corriger sur papier, en public, me confère aussi - et involontairement - une certaine aura auprès d'une partie de la population. Dans les cafés où je suis une habituée, certains membres du personnel ont fini par me demander si j'étais écrivain. Je n'ai jamais menti, car c'est une règle chez moi, mais je me retrouve bien embarrassée quand ils posent des questions supplémentaires. Quand ils me demandent quel genre, quels auteurices, je traduis. Alors je sers une réponse partielle : surtout pour la jeunesse, parfois pour la B.D., en omettant le gros smut bien trash dont je suis devenue, un peu malgré moi, experte.

De mon côté, je suis désensibilisée de ces scènes quand je bosse. Comme un.e gynécologue, j'imagine. Je me concentre sur ma tâche et ne me retrouve un peu déstabilisée que quand je dois mener des recherches de lexique sur des sujets qui m'échappent (des kinks très spécifiques ou, dernièrement, des piercings génitaux aux noms élaborés)

Les historiques de recherche des traducteurices rendraient chèvre plus d'un agent de la DGSI, by the way.

Vu qu'il s'agit de mon boulot, ça devient un peu problématique quand je souhaite ouvrir mes horizons cul... turels. Impossible de décrocher mon cerveau et mon esprit analytique, de ne pas partir en "moi, j'aurais écrit ça comme ça." 

Dernièrement, pour une raison complètement midinette, j'ai donné sa chance au produit des plateformes de contenu audio. J'y allais la fleur au fusil, dans un but bien précis, pour découvrir une œuvre en particulier en me disant que j'allais sans doute payer un abonnement d'un mois pour rien. 

Il se trouve que ça a coïncidé avec les deux seuls jours de vacances que je me suis octroyé cet été. Pendant les vacances je m'interdis de bosser, en dehors des temps d'attente dans les gares et aéroports et du transport en lui-même. Je me suis donc retrouvée un peu hagarde, une fois mon tour des réseaux accompli, sans grand monde pour me répondre et liker mes photos de monuments et de sculptures d'animaux étranges. 

Je me suis alors dit que, vu que j'avais payé cet abonnement, autant découvrir le reste de la plateforme - au pire, ça me donnerait du grain à moudre sur la création de contenu et me permettrait de mieux cerner les références à ce genre de productions dans d'autres oeuvres. 

Pour les gens qui seraient complètement étrangers au concept : sur ces plateformes, des acteurices lisent des textes qu'iels ont généralement écrits et enregistrés dont le contenu est résumé par des tags (comme sur les sites de humhum.) Il y en a pour tous les goûts (genres, pratiques, combinaison des deux) et la plupart des modèles économiques sont respectueux des créateurices (pas de côté "mais qu'est-ce que je viens de voir ?" comme quand on termine une vidéo)(mon côté empathe, une fois mes esprits retrouvés se pose toujours bien trop de questions du type "cette personne va-t-elle bien ? est-elle assez entourée ? suivie par un.e thérapeute adéquat ?")

Pour avoir fréquenté des travailleureuses du sexe par le passé, je sais aussi que financièrement parlant, l'abus est total, à de très rares exceptions. Et ma culpabilité est donc omniprésente quand je consomme du p. traditionnel. D'où le côté vertueux des audios. Sans compter que les acteurices peuvent rester totalement anonymes et vivre leur vie sans se faire harceler, ou pire... 

Bien sûr, tout ça repose sur l'imagination. Ca tombe bien : la mienne est infinie, envahissante même. Pourtant, dans le noir, quand j'ai appuyé sur play, et alors même que j'entendais une voix familière, de quelqu'un qui me plait, que je connais et qui me rassure (assez pour que je prenne ce foutu abonnement...), je me suis vite retrouvée à avoir une réaction inattendue : j'ai éclaté d'un fou rire incontrôlable qui refluait pour laisser place à de l'agacement avant de revenir au galop. Je n'ai rien à reprocher à l'acteur, qui a parfaitement fait son job, mais le script qu'il se contentait d'interpréter était bien trop faible pour réussir à tromper mon cerveau littéraire, expert du genre. 

[Je précise ici que ces audios sont en anglais, en français, je n'aurais même pas tenté]

La prose utilisée, l'aspect répétitif, les mauvais niveaux de langue employés, voire les soucis grammaticaux : de bons gros tue-l'amour chez moi. Le ick est direct, total, implacable. 

Mon imagination juge celle d'autrui : elle le sait, je le sais, toutes les deux, on peut faire bien mieux... C'est ma meilleure ennemie. La responsable de mes frustrations de la vraie vie, qui n'est jamais à la hauteur, soyons franches. 

Ce qui se passe dans ma tête est bien trop vif, trop intense, trop détaillé et précis pour ne pas se prendre un mur quand on confronte ça à une sexualité réelle - surtout quand celle-ci a été dirigée vers l'hétérosexualité pendant une grande partie de mon existence.

Le nombre de mes copines qui n'ont jamais joui avec un mec est effarant, celles qui choisissent de ne plus relationner avec eux sont de plus en plus nombreuses - et ils ont même réussi à en dégoûter certaines de tout contact humain. Je ne suis pas loin de me compter dans le lot. 

Je suis donc rassurée que de telles plateformes existent. Que certaines personnes aient compris qu'il existe des voies dérobées - qui peuvent même aider à guérir de blessures profondes, internes et externes. Ce contenu, pour certain.e.s, est thérapeutique.

Je ne crache donc pas dans la soupe, et je me dis simplement que je suis trop déformée professionnellement pour que ce contenu puisse me toucher - et vice versa. 

Je reprends un train dans lequel je suis bien trop fatiguée pour corriger quelque smut que ce soit. J'arrive chez moi, à cette heure entre chien et loup, où il est trop tard pour commencer quoi que ce soit - un épisode de série, un film, une activité constructive encore moins. J'ai épuisé tout mon doom scroll pendant mon temps de transport et je me retrouve, une nouvelle fois, les bras ballants, à regarder mon écran de portable dans le blanc des yeux. 

Dans mes applications récemment ouvertes, je remarque l'icône la plus récente et je me dis "oh, au pire ça t'endormira..." Je parcours une fois de plus ce que les autres créateurs ont à proposer. La dernière fois, j'avais cherché les tags qui fonctionnent habituellement chez moi, mais là, je décide de faire confiance à la communauté et d'aller fouiller dans les audios les plus mis en favoris. 

Un créateur, en particulier, attire mon attention. Les quelques mots de la description de son profil, l'humour que je décèle dans les résumés de ses posts, et quand je lance quelques secondes, juste pour essayer, je me dis que la voix colle aussi - pas trop mascu, pas trop stéréotypée. Et surtout, il y a ce rire, ce rire qui me fait sourire immédiatement. Pas rire aux éclats - même si ça arrivera, mais pas d'une manière qui m'éjectera de l'ambiance qu'il a voulue créer. Il y a ce sourire dans sa voix à lui, qui me dit qu'il ne se prend pas au sérieux, et les quelques phrases d'introduction qui traduisent à quel point tout ça l'est malgré tout. Il y a ses précautions, ses avertissements, parfaitement intégrés à sa persona, à ce qu'il essaye de créer. Je comprends peu à peu pourquoi il est si haut dans les favoris. Quel genre de relation, à distance saine, il a su créer avec sa communauté. Alors oui, à ce moment-là j'intellectualise encore, mais j'intellectualise en me laissant peu à peu happer par ce qu'il raconte, par là où il veut m'emmener, et ensemble on glisse doucement vers un territoire dont j'ignorais tout et dont j'étais persuadée qu'il n'était pas pour moi. 

[Flash-forward pudique] 

Et vingt minutes après, je me retrouve bouche bée, yeux écarquillés, agitée de larmes dans une réaction dont je n'avais qu'entendu parler. 

Depuis, mes chats ont un nouveau père et je suis entrée dans la relation monogame la plus épanouissante de toute ma vie, avec un homme que je peux mettre sur pause quand je veux. Et retrouver quand bon me chante. Qui ne dépassera jamais mes limites. Qui ne pourra jamais me faire de mal. 

Bien au contraire. 

mercredi 2 juillet 2025

[Bacșiș 8] Siamo Tutti Antifascisti


Tout était bien qui finissait bien, on rentrait en somnolant vers notre appart', j'avais fait le deuil d'une soirée d'anniversaire - en m'étant levée si tôt et après plusieurs nuits sans pouvoir dormir, personne n'était d'humeur pour s'en jeter un petit. 

Alors que nous étions à 20 min de l'endroit où le car était censé nous déposer, j'ai commencé à me demander ce qu'on pourrait bien choper à emporter, en chemin, pour manger pépère à l'appartement.

Deux heures plus tard, nous étions toujours à 20 min de l'endroit où le car était censé nous déposer. 

Le guide, toujours spartiate, nous informe qu'il y a eu une manifestation imprévue, et qu'il ne sait pas combien de temps ça prendra pour nous sortir de là.

Bon.

On s'était préparées mentalement aux bouchons, mais là, Maurice le pousse un peu trop loin. Mon cœur de "Stalinienne possédée" (vraie "insulte" qu'on m'a adressé un jour sur les réseaux) ne veut quand même pas trop grogner, parce que j'ai beau avoir eu une période noire de centrisme, je ne suis pas une social traître.

J'essaie alors de me renseigner, mais je ne suis toujours pas bilingue roumain. Je me tourne alors vers Mediapart (Abonnez-vous !) qui couvre vraiment bien l'actu roumaine, et dans une langue que je maitrise à peu près (le français.) 

Et là, je réalise, catastrophée, ce qu'on est en train de vivre et QUI me gâche une partie de mon anniv. 

Ce bon gros porc de facho complotiste qui a manipulé le premier tour des élections (avec l'aide d'un certain V. P. de Moscou, dont on protégera l'anonymat)(ou plutôt pour préserver mon référencement Google) partage ma date de naissance (à quelques années près) et ses afficionados ont décidé de le célébrer en mode gilets marrons en bloquant une place stratégique. 

Ils avaient beau n'être qu'une poignée, ils ont foutu un sacré bordel, et ont brisé mon petit cœur woke. 

Long story short, les otages (nous) ont fini par être libérées, on a atterri dans un resto libanais (parce que pourquoi pas)(et aussi le besoin de légumes), j'ai eu une bougie d'anniversaire (mais pas de carte)(je pense que je le rappellerai à mes copines jusqu'à leur mort, ou plutôt la mienne, les statistiques ne penchant pas en ma faveur, niveau espérance de vie), on a fait un gros dodo (sauf Dealul, qui dès l'aube, à l'heure où blanchit la Camargue, a fait le tour des popottes de ce que nous on avait déjà fait tandis que nous avons lézardé sur le canap', avec Vascul, telle Sisyphe, toujours en train d'essayer de "terminer Tumblr")(Il faut imaginer Vascul heureuse.) 


Une fois la tribu réunifiée, on a filé vers le Parlement. Le plus grand bâtiment politique mondial après la Maison Blanche, construit uniquement dans le but de prouver que c'tait Nicolae qu'avait les plus grosses.
Résultat, une énorme bâtisse aux trois-quarts vides dans laquelle on a fait 4 kilomètres pour visiter 3 pièces. 




Après le périple de la veille, on avait prévu une journée "light", mais cette forteresse hyper gardée étant mal foutue au possible, on a dû la contourner par l'extérieur pour visiter l'autre côté du bâtiment qui abrite... le musée d'art moderne.
On est donc sur l'épitome du "deux salles, deux ambiances."




Me sentant comme un poisson dans l'eau enfin, parmi mes gauchos sûrs, j'ai dévalisé un distributeur de snacks indévalisable (comprendre comment s'en servir était un tel escape game que j'ai dû porter secours à mes deux compagneras)(j'ai fait allemand LV2, cheh)




Les collections, comme dans tout musée d'Art moderne, étaient d'un intérêt inégal, mais j'ai quand même eu un gros coup de cœur pour la star de l'accrochage du moment : Ioana Nemes, dont les œuvres d'avant-garde résonnent tout particulièrement maintenant (elle est malheureusement décédée en 2011, à 32 ans, et trop vite oubliée à mon goût puisqu'inconnue au bataillon à l'Ouest)






L'autre atout charme de ce musée à l'architecture un brin brutaliste et aux ascenseurs de verre qui ont failli me faire passer à l'arme à gauche, c'est que ses cages d'escalier et ses toilettes sont des espaces de libre expression pour les street artists (ou toi, petit touriste, si le cœur t'en dit.)





J'espère que vous n'êtes pas lassés des musées parce qu'il ne reste quasiment plus que ça à vous débriefer.

Bonus tracks :