dimanche 9 octobre 2011

Volatile Times


Pendant mes années de solitude, quelques garçons m'ont beaucoup aidé.
Ces garçons écrivaient leurs chansons comme j'écrivais mon blog et, malgré les kilomètres, les années, les drogues et le rock&roll, vous vivions à peu près la même chose. 

Il y avait Beckett. 
William "Bill" Eugene Beckett. Frontman de The Academy is. Gentillet groupe de punk-rock de Chicago.
Littéraire averti. Amoureux fidèle. Joli gueule s'il en est.


J'ai rebattu les oreilles de tout le monde avec lui, j'ai même pris des ciseaux et me suis coupée les cheveux comme lui : Beckett a été ma dernière teenage idol. 

Aujourd'hui, il a annoncé sur son blog la séparation du groupe, - qui ne faisait plus rien de bon depuis Santi, petit bijou pop méconnu. 
Avec cette annonce me revient par vague mon premier appartement au Havre, sa bouille sur mes murs et sur un cahier violet. Sa musique dans mes oreilles en claudiquant dans mes Van's, avant et après mon opération. 

Beckett va continuer. Moi aussi. Mais nos chemins de vie se sépareront presque certainement.

Cette semaine, j'étais devant une autre de mes idoles. Une plus ancienne, que je chéris depuis le lycée et qui a été l'appui-tête de ma douleur adolescente. Le xanax de mon Dark Passenger. Mon maestro et mon führer à la fois : Chris Corner.


Les plus vieux le connaissent comme crevette décolorée leader des Sneaker Pimps (génialissime groupe Trip-hop à la production qualitative rollercoaster : plein de hauts, plein de bas, quelques tunnels), depuis le tout début des années 2000, Corner sévit sous le nom d'IamX, est devenu dandy-magicien, était le Lady Gaga au masculin avant même qu'elle ne se péroxyde pour la première fois. 



Génie de ma vie, il l'a impactée pour la première fois avec l'astéroïde Kiss&Swallow.

Cette semaine, donc, je suis partie du boulot pile à l'heure pour aller me glacer les fesses dans la file d'attente devant le Divan du Monde. Ironiquement, ma place dans la queue a fait que j'ai attendu en face de mon endroit préféré à Paris. Chris assurait deux dates à la suite et ce soir là, il s'agissait de la deuxième, je m'étais trouvée devant un dilemme au moment de commander les places, me disant que si j'en achetais pour la veille je pourrais revenir le lendemain. Pour éviter cette boulimie j'ai acheté des places pour la 2ème soirée. Cet atermoiement a son utilité, puisqu'il arrivera dans les bras de ses musiciens, fragile petite chose imprimant sur mes rétines une incarnation vivace de la descente de croix. Fragile petite chose que l'on pose sur une grande chaise. Je repère son plâtre au pied, tel une plateform shoe.

Autant vous dire que le Chris sautillant, diable en boîte et brindille roseau n'était que l'ombre de lui même. Mais cette fracture n'était qu'une signe extérieur de marasme intérieur. IamX est la noirceur. Le rose et le noir. A l'image du 1er album (le second était jaune et noir, comme ces bandes policières délimitant les scènes de crime)(coïncidence ?). A aucun moment Chris n'a fait battre mon coeur comme il l'avait fait de nombreuses fois avant, allant même jusqu'à me porter aux confins de l'extase un soir à la Loco. 

Chris était un repère dans ma vie, un jalon sur lequel je m'appuyais "Ca ne va pas en ce moment mais bientôt tu vas voir Chris Corner sur scène, tout ira mieux". Gourou much. 

Mais Chris a sorti après The Alternative (chef-d'oeuvre dark-électro s'il en est) un album en demi-teinte, avec des pépites (My secret friend - avec Imogen Heap - & The Great shipwreck of life, mainly) et déjà des signes de faiblesse, puis Volatile Times nouvel album insipide, après une merdouille compilant des remix inutiles. 
Chris Corner s'est éloigné de mon univers, je me suis éloignée de lui, et jeudi, nos retrouvailles avaient un goût de trop tard. J'ai failli partir avant la fin (tout n'était pas mauvais, bien sûr, mais tellement moins bon qu'avant que je ne pouvais pas être objective), et puis non. 

J'ai passé l'âge d'en vouloir à un chanteur qui me déçoit (you hear that little sisters ?).

J'ai l'âge de ne plus avoir d'idoles contemporaines. Car les autres, je les ai compromises en m'en approchant trop près, comme Icare du soleil, jusqu'à les voir au petit matin, jusqu'à pouvoir compter les traces de piqûre sur leurs bras.

Le temps a passé, mes soleils noirs ont vieilli. Je n'ai plus besoin d'eux pour les mêmes raisons. Bill pour m'aider avec les travers "normaux" de l'adolescence, Chris pour les maux un peu plus propres à ma personnalité. 

Je ne le remercierai jamais assez. Je ne les remercierai donc jamais.

2 commentaires:

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