jeudi 10 mai 2012

14th street



Je ne sais pas si c'est mon coeur en mille morceaux, mais, for the day, je suis hermétique à New York.

Surtout quand, en passant en métro par la station14th Street j'ai pensé aux paroles de Rufus Wainwright, cet air jovial qui fait :


"Why'd you have to break all my heart ? / Couldn't you have saved a little bit of it ?"

J'ai trouvé ça fort à propos, surtout que j'allais voir Rufus le soir.

Ce qui m'a tenue éveillée pendant mon insomnie de décalage horaire ce fut cette pensée incessante.

L'injustice.

L'injustice parce qu'il a été le premier.
L'injustice parce que tandis qu'il m'a déjà partiellement oubliée, je suis condamnée à me souvenir de lui pour le reste de ma vie.

Et à quoi je le condamne, moi, en retour ? A ne plus jamais me voir de sa vie. A ne plus recevoir une parole de ma part. A être intouchable pour lui, dorénavant. C'était la méthode - efficace, du reste - que j'avais employée pour oublier l'ex violent (car oui, si j'ai réussi à outrepasser une relation chaotique avec un pervers narcissique, je me suis fait zapper par l'ex actuel car on l'avait trop aimé, dans une relation passée)(décidément, les hommes sont des femmes), sauf que cette méthode, sur un pervers narcissique, l'a fait pété les plombs, chercher à me recontacter, et au final, lui a fait extrêmement mal, car il a senti tout du long le moment où je lui filais entre les doigts. Ce n'est pas le but de la manoeuvre, ici et maintenant. Le garçon n'était pas très pervers et seulement occasionnellement et humoristiquement narcissique. Non. Je me protège moi. 

Je me protège car je sais que je ne supporterai pas de le voir avec une autre - et pourquoi m'aurait-il jetée avant New York par mail quand il aurait pu attendre patiemment mon retour, je vaux bien ça, si ce n'est pour profiter de tout ce qui bouge dans les trois semaines à venir ? Car, c'est ma manière de procéder. Je m'efface de la vie des gens comme on appuie sur reset. Je sais bien que je lui rends service en fait, en réagissant comme ça. Je sais bien qu'en tant qu'Heights, Slapette & Johnson, j'aurais dû faire pire. Bien pire.

J'aurais dû envoyer une jolie carte postale à la maison familiale avec "Kikoo ! L'avortement s'est bien passé. xoxo" écrit au revers. J'aurais dû prendre au pied de la lettre son mail de rupture qui proposait faussement un choix et le faire mariner pendant 3 semaines en lui disant "mais si, tentons quand même, tu verras, un jour tu m'aimeras". J'aurais dû le rendre malheureux. Me rendre mémorable. Partir dans un bang. Claquer la porte mélodramatiquement comme je sais si bien le faire. 

J'aurais dû mais j'ai pas fait. Parce que 1) il a encore les clefs de chez moi (!), 2) c'était un nouveau genre de relation, sain, du moins au début, et j'essaie un nouveau type de rupture. Le type chirurgical. Ablation du corps étranger responsable des bris du coeur. 

Et puis j'ai eu peur. Très peur pendant ces quelques jours depuis le mail fatal. Très peur qu'il me passe sa malédiction du "hanlala ouin je suis incapable d'aimer qui que ce soit". Mais ce soir, quand j'ai entendu Rufus, alors qu'il était encore dans le noir, mon coeur s'est mis à fondre et se ressouder partiellement. Mon cerveau lui a crié sans discontinuer "je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime". Les larmes ont coulé. Des larmes de délivrance. Des larmes de foyer retrouvé.

J'aime Rufus. J'aime Carl B. J'aime mes amies. Mes amis. J'aime de loin certains gens des internets. J'aime Broadway. J'aime cette blonde avec qui je voyage si loin. J'aime mon chat mort. J'aime beaucoup. J'aime pleinement. J'aime toujours. J'aime malgré.  

Et le prochain, car il y en aura un - et même il y en aura deux, et même ils se battront - je l'aimerai si je dois l'aimer. Même s'il doit m'arriver la même chose. J'ai depuis longtemps signé un pacte d'honnêteté. Il est temps de l'appliquer à ma vie sentimentale. 

Et si, par un étrange soir, le prochain me dit que c'est réciproque, je lui répondrai : 

"Am I only the one you love?"

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